Les Jeunes Européens France
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  • La cravate, une histoire européenne

    19 avril, par Marko Sankovic — Culture, , , ,
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    De nos jours, la cravate est un attribut vestimentaire incontournable de la mode masculine. Mais qui peut se targuer d'être au fait de son histoire longue de plusieurs siècles, pour le moins passionnante et fondamentalement européenne ?

    Une origine croate

    L'histoire de la cravate commença avec la Guerre de Trente ans ayant déchiré l'Europe entre 1618 et 1648. La France, solidaire du camp protestant dans le but de contrer la puissance de la maison Habsbourg du Saint-Empire germanique, avait besoin de troupes d'élite pour faire pencher la balance dans un conflit terrible mobilisant une vingtaine de belligérants et ayant entrainé une demi-douzaine de millions de morts. Alors même que la Croatie s'était mobilisée en faveur des Habsbourg, la France fit appel en 1635 aux mercenaires croates, forts de leur réputation de guerriers d'élite en Europe.

    À l'époque, le roi de France était Louis XIII. À l'issue de plusieurs batailles où ils s'étaient illustrés par leur bravoure, les plus vaillants parmi les mercenaires croates furent introduits auprès du roi afin de recevoir un hommage. C'est alors, que le roi, toujours soucieux d'être au fait des derniers raffinements de la mode, fut intrigué par les morceaux de tissu nouées au cou de ces guerriers dont il estima qu'ils étaient de la plus haute élégance. Ainsi, la cravate fut-elle introduite à la Cour du roi de France.

    Mais pourquoi ce morceau de tissu fut-il appelé cravate ? Nous ne sommes pas sans ignorer la difficulté qu'éprouvent les francophones à prononcer le son « h ». Or, c'est un son très courant dans la langue croate, présent par exemple dans le nom du pays. En effet, Croatie se dit « Hrvatska » en croate, tandis que le terme équivalent à Croate est « Hrvat ». Incapables de prononcer correctement le terme « Hrvat », les gentilshommes de la Cour se contentèrent de dire « Krvat », terme qui aboutit par la suite à la dénomination « cravate ».

    Aujourd'hui, la cravate est devenue un symbole essentiel de la culture croate. Ainsi, après avoir noué en 2003 la plus grande cravate du monde (808 mètres de long et 25 mètres de large) autour de l'arène romaine de la ville de Pula, les Croates instaurèrent en 2008 une journée nationale de la cravate. Celle-ci est célébrée chaque 18 octobre.

    Une mise au point française

    La cravate traversa presque quatre siècles pour se présenter sous sa forme actuelle, elle doit beaucoup à la France qui joua un rôle essentiel dans sa mise au point. Initiée sous le règne de Louis XIII, la mode de la cravate fut reprise sous Louis XIV pour ne jamais quitter les hautes sphères de la politique, de la diplomatie et de l'armée française. De même, la forme de la cravate, qui était à l'origine un foulard noué autour du cou à la façon d'un fichu, fut innovée en 1692 lorsque les soldats français, attaqués par surprise à Steinkerque par une escouade anglaise, durent nouer à la hâte leur foulard. Ils plièrent le tissu de manière à former une étroite bande, au noeud simple et dont les extrémités étaient plongés dans la vaste.

    Après avoir été utilisée sous la Révolution comme un signe d'appartenance politique, selon la couleur choisie, la cravate se diffusa au XIXème siècle, sous l'influence du mouvement dandy. Balzac pouvait alors écrire que la cravate était « encore une partie essentielle et obligée du vêtement qui, dans ses formes variées, apprend à connaître celui qui la porte ». C'est à ce moment-là que la cravate prit une forme proche de celle qui nous est si familière. La version finale fut conçue par l'Américain Jesse Langsdorf en 1924.

    Le symbole de l'amitié franco-croate

    À la suite de la bataille de Rocroi de 1643, les mercenaires croates intégrèrent le nouveau régiment de cavalerie Royal-Cravate portant la devise latine « Nuc pluribus impar », traduisible par dire « À nul autre pareil ». Actif sous Louis XIV et Louis XV, le régiment fut rebaptisé 10ème de cavalerie sous la Révolution, où il participa à la bataille de Valmy ainsi qu'à celle de Fleurus.

    Sous Napoléon, le régiment devient 10ème de cuirassiers. Il prit part aux batailles d'Austerliz, d'Iéna, d'Eylau, de Wagram, ainsi qu'à la campagne de Russie. Le régiment de cuirassiers étaient alors rejoint par les régiments croates recrutés dans les Provinces illyriennes, territoires conquis par l'Empire en 1806 et correspondant en partie à la Croatie actuelle. Les hauts faits d'armes des régiments croates sont immortalisés par une plaque dans la Cour d'Honneur de l'hôtel des Invalides. En 1815, le 10ème régiment de cuirassiers fut reversé dans le 1er régiment nouveau, qui participa à la bataille d'Ypres en 1914, avant d'être intégré à la 4ème division cuirassée du général de Gaulle en 1940. Le 10ème de cuirassiers est aujourd'hui un régiment de réserve.


  • Poussée de l’indépendantisme en Ecosse

    19 avril, par Pierrot — Actualité
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  • Carton rouge aux États membres ne jouant pas le jeu de la démocratie européenne

    18 avril, par Michel Gelly — Cartons Rouges,
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    Dans la moitié des pays de l'Union européenne, la loi nationale n'autorise pas aux partis politiques d'afficher leur affiliation à un parti européen. Une bien triste nouvelle pour la démocratie européenne au moment où les électeurs vont pouvoir, pour la première fois, avoir leur mot à dire sur la désignation du futur Président de la Commission européenne. Dans le reste de l'Europe, comme en France ou au Royaume-Uni, rien n'interdit d'informer les électeurs. En Italie, cela est même recommandé.

    C'est un de ces tableaux que la Commission européenne publie de temps en temps pour comparer les Etats membres entre eux. Une annexe à un rapport, rien de plus, qui fait pourtant froid dans le dos. Quatre petites questions aux autorités nationales afin d'évaluer la « conduite démocratique des élections » européennes à venir. Selon ce document, dans quatorze Etats membres, « la législation nationale n'autorise pas l'apposition du nom et/ou du logo des partis européens sur les bulletins de vote. » Une incursion surprenante de la Loi dans un domaine qui appartiendrait plutôt aux partis politiques. C'est à eux que revient en effet la tâche de communiquer sans entrave avec les électeurs.

    Cette triste découverte –et l'on saluera ici le travail de centralisation des données effectué par Bruxelles- confirme, s'il était permis d'en douter, le cynisme ou l'ignorance des élites nationales vis-à-vis du projet européen et d'un scrutin dont on n'explique que trop peu l'enjeu.

    Le soir du 25 mai, à l'heure des chaines d'information en continu, fleuriront des analyses nombreuses et variées : on y verra sûrement le désintérêt des peuples pour cette Europe si lointaine et si intransigeante ; on scrutera de près l'abstention et on lui fera dire tout et son contraire ; on rappellera combien l'Union ne peut pas fonctionner sans un espace public commun et on essaiera sans doute de ne voir que vingt-huit leçons nationales à un résultat qui nous concerne tous.

    En plus de cela, dans la moitié de l'Union européenne, la législation aura eu sa part de responsabilité dans ses résultats. Le minimum syndical –il n'est question ici que d'un petit logo, d'un nom de parti ou de candidat à la Présidence de la Commission- n'aura pas même été fait par les dirigeants nationaux pour contextualiser cette élection. Dans la moitié de l'Europe, ce sont les mêmes dirigeants qui critiquent le déficit démocratique et qui l'entretiennent. Un jeu de dupes bien dangereux.

    Géographie de l'étrange

    A y regarder de près, il s'agit d'un groupe d'Etats sans continuité territoriale ou même historique : Allemagne, Bulgarie, Croatie, Danemark, Estonie, Finlande, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Roumanie et Slovaquie. Une répartition qui empêche toute analyse traditionnelle : anciens contre nouveaux Etats membres, Europe du Sud face à Europe du Nord. Ils n'ont en commun que leur interdiction par la loi de rappeler, sur le bulletin de vote, la véritable portée de ce scrutin. De quoi éloigner l'acquisition d'une légitimité démocratique nouvelle pour le Parlement européen.

    Il s'agit, à n'en pas douter, de pays où la législation sur les bulletins de vote est tatillonne, comme dans une mauvaise caricature de directive européenne. Elle n'est probablement pas toujours dirigée spécifiquement contre les partis européens et leurs logos.

    Certains, comme la Slovaquie, font savoir qu'il s'agirait d'une discrimination envers les partis nationaux qui n'appartiennent pas à un parti européen. Une argumentation quelque peu fragile. Dans ce cas, pourquoi ne pas interdire tous les logos de partis nationaux ? Ils constituent une discrimination envers les candidats sans étiquette.

    D'autres pays, comme la Hongrie, font savoir qu'ils considèrent que c'est aux partis seuls d'informer et que le bulletin de vote n'est pas essentiel. Dans le cadre d'une élection aussi importante et dont les enjeux dépassent les frontières, on voit mal comment justifier l'absence de transparence et d'information. Si les partis sont libres de préciser leurs intentions au niveau concerné par cette élection, à savoir l'Europe, pourquoi faudrait-il empêcher aux électeurs, dans le secret de l'isoloir, d'avoir toutes les informations inscrites sur le bulletin de vote ?

    Le cas de l'Allemagne et du Luxembourg est davantage troublant. Les candidats à la Présidence de la Commission européenne des deux plus grands partis, Martin Schulz pour le Parti Socialiste Européen (PSE, centre-gauche) et Jean-Claude Junker pour le Parti Populaire Européen (PPE, centre-droit) en sont originaires. Alors qu'Angela Merkel ne semble pas vouloir voir d'automatisme entre majorité au Parlement européen et Présidence de la Commission automatique, cet obstacle juridique supplémentaire laisse perplexe. L'Etat allemand souhaite-t-il encore réduire le déficit démocratique des institutions européennes, comme il le proposait au plus fort de la crise de la zone euro ? Ces données confirment-elles l'idée que certains Etats joueraient le jeu d'une interprétation a minima des textes, en rendant les résultats illisibles et en empêchant les citoyens de penser que, cette fois, c'est vraiment possible de changer la direction de l'Europe. Un pari risqué, qui ne voit pas plus loin que le court terme et les prés carrés des Etats. Qui peut encore contester le besoin de gérer collectivement les enjeux du 21ème siècle ? Comment peuvent-ils être relevés alors que les citoyens européens semblent désespérés par une Union sourde à leurs aspirations et portée du bout des doigts par des Etats ne jouant plus le jeu du communautaire ?

    Les recommandations de la Commission auront malgré tout servi à quelque chose. Dans quelques-uns des pays susmentionnés, la législation devrait évoluer pour enfin permettre aux partis de préciser à quelle famille politique européenne ils appartiennent. C'est le cas notamment de la Croatie et de la Grèce.

    Les partis politiques européens en question

    L'autre déception de ce scrutin, c'est peut-être le caractère encore imparfait des partis politiques européens. Ceux-ci restent aujourd'hui plutôt des conglomérats de partis nationaux que de véritables partis politiques.

    Les questions européennes méritent mieux que d'être posées tous les cinq ans, à supposer que la prochaine campagne permettra d'y répondre. L'animation du débat européen, à tous les niveaux, est aujourd'hui insuffisante. Certains avancent l'excuse de nos multiples langues, qui constituent pourtant plus une richesse qu'un obstacle. Plusieurs démocraties plurilingues fonctionnent aujourd'hui dans le monde, en Afrique du Sud ou en Inde, par exemple. L'argument de la complexité des institutions est également spécieux, tant la pédagogie est absente de la parole de nos dirigeants ou des contenus de nos médias.

    Le traité de Lisbonne et ses avancées, ainsi que la campagne des européennes 2014 -la première en son genre- ne doivent pas faire oublier que les partis européens doivent être en mesure d'animer l'espace public européen en permanence. Il faut qu'ils évoluent pour pouvoir contribuer véritablement à la démocratie du continent en devenant d'authentiques espaces de discussions et d'orientation de notre Union.

    Leur statut et leur financement sont pourtant encore en chantier.De multiples réformes pourraient être apportées : l'adhésion directe pour les militants à un Parti européen, sans passer par le niveau national ou bien le renforcement de leur financement, dans la transparence, afin de les rendre plus autonomes des partis constitutifs.

    Quoi qu'il en soit, et bien qu'ils restent perfectibles, il faut reconnaitre aux partis européens leur travail pour faire émerger des têtes de liste pour la Commission, malgré l'opposition ou l'inaction des partis et des gouvernements nationaux. C'est pourquoi il est d'autant plus dommageable de voir quelques législations nationales se mettre en travers d'une révolution nécessaire : la légitimation démocratique de notre Europe.

    Le cas de l'Italie devrait servir d'exemple aux autres Etats membres, le rapport de la Commission nous faisant savoir que les autorités nationales y ont « invité les partis politiques nationaux à informer les électeurs de leurs liens d'affiliation avec des partis européens en faisant apparaître cette affiliation dans leurs logos respectifs, qui figureront sur les bulletins de vote ».

    Une lueur d'espoir face aux vieux réflexes de nos dirigeants. Au lieu de saisir la main tendue par un nouveau type d'élection, indirecte, du Chef de l'exécutif européen, certains d'entre eux semblent prêts, une fois encore, à garder les vieilles méthodes. Celles des marchandages et du noyautage de Bruxelles au profit des Etats et au détriment des peuples. Pas sûr que les électeurs seront capables dans ces conditions de voir en l'Europe leur planche de salut. On les comprend. Plus que jamais pourtant, l'Union est indispensable.


  • France 2 et France 3 refuseraient de diffuser le débat entre candidats à la Commission le 25 mai

    17 avril, par Fabien Cazenave — Cartons Rouges,
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    D'après le député Philip Cordery et des sources concordantes à France Télévisions, le service public audiovisuel ne souhaiterait pas diffuser en direct et en « prime-time » le débat du 15 mai organisé entre les candidats à la présidence de la Commission européenne. Un scandale démocratique et électoral.

    Le 15 mai doit avoir lieu le grand débat des Européennes. Les cinq candidats à la présidence de la Commission (Martin Schulz, socialiste – Jean-Claude Juncker, droite – Guy Verhofstadt, centre – Alexis Tsipras, gauche radicale – José Bové ou Ska Keller, Verts) s'affronteront dans un débat présidentiel. Comme annoncé il y a plusieurs mois par le Parlement européen, ce débat utilisera le même réseau que l'Eurovision via l'Union européenne de radiotélévision (UER) qui a en son sein notamment France Télévisions.

    Or les chaînes membres de l'UER n'ont aucune obligation de diffuser ce programme, en direct ou en léger différé pour en permettre la traduction, comme le rappelle le journaliste Philippe Ricard sur son blog du Monde. Pire, France Télévisions estimerait que la diffusion de ce débat sur son internet suffit largement.

    C'est ce que confirme le député Philip Cordery, nouveau secrétaire national du PS à l'Europe, dans une lettre adressée au président de France Télévisions. Plusieurs sources internes à France Télévisions confirment également cette tendance, au profit de « débats maisons ».

    On ne peut qu'être inquiet quand on se rappelle que récemment pour Des Paroles et des Actes, France 2 a accepté de décommander Martin Schulz pour un débat face à Marine Le Pen sous prétexte que celle-ci voulait être opposée à un « Français ». Aura-t-on comme en 2009 un grand débat pour les Européennes où étaient présents sur le plateau plusieurs chefs de partis qui n'étaient pas pourtant pas candidats aux Européennes ?

    Un scandale démocratique

    Il est révoltant que le Service public audiovisuel refuse par principe de diffuser un débat si important fourni gratuitement. D'une part, on ne peut pas décider par avance que les Français ne sont pas intéressés par l'Europe alors qu'on ne leur a jamais proposé un vrai débat sur l'Europe. D'autre part, on se demande pourquoi France Télévisions refuse un débat où il n'y aura rien à dépenser en ces temps de réduction budgétaire.

    France Télévisions n'est pas la pire des chaînes dans le traitement de l'actualité européenne. Régulièrement, des directs sont organisés durant le journal de 20h de France 2 avec le correspondant à Bruxelles, François Beaudonnet. Sur France 3, existent des revues de presse européennes dans Soir 3 et l'émission de Véronique Auger le dimanche « Avenue de l'Europe » est d'une très bonne qualité. Cependant, on s'interroge sur le pourquoi d'une telle décision.

    C'est comme si le débat présidentiel en France n'était diffusé que sur le site internet du service public audiovisuel. Il ne serait pas sûr que les Français soient aussi intéressés par la campagne en France si nous avions si peu d'informations sur l'Assemblée nationale ou ce débat que nous en avons pour le Parlement européen et les élections du 25 mai. D'autant plus qu'il n'y aura qu'un seul tour à cette élection.

    Pourquoi un tel rejet de ce débat pourtant si important pour la démocratie européenne ? Le débat sera animé en anglais, mais chacun des candidats pourra répondre dans sa langue maternelle et une traduction sera fournie pour chaque pays. Il n'y aura certes pas de présentateurs de France 2 à l'antenne, mais on ne peut pas croire que cela puisse influer sur ce genre de décisions.

    L'heure de la mobilisation générale ?

    Un député (national) a réagi. A la société civile pro-européenne, aux eurodéputés et aux candidats aux Européennes de réagir à leur tour. Pour que cela ait un peu d'ampleur, il faudrait que tout le monde signe un même texte demandant officiellement à être reçu par France Télévisions pour que cela ait un peu de visibilité.

    Il est probable que les Jeunes Européens - France, l'UEF-France, Sauvons l'Europe, le Mouvement Européen - France, les Cabris de l'Europe, Puissance Europe, Nouvelle Europe, la Fédération des Maisons de l'Europe et autres associations suivent. Les candidats seraient-ils prêts à signer un texte transpartisan avec nous ?

    Le nouveau secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Harlem Désir, s'honorerait à soutenir une telle démarche.


  • Le national-souverainisme anticapitaliste est une imposture

    16 avril, par Ferghane Azihari — Opinions, , , ,
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    Afin de tenter de rationaliser la haine du projet européen, les nationalistes français ont tendance à confondre celui-ci avec la promotion d'une économie de marché capitaliste dite « sauvage » qui ne profiterait qu'aux puissants au détriment des plus faibles. Outre la question des conséquences vertueuses ou déplorables du système capitaliste, il est vrai que la construction européenne a dès ses débuts été instrumentalisée par les gouvernements européens pour servir le libre-marché notamment contre l'URSS et donc dans une perspective atlantiste conformément à la logique de la Guerre Froide.

    Cette instrumentalisation est justement rendue possible par le caractère trans-partisan de l'idée européenne et du post-nationalisme, ce qui signifie que le projet européen peut être récupéré par d'autres idéologies conformément au pluralisme et au principe majoritaire. Mais il faut s'empresser d'énoncer que ce n'est pas le cas du national-souverainisme dont la confusion avec le capitalisme est absolue. C'est ce que rappelle Susan Strange, l'une des fondatrices de l'économie politique internationale dans un article célèbre qui se nomme « the Westfailure system ».

    Qu'est-ce que le système westphalien ?

    Susan Strange le décrit de la manière suivante : « Le système peut brièvement être défini comme celui au sein duquel l'autorité politique est dévolue à des institutions appelées « États », revendiquant le monopole de la violence légitime au sein de leurs frontières respectives. Il prétend reposer sur le contrôle mutuel (la non-ingérence) ; mais se base également sur la reconnaissance réciproque de la souveraineté d'un État dans le cas où celle-ci viendrait à être contestée. » Autrement dit, le système Westphalien repose sur la consécration et la suprématie de la souveraineté étatique, qu'il s'agisse de ses dimensions internes ou externes. Or pour Susan Strange, il est indissociable à l'économie de marché capitaliste que les États européens ont commencé à aménager au 17ème siècle. On rappellera au passage que l'Union européenne n'existait pas encore à ce moment là. L'économie de marché capitaliste, si elle peut être encouragée par le post-nationalisme, peut également se passer de celui-ci pour exister contrairement à son antithèse, le national-souverainisme.

    Pourquoi le capitalisme se nourrit-il du national-souverainisme et réciproquement ?

    Parce que le système Westphalien consacre le caractère absolu des souverainetés nationales, il met en place un système international anarchique au sein duquel les États sont les garants exclusifs de leur sécurité et de leurs souverainetés respectives. Il en découle une compétition acharnée pour l'accumulation du capital, une accumulation au service de la recherche d'une puissance que nul ne peut se permettre de limiter au risque de céder la position hégémonique à des entités rivales potentiellement dangereuses. L'existence de cet état de nature, non rousseauiste mais plutôt hobbesien ou spinozien est le postulat d'une école de pensée influente en relations internationales : l'école réaliste. L'enrichissement des États devient ainsi une fin en soi ou plutôt un moyen de ne pas faire partie des plus faibles, allant parfois jusqu'à justifier l'aliénation des individus, la remise en question des modèles sociaux voire le dédain pour les considérations environnementales au profit de la seule cause marchande, dénaturant ainsi la finalité initiale du libéralisme économique : l'émancipation et la réalisation de l'humanité des individus. Joseph Stiglitz appelle ce phénomène « le fondamentalisme marchand ». Comme quoi il n'est pas requis de partager les prérequis marxistes pour admettre cet état de fait. