France Info TV : la chaîne d’info très très française

La nouvelle chaîne d’info en continu du service public laisse de côté l’actualité européenne. Et ce, au mépris de la ligne éditoriale édictée dans les statuts de France Télévision.

L’Europe en bonne place dans les statuts de France Télévisions

En lisant le très bon livre « Goodbye Europe » de Sylvie Goulard, on a remarqué un passage savoureux. La description de l’article 16 des statuts de France Télévision. Intitulé « Europe  », il stipule que France Télévisions « s’attache à intégrer la dimension européenne dans l’ensemble de ses programmes (documentaires, fictions, jeux, spectacles vivants, etc.) » ainsi que « dans les journaux et magazines d’information, qui accordent une large place à la connaissance des enjeux communautaires et à l’expression d’une identité européenne. »

A cela s’ajoute l’objectif suivant : « Dans le but de favoriser une meilleure compréhension du fonctionnement démocratique des institutions européennes, la société s’attache à évoquer les institutions européennes et notamment du Parlement européen ainsi que les réalisations, les innovations et les apports particuliers des différents pays de l’Union européenne. »

Et enfin, l’excellente mention « Elle collabore également avec la société Euronews ».

Déjà là, il y a de quoi étonner tout habitué du service public télévisuel. Nous qui étions accoutumés à des émissions politiques franco-centrées. Et attristés de voir France 2 refuser de diffuser le débat des candidats à la présidence de la Commission en mai 2014.

Et cette nouvelle chaîne d’info alors ? Elle diffuse 80 secondes d’Europe par jour

C’est mieux encore ! On s’est pris au jeu et on a remonté onze jours de programme sur le site de France Info TV, qui rassemble des sujets de France 2, France 3 et France Info. On est allé jusqu’au vendredi 16 septembre, le jour du sommet européen de Bratislava, 2 jours après le discours sur l’état de l’Union du Président de la Commission Jean-Claude Juncker.

Résultat : on a compté 8 sujets dédiés à l’actualités européenne. C’est très très peu. Pourtant l’actualité était dense : premier sommet à 27 sans le Royaume-Uni, discours annuel de politique générale de Jean-Claude Juncker, affaire Nelly Kroes, bataille pour la présidence du Parlement européen. A cela s’ajoute un référendum fallacieux organisé ce dimanche par la Hongrie, pour rejeter la prétendue politique migratoire de l’Union (tout comprendre avec Euronews).

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Que le service public respecte ses propres règles.

8 sujets en 11 jours, la honte

En 11 jours, le service public propose en ligne un peu plus de 15 minutes pour décrypter l’actualité européenne. Soit 80 secondes par jour.

En comparaison, on s’est amusés à regarder le sujet de 2 minutes consacré à la philosophie dans le jeu Pokemon GO. Ou ce dossier de 3 minutes et 11 secondes sur la compréhension du langage par les chiens.

Alors on se rassure, on se dit que c’est seulement la version en ligne, que la chaîne propose des sujets nourris, peut-être même en direct, sur les enjeux européens. En réalité, téléspectateurs occasionnels, nous savons bien qu’il n’en est rien.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Nous ne pouvons que pousser France Info à suivre les lignes directrices que le service public télévisuel s’est lui-même fixées. Afin de, pour reprendre l’expression du Groupe France Télé, « renforcer les liens entre les citoyens européens ».

NB : On peut aussi mettre en avant la très bonne initiative « Plus d’Europe à la télé » de Sauvons l’Europe.

En bonus

[EDIT] 01/10/2016 - 13h 10

Le Huffington Post a ouvert ses colonnes à Jérôme Quéré, le Président des Jeunes Européens - France. Retrouvez sa tribune « Avec France Info TV, le service public ne remplit toujours pas sa mission européenne » en ligne.

Notre initiative a été salué par des journalistes de France Télévisions. Nous avons par ailleurs reçu une réponse officielle de la Direction de l’Information de France Télévisions. La Direction tient à stipuler que leur site n’agglomère pas tous les programmes qui passent à l’écran, et que nous avons pu passer à côté de certains sujets sur l’Europe. Ils reconnaissent également que l’antenne a des progrès à faire sur le sujet et que la rédaction y travaille actuellement. Soit. On ne lâche pas le dossier et on vérifiera dans quelques temps ce qu’il en est.