Les Jeunes Européens France
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  • IVG : les droits des femmes menacés en Pologne

    30 septembre, par Maria Popczyk — Actualités, , , ,

    Jeudi dernier, une campagne nommée Czarny Protest (Protestation noire) a été lancée pour défendre le droit à l'IVG en Pologne. Cette protestation a été organisée en réponse à la proposition de loi visant à restreindre les droits des femmes, dont la première lecture a eu lieu vendredi dernier. Le texte prévoit l'interdiction totale de l'avortement, même en cas de viol ou de danger de vie pour la mère.

    Deux propositions de loi antagonistes

    La Diète polonaise a examiné, au cours d'une session parlementaire de la semaine dernière, deux initiatives populaires : l'une pour la libéralisation du droit à l'avortement, et l'autre visant au contraire à le restreindre. Le premier texte a été préparé par le Comité Sauvons les Femmes (Ratujmy Kobiety), et il vise à faciliter l'accès des femmes à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Les femmes pourraient librement avorter dans un délai de trois mois. Il y est également question d'améliorer l'accès à la contraception ainsi qu'à l'éducation sexuelle et planification familiale – un enseignement adapté selon les classes. Le Comité Stop à l'Avortement (Stop Aborcji) est à l'origine de la seconde proposition de loi : ses militants demandent la protection du fœtus dès sa conception. Ils justifient leur revendication par la Constitution polonaise, qui garantit le droit à la vie à tous les citoyens. Selon eux, un enfant a des droits avant même d'être né. Cette proposition de loi prévoit une sanction pouvant aller jusqu'à cinq ans de prison aussi bien pour la femme elle-même que pour toute personne qui l'aidera à avorter.

    Ce que dit la loi

    En Pologne, l'IVG est actuellement autorisée dans trois cas de figure : si la grossesse met en danger la santé ou la vie de la mère, si le fœtus est malformé ou touché d'une maladie incurable ou en cas de viol (une femme ne peut alors avoir recours à l'IVG que dans un délai de 3 mois). A titre de comparaison, le droit français autorise l'IVG (avant le 3e mois de grossesse) à toute femme enceinte sans devoir justifier son acte, et cela depuis la loi Veil de 1975. L'Union européenne n'est pas compétente pour légiférer sur l'IVG, mais elle recommande tout de même aux États membres de légaliser l'avortement.

    Un combat politique

    La polémique sur le droit à l'avortement s'inscrit en Pologne dans un débat plus large : entre les conservateurs (le parti Droit et Justice et ses alliés) et les libéraux (la Plateforme Civique est ses alliés). En effet, lors de la première lecture des deux propositions de loi, tous les députés de Droit et Justice se sont prononcés pour l'interdiction de l'IVG – étant donné qu'ils ont la majorité absolue à la Diète, ils ont largement remporté le vote. L'hiver dernier, les choses se sont déroulées de la même façon pour nommer de nouveaux juges (choisis par le parti au pouvoir) au Tribunal constitutionnel et pour un contrôle renforcé des médias publics. Il s'agissait de remplacer ces juges et journalistes par des sympathisants du parti. Aujourd'hui, il s'attaque aux droits des femmes défendus par les libéraux. Ainsi, par des moyens démocratiques, le parti au pouvoir est en train de supprimer successivement les fondements mêmes de la démocratie.

    Une politique de natalité assez particulière

    Alors qu'en France l'Etat encourage les couples à avoir plus d'enfants en offrant un soutien financier non négligeable aux familles nombreuses, le groupement politique au pouvoir en Pologne tente d'augmenter la natalité en obligeant les femmes à accoucher. Le gouvernement a certes mis en place une politique d'allocations familiales dès le deuxième enfant, mais cela ne peut en aucun cas être considéré comme une compensation pour les femmes ayant voulu avorter.

    Quelles conséquences si le texte est voté ?

    A part la reconnaissance des droits du fœtus, les militants anti-IVG n'obtiendront rien de très positif. L'interdiction de l'interruption volontaire de grossesse dans le pays ne va sans doute pas freiner l'émigration des jeunes, chose que le parti promettait de résoudre lors de sa campagne. Les avortements clandestins ne risquent pas de disparaître non plus, au contraire : toutes les femmes n'ont pas les moyens de partir dans une clinique à l'étranger. L'interruption « souterraine » de grossesse deviendrait une solution systématique pour toutes les femmes ne souhaitant pas perdre leur vie en accouchant, ou n'ayant pas les moyens matériels de s'occuper d'un enfant gravement malade à la naissance. Ou encore pour les jeunes filles violées ne voulant pas élever l'enfant de leur agresseur. Comme l'a dit la députée Kamila Gasiuk-Pihowicz du parti .Moderne (.Nowoczesna, droite libérale) : « L'avortement a existé, existe et va exister. Cette loi ne va pas l'empêcher, elle fera seulement que les femmes pauvres vont le pratiquer clandestinement, et les femmes riches – dans les cliniques allemandes ».

    Perspectives

    Krystyna Janda, une célèbre actrice polonaise, a appelé à une grève générale des femmes le 3 octobre. Il s'agit d'une protestation symbolique inspirée de celle des Islandaises en 1975. Des milliers de personnes déclarent se joindre à elle sur les réseaux sociaux, ce qui prouve qu'une partie de la société compte résister à cette limitation des droits des femmes. Faut-il que l'Union Européenne règlemente davantage l'IVG à l'échelle communautaire pour garantir les mêmes droits au sein de ses États membres ? Ou faut-il laisser chaque État décider de sa propre politique sur l'IVG et attendre que certains dirigeants aient envie de se mettre à la place d'une femme ?


  • Allemagne : les résultats des élections remettent en cause la politique d’accueil d’Angela Merkel

    29 septembre, par Laura Mercier — Actualités, , , ,

    A un an des élections fédérales en Allemagne, la chancelière Angela Merkel a vu son parti, la CDU, perdre deux scrutins : en Mecklembourg-Poméranie Occidentale, et à Berlin. Ces deux élections ont été marquées par la montée du parti d'extrême droite, Alternative pour l'Allemagne (AfD).

    L'Allemagne aspirée par le mouvement populiste

    Le 4 septembre 2016, c'est dans le Land Mecklmenbourg-Poméranie, où le parti social démocrate (SPD) domine traditionnellement, que les allemands ont été appelés à voter pour élire leurs députés. Et c'est l'AfD qui a marqué les résultats, en obtenant 20,85% des suffrages exprimés, et donc 18 sièges sur 71. Aux dernières élections, en 2011, ce parti était inexistant. Quant à l'Union chrétienne-démocrate, la CDU, a obtenu 19,06% des suffrages, faisant de l'AfD le deuxième parti de ce Land.

    Le 18 septembre, ce sont les Berlinois qui sont allés aux urnes pour élire de nouveaux députés. L'AfD y a réalisé 14% des suffrages, et a fait son entrée pour la première fois dans plusieurs conseils d'arrondissement de la capitale allemande. La CDU y a enregistré le pire résultat de son histoire à Berlin, avec 17,6% des voix. Le SPD reste le premier parti mais recule tout de même en concédant 9 sièges.

    Désormais, l'AfD est présent dans dix parlements régionaux, sur les 16 existants. Ces résultats inquiètent fortement et soulignent la fragmentation du paysage politique allemand, avec le recul des deux grands partis, le SPD et la CDU. Mais surtout, ces résultats mettent fin à l'exception allemande : l'Allemagne semblait jusqu'alors épargnée par le mouvement populiste, de par sa performance en termes de croissance, de commerce extérieur excédentaire, son taux de chômage faible et son rayonnement dans la mondialisation. Mais cette immigration forte et récente a exacerbé les peurs du peuple allemand, qui se tourne vers les partis populistes.

    Angela Merkel, sous pression

    Ces deux revers électoraux sont pour le gouvernement allemand la confirmation d'un mécontentement et d'un sentiment de plus en plus hostile vis-à-vis de la politique d'accueil des réfugiés que la chancelière a engagé l'été 2015, et qui a permis à des centaines de milliers de réfugiés de passer les frontières allemandes. Dans ce contexte politique tendu, la chancelière allemande est sous pression : plusieurs membres de son propre parti souhaitent un durcissement de la politique migratoire du gouvernement, et ils sont rejoints par l'allié de la CDU, l'Union chrétienne-sociale (CSU), en Bavière.

    Au niveau européen, les partenaires de l'Allemagne attendent également des mesures fortes de la part de l'Allemagne, pour stopper l'immigration clandestine. C'est l'objectif qu'Angela Merkel a énoncé à l'occasion d'une rencontre avec ses partenaires régionaux réunis le 25 septembre à Vienne. Mais Angela Merkel n'oublie pas de préciser qu'il est important de rester « à la hauteur de nos responsabilités humanitaires ».

    La chancelière allemande doit concilier et trouver un équilibre entre les différentes attentes de ses partenaires européens : d'un côté, Athènes souhaite que l'Union Européenne « remplisse ses engagements vis-à-vis de la Turquie » en libéralisant le système des visas, car l'accord signé en mars entre l'Union Européenne et Ankara est menacé d'échouer si l'exemption de visas aux citoyens turcs n'est pas assurée dans les prochaines semaines. Face à Tsipras, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, veut renvoyer tous les demandeurs d'asile qui se trouvent actuellement sur le territoire européen. Toujours dans cette lancée nationaliste, il appelle les hongrois à voter contre l'accueil des réfugiés, à l'occasion d'un référendum qui a lieu ce dimanche 2 octobre.

    Ainsi, les dirigeants européens ne parviennent pas à trouver de solution durable, et surtout une solution européenne à la crise des réfugiés. Les opinions publiques européennes sanctionnent leurs gouvernements, en Allemagne, en France, en Autriche, et se tournent vers les partis populistes d'extrême droite. Cela montre que l'accord signé avec la Turquie n'était pas la solution à la montée des populismes et des nationalismes en Europe, et que les dirigeants européens doivent résoudre cette crise ensemble, malgré la pression électorale que chacun d'entre eux peut connaître dans son pays.

    L'année 2017 sera marquée par plusieurs scrutins : en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, mais aussi en Italie à l'occasion d'un référendum qui se tiendra au mois de décembre prochain : ces différentes élections ne pourraient-elles pas être l'opportunité de trouver des solutions communes ? Les nombreux candidats qui prennent part à ces élections devraient travailler ensemble pour relancer le projet européen, pour résoudre cette crise humanitaire, et donner à nouveau de l'espoir au peuple européen.


  • Parlement européen : peut-on rêver d’un siège unique à Strasbourg ?

    28 septembre, par Alexandra Thomé — Actualités, ,

    Si Strasbourg est le siège officiel du Parlement européen, seules les séances plénières s'y déroulent quatre jours par mois. La majorité du travail du Parlement s'effectue à Bruxelles, où sont installés la plupart des équipes politiques et des fonctionnaires. Bien que les infrastructures bruxelloises disposent d'une plus grande capacité d'accueil, elles sont aussi saturées et vieillissantes. Strasbourg compte bien profiter de cet avantage pour réaffirmer son statut de « capitale européenne ».

    La stratégie strasbourgeoise de reconquête

    Pour faire de Strasbourg le siège unique du Parlement européen, le chemin est encore long mais la capitale alsacienne a plusieurs cordes à son arc. Menée par l'ancienne maire de Strasbourg et députée européenne Catherine Trautmann, la campagne « Strasbourg – The Seat » qui rassemble les partisans d'un siège unique à Strasbourg a été lancée le 21 octobre 2015 à Bruxelles. Il s'agit non seulement de lutter contre la remise en question du siège strasbourgeois, mais aussi de prouver que créer de nouvelles infrastructures à Strasbourg serait la meilleure alternative à d'énièmes et coûteuses rénovations à Bruxelles (notamment celle du bâtiment Paul-Henri Spaak).La vétusté des bâtiments bruxellois constitue une aubaine, et c'est la municipalité de Strasbourg qui compte y répondre par des investissements audacieux.

    L'Eurométropole fait ainsi construire depuis mai un nouveau quartier d'affaires international sur une surface d'environ 4 hectares entre le Parlement européen et les bâtiments administratifs de la Région Grand Est. Une mise à disposition de 30 000 m² adaptés au travail parlementaire est envisagée et permettrait le transfert de plusieurs services de Bruxelles vers Strasbourg, du moins pendant les travaux de rénovation du bâtiment Paul-Henri-Spaak qui compte pas moins de 630 bureaux, un hémicycle (déjà existant à Strasbourg), de nombreuses salles de réunion et des espaces dédiés à la presse.

    Outre les immeubles de bureaux , le quartier d'affaires « Wacken Europe » sera doté de nouveaux espaces résidentiels et hotelliers . Ces nouvelles constructions seront plus respectueuses de l'environnement (normes récentes, matériaux verts, consommation énergétique réduite) et devraient voir le jour d'ici 2020.

    Les enjeux d'un siège unique à Strasbourg

    Un regroupement des activités du Parlement à Strasbourg serait très bénéfique pour la ville. En plus du prestige et de l'attractivité touristique du siège du Parlement, l'économie locale bénéficierait de l'arrivée d'une population à fort pouvoir d'achat. Si les navettes Bruxelles-Strasbourg ont encouragé l'amélioration des infrastructures ferroviaires, un siège permanent à Strasbourg permettrait de faire baisser la spéculation hôtelière engendrée par les sessions parlementaires.

    Pour le Parlement européen, l'enjeu est double. Prosaïquement, le regroupement à Strasbourg permettrait d'économiser le coût des déplacements mensuels entre les lieux de travail. Sur le plan politique, la question du siège pose celle du poids politique du Parlement en tant qu'institution démocratique. Avoir un siège unique et distinct de Bruxelles permettrait au Parlement de gagner en visibilité par rapport aux autres institutions de l'Union présentes dans la capitale belge.

    Le Parlement pourrait ainsi marquer son indépendance vis-à-vis de la Commission et du Conseil et revendiquer son statut de représentant des citoyens européens. Rester à Strasbourg lui permettrait aussi de s'éloigner des lobbys installés à Bruxelles et plus généralement de « l'EuroBubble » qui donne cette image technocratique tant préjudiciable à l'Union européenne.

    Les opposants au siège strasbourgeois estiment au contraire que le Parlement ne peut avoir une vraie influence que s'il reste proche de la Commission et du Conseil, les négociations interinstitutionnelles représentant un rouage important du processus législatif de l'Union . Ils craignent également qu'un éloignement ne défavorise les petites associations au profit de lobbys plus puissants ayant les moyens financiers de se déplacer jusque Strasbourg.

    La question du siège est loin d'être simple. D'autant plus qu'un changement de siège nécessiterait une révision des traités et donc une décision unanime des 28 Etats-membres. On imagine donc mal voir la France renoncer au siège de Strasbourg. La capitale alsacienne peut également compter sur des soutiens influents, notamment ceux des présidents du Parlement européen et de la Commission Européenne, Martin Schulz et Jean-Claude Juncker.

    La « bataille du siège » sera longue mais on peut déjà se réjouir que le débat se soit élevé. D'une vision manichéenne qui opposait Bruxelles - capitale des institutions - à Strasbourg - ville de province mal desservie - comme c'était le cas au lancement de la campagne des « anti-Strasbourg », on argumente désormais sur la base de conceptions institutionnelles pertinentes. Faire le choix de Strasbourg comme siège unique du Parlement européen, ce n'est pas seulement choisir une ville, c'est aussi défendre une certaine idée de l'Europe.


  • L’Union Européenne doit impulser une nouvelle dynamique diplomatique

    26 septembre, par Florian Brunner — Opinions, , ,

    La diplomatie européenne manque d'unité et de cohérence dans la gestion du conflit syrien. L'Union Européenne doit reprendre l'initiative et agir avec courage pour porter ses idées sur la scène internationale, elle doit faire preuve de volontarisme et renforcer ses outils diplomatiques.

    L'Union européenne est confrontée à trois enjeux majeurs : l'organisation d'un nouvel ordre mondial, l'affirmation de l'Europe dans le combat contre Daesh et l'instauration d'un réel processus de stabilisation au Moyen-Orient. Ces trois enjeux sont liés. Alors que la précipitation et la confusion semblent s'être imposées dans le combat face à l'Etat islamique. Alors que l'Union européenne semble désorientée, notamment dans sa situation politique, nous devons impérativement définir une stratégie efficace, au service d'un réel projet pour le monde.

    L'offensive turque ou la loi du chaos

    Daesh est en recul sur tous les fronts. Cette proximité avec une défaite attendue favorise une précipitation périlleuse pour l'équilibre d'une région, déjà fortement ébranlée. Guidés par leurs seuls intérêts, sans aucune vision pour l'avenir du Moyen-Orient, les Etats engagés contre l'Etat islamique se perdent dans une improvisation tragique. La Turquie a longtemps entretenu une relation de connivence tacite avec Daesh, avant de prendre peur. Menacée par le renforcement de l'Etat islamique comme l'ensemble des régimes sunnites, la Turquie a cessé tout soutien à ces djihadistes. Armés et financés par les Américains, les Kurdes reprenaient les villes et villages abandonnés par Daesh, ce qui les rapprochait d'un contrôle de tout le Nord de la Syrie, et donc de toute la frontière avec la Turquie. Or c'est cette zone qui longe les régions kurdes de Turquie. Décidée à contrer l'action des Kurdes et à empêcher une dislocation de son Etat, la Turquie a ainsi lancé une offensive en territoire syrien, le 24 août 2016. Ankara souhaite également, par son action militaire, s'assurer une influence dans l'éventuelle reprise d'incertaines négociations de paix. Les calculs à court terme sont toujours les seuls moteurs d'acteurs à l'interventionnisme exacerbé. La loi du chaos semble encore une fois s'imposer. Les Etats-Unis, les yeux tournés vers l'Asie, ne portent aucune vision et aucune stratégie. L'Europe doit sortir de sa torpeur et retrouver l'initiative. Elle doit pour cela, recouvrer son unité.

    Rénover la diplomatie occidentale

    Nous avons assisté le mercredi 6 juillet 2016, à la publication du rapport de la commission d'enquête sur l'engagement du Royaume-Uni dans la guerre en Irak en 2003. Un rapport accablant pour l'ex-Premier ministre Tony Blair. George W. Bush et Tony Blair se sont fondés sur le mensonge et la manipulation, pour entrainer leurs pays dans une invasion prématurée, alors que l'action militaire n'était pas inévitable. Le 14 février 2003, Dominique De Villepin, Ministre des Affaires étrangères de la France, avait prononcé un discours historique devant le Conseil de sécurité de l'ONU, contre la guerre en Irak. La vérité de ce discours résonne encore aujourd'hui. La France avait fait le choix de la vérité et l'Allemagne s'était retrouvée sur la même voie. C'est ce devoir de vérité et cette volonté d'instaurer la paix qui doivent guider notre diplomatie. Dès que nous oublions notre mission de paix, nous tombons dans tous les pièges, nous commettons toutes les erreurs. La guerre en Irak a enclenché la création de Daesh. Aujourd'hui, en 2016, nous devons en tirer définitivement les enseignements. Nos ennemis sont la précipitation et la désunion. A l'inverse, nos forces résident dans notre capacité à nous inscrire dans la durée et à rester cohérents. Alors que Daesh cherche à propager le virus de la violence et de la division, nous devons nous rappeler que nous ne gagnerons qu'en demeurant unis et qu'en encourageant l'unité partout où elle est menacée. La diplomatie occidentale est appelée à se rénover. Et l'Europe a vocation à participer à cette rénovation.

    Construire la paix en Syrie et au Moyen-Orient

    Le processus d'instauration d'une trêve en Syrie ne produit aucun résultat durable. L'ONU traverse une période très ardue et n'a pas réussi à donner une direction politique à un ensemble de plus en plus incohérent et inquiétant. Daesh perd la bataille militaire, mais certainement pas la bataille politique. L'absence d'un compromis solide en Syrie et la fragilisation des démocraties occidentales, conduisent le Moyen-Orient à un bouleversement constant et entretenu. Il est impératif qu'un réel processus de transition politique entre en œuvre, en Syrie. Nous ne pouvons que constater la nécessité d'impulser une nouvelle dynamique diplomatique, afin d'enclencher un véritable tournant. La Syrie a besoin d'unité politique et cette unité ne sera possible qu'avec le départ de Bachar al-Assad. Assad est un despote qui prospère sur les déchirures cruelles de son propre peuple. La bataille d'Alep en est la terrible démonstration. Tant que la dynastie Assad et la minorité chiite dont elle est issue garderont le pouvoir, la majorité sunnite de la population syrienne continuera à se regrouper dans un combat identitaire, ce qui ouvrira toujours des perspectives aux djihadistes. Les tensions ne cessent de croître entre l'Iran et l'Arabie saoudite, champions du chiisme et du sunnisme, des deux religions de l'islam, qui s'affrontent afin d'obtenir la prédominance régionale par alliés chiites et sunnites interposés. La situation est grave et extrêmement menaçante. L'Europe a le devoir de retrouver l'initiative sur le plan diplomatique, afin d'aboutir à de véritables résultats, qui iront dans le sens d'une stabilisation et donc d'une défaite politique de Daesh. Cessons de laisser aux Etats-Unis et à la Russie, le monopole des opérations diplomatiques. L'Europe est légitime pour porter son message.

    Développer une stratégie européenne en Syrie

    « Ce n'est qu'ensemble que nous sommes, et que nous resterons, une force incontournable. Pourtant, même si l'Europe est fière d'être une puissance douce qui revêt une importance mondiale, nous ne devons pas être naïfs. La puissance douce ne suffit pas dans un voisinage de plus en plus dangereux ». Le 14 septembre 2016, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a prononcé son deuxième discours sur l'état de l'Union, devant les parlementaires européens réunis à Strasbourg. Constatant l'urgence de la question syrienne et l'absence de l'Europe dans les négociations en cours, Jean-Claude Juncker a plaidé pour un renforcement de la diplomatie européenne. Le président de la Commission européenne veut accroître le rôle de l'actuelle Haute Représentante de l'Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini. Selon Jean-Claude Juncker, Federica Mogherini doit devenir une véritable ministre européenne des affaires étrangères, fédérant tous les corps diplomatiques, de tous les pays membres de l'Union, afin de pouvoir représenter une diplomatie européenne résolue. Dans ce cadre, Jean-Claude Juncker a très justement appelé à développer une stratégie européenne pour la Syrie. Il a ainsi légitimement considéré qu'en disposant d'un siège à la table des discussions sur l'avenir de la Syrie, Federica Mogherini serait en mesure d'incarner cette présence européenne tant nécessaire pour reconstruire la Syrie et l'engager sur la voie d'une réelle transition politique, conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Dans son discours du 14 septembre 2016, Jean-Claude Juncker a également présenté un plan pour la Défense de l'Union européenne, en annonçant l'instauration d'un quartier général unique de planification et de suivi des missions militaires et civiles de l'UE, ainsi que la création d'un Fonds européen de la Défense. Jean-Claude Juncker souhaite établir une coopération structurée et efficace entre les armées nationales européennes, tant sur le plan des dépenses que sur le plan opérationnel. Le manque de coopération en matière de défense coûterait à l'Europe entre 25 et 100 milliards d'euros par an, en fonction des domaines concernés. Suite à ce discours, le sommet de Bratislava du 16 septembre 2016 ne s'est pas montré à la hauteur et n'a débouché sur aucune décision déterminante. Le discours de Jean-Claude Juncker était animé par un réel volontarisme politique. Le président de la Commission européenne a avancé des propositions concrètes, au service d'un projet européen humaniste, ambitieux et crédible. En cette période de Brexit, Jean-Claude Juncker a posé les bases d'un véritable tournant. Alors que l'unité européenne est aujourd'hui fortement menacée, nous sommes placés devant la responsabilité de refonder l'Europe. Consolidons nos outils diplomatiques et militaires, enclenchons des chantiers communs et opérons le renouveau tant espéré par les citoyens européens. L'Europe ne revivra que lorsqu'elle sera animée par le courage et l'imagination qui l'ont conduit à son accomplissement.


  • Guy Verhofstadt : ses propositions pour l’Europe

    22 septembre, par Jérémy Lebourgeois — Actualités, , ,

    Alors que le trio Rome-Berlin-Paris se réunissait à Ventotene pour trouver une issue à la crise politique européenne amplifiée par le Brexit, certains ont déjà pensé la question et proposent dès à présent leurs idées. C'est le cas de Guy Verhofstadt, ancien premier ministre belge de 1999 à 2008, il est aujourd'hui l'un des députés européens les plus influents [1] et a été designé par le Parlement Européen pour le représenter dans les négociations entre l'Union Européenne et le Royaume-Uni. Détails et analyses de ses propositions.

    Une Union moins bureaucratique pour plus de démocratie et d'efficacité

    L'Europe est lente et toujours en train de chercher des solutions à des crises interminables, qu'il s'agisse de la crise économique de 2008 ou de celle des réfugiés et c'est avant-tout dû à sa structure institutionnelle selon Guy Verhofstadt. C'est pourquoi, il propose de remplacer la Commission Européenne par un Gouvernement Européen à 12 ministres au lieu des 28 commissaires actuels. Certes, simplifier le processus décisionnel pourrait être une bonne chose pour rendre l'Union Européenne plus efficace, d'autant plus qu'avoir 12 représentants ne manquerait pas de symbolique au vu des 12 étoiles qu'arbore le drapeau européen. Cependant, passer de 28 représentants à seulement 12 pose une question de taille : chaque État membre doit-il être représenté dans chaque institution de l'Union Européenne ? Une telle proposition peut en effet être facilement contestée car elle laisserait 16 États-membres en dehors de ce gouvernement. Pour autant, l'exécutif européen se doit-il de représenter les 28 États-membres alors que le Conseil Européen s'en charge déjà ?

    En outre, cet exécutif réduit, serait dirigé par un président démocratiquement élu lors des élections européennes où chaque citoyen européen aurait deux bulletins de vote : l'un pour élire ses députés, l'autre pour voter pour un parti européen. Le parti européen réunissant le plus de votes à la fin du scrutin, verrait son candidat tête-de-liste devenir président.

    Afin de rendre plus efficace, plus démocratique et plus transparent ce Gouvernement Européen, l'ancien Premier ministre belge recommande, d'une part, d'augmenter les pouvoirs de Parlement Européen notamment sur le contrôle du budget et des décisions de ce gouvernement et, d'autre part, de réunir toutes les institutions dans un seul endroit, plutôt que de les éparpiller géographiquement.

    Une Union Européenne plus forte pour une Europe plus sûre

    La sécurité en Europe n'a jamais été autant questionnée que depuis ces derniers mois. Or, l'Union Européenne ne dispose pas des moyens nécessaires pour réellement aider les citoyens et leurs États à lutter contre le terrorisme et le crime organisé. Europol ne sert aujourd'hui que de messager, transférant des informations d'un État-membre à un autre. Guy Verhofstadt voudrait rapprocher Europol des prérogatives qu'a le FBI aux États-Unis. Autrement dit, il veut qu'Europol puisse mener des enquêtes et conduire des opérations à travers tout le territoire de l'Union, sans être confronté aux barrières étatiques qui l'en empêchent actuellement. Quant aux frontières du territoire européen, il préconise la création d'un corps européen de gardes-frontières et de garde-côtes, dont la présence sur le terrain serait avérée afin de réellement donner aux Etats européens les moyens de contrôler leurs frontières.

    Alors que le poids des Européens sur la scène internationale ne fait que diminuer à mesure que les nouvelles puissances mondiales s'affirment, le président de l'Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe (ALDE) au Parlement européen, propose de freiner ce déclin en donnant à l'Union Eurpéenne les moyens de s'affirmer militairement. Selon lui, nous dépensons la moitié du budget des États-Unis dans notre système de défense mais nous ne réalisons que l'équivalent de 15% de leurs opérations. Un écart qui, selon le député, pourrait être réduit si l'UE se dotait d'une véritable force armée à travers une Armée européenne dirigée par une Unité de commandement. Pour lui, seule une Communauté de Défense Européenne serait capable de lutter contre l'État islamique, de tenir tête à la Russie et de devenir une alternative crédible aux États-Unis.

    Une telle proposition a-t-elle des chances de voir le jour alors que le mirage d'une armée européenne perdure depuis des décennies ? Et bien, oui et non. En effet, si le Brexit se concrétise, une plus grande collaboration et une plus grande unification des forces armées pourraient s'enclencher. Les Britanniques étaient en effet, de stricts opposants à toute forme de militarisation à l'échelle de l'Union Européenne. Pour autant, les opinions nationales demeurent très frileuses quant à toute fédéralisation militaire, restant attachées au concept d'armée nationale et effrayées par ce qui peut apparaître comme une perte de souveraineté.

    Raviver l'économie européenne par davantage de confiance dans l' Eurozone

    L'Eurozone rime actuellement plus avec austérité qu'avec confiance. Pour autant, l'euro est un facteur de stabilité, de croissance et d'emploi non-négligeable. Afin de rétablir la confiance envers notre monnaie commune, Guy Verhofstadt préconise de créer une nouvelle échelle de gouvernance à l'échelle de l'Union monétaire en y attribuant un ministre des Finances, un nouveau budget et une trésorerie propre. En outre, afin de restaurer les investissements au sein de l'Union Européenne, l'eurodéputé appelle à compléter l'Union bancaire, pour s'assurer que les banques puissent prêter à nos entreprises.

    Finaliser le marché commun pour booster l'innovation

    Le marché commun européen est certes l'un des plus avancés au monde. Cependant, un certain nombre de barrières perdurent et mettent un frein au développement de projets à l'échelle européenne. Un jeune entrepreneur se doit en effet de négocier à chaque fois avec chacune des 28 instances nationales pour pouvoir commercialiser son produit dans toute l'Union. Autrement dit, pour que son produit soit proposé aux 507 millions d'Européens, il se doit de mener un combat administratif qui ruinera son projet avant qu'il n'ait réellement commencé. Selon G. Verhofstadt, seul 35% de nos biens et services circulent réellement à travers toute l'Europe. Le député européen encourage donc fermement à ce que l'on complète et termine notre marché européen en réduisant et supprimant les barrières non-nécessaires.

    En finir avec l'Europe à la carte : dedans ou dehors

    L'Union se mine de l'intérieur par un ensemble de règles d'exemption, tous les États-membres ne se voient pas accorder les mêmes droits et les mêmes obligations car certains décident de ne pas participer à certaines politiques européennes. Au cœur de ce jeu où chaque État-membre a un pied dedans, un pied dehors : le système d'unanimité. Si un seul État est contre une politique, mais que les 27 autres sont pour, celle-ci n'est pas adoptée. Pour éviter la paralysie, bien souvent, des concessions ont été faites à ces États réfractaires. Guy Verhofstadt veut en finir avec cette Europe à la carte et propose que toutes ces exemptions soient réduites à un seul choix : appartenir à l'Union Européenne ou bien avoir le statut d'État associé. En somme, chaque État-membre devrait faire le choix entre une adhésion complète ou l'obtention d'un statut d'État-tiers. L'un oblige à participer à toutes les politiques européennes et permet d'en récolter tous les bénéfices et les droits, l'autre choix, moins contraignant, ne donnerait accès qu'au marché commun, à un certain nombre de conditions et procurerait donc moins de droits pour les citoyens de ces « États-associés ».

    L'application de cette proposition, plus radicale, semble peu probable. En effet, l'enjeu diplomatique d'un tel ultimatum serait considérable, il n'y aurait guère que sous la pression exercée par d'autres États-membres qu'un pays se retrouverait contraint à une telle décision. En outre, ce serait aussi encombrer les débats pour des années. Le Brexit, aux dernières estimations, ne serait effectif qu'au plus tôt en 2019. Si chaque pays sortant se doit de négocier pendant plus de trois ans ses termes de départ, l'UE ne se paralyserait-elle pas par elle-même alors qu'elle est attendue sur d'autres terrains ? Qui plus est, si la solution proposée par l'ancien Premier ministre clarifierait certes les situations au sein de l'Union Européenne, elle poserait tout de même une question de taille : l'Union Européenne respecterait-elle encore sa devise « Unis dans la diversité » alors qu'elle imposerait à certains États de se conformer aux autres, sous peine de devoir prendre le large ?

    Ne faudrait-il pas plutôt passer par une voie adjacente : redynamiser l'Union Européenne pour donner à ses États-membres toutes les justifications et la motivation de s'harmoniser aux politiques communes ? Des idées ouvertes au débat, Guy Verhofstadt répondant aux suggestions et critiques de chacun lors de live-chat [2] ou dans les commentaires de ses vidéos de présentation [3]. L'ancien Premier-ministre n'hésite pas à récolter toutes les opinions sur son plan [4] pour réformer l'Union afin de pouvoir le faire évoluer et le défendre au mieux lorsqu'il sera débattu en séance au Parlement Européen.




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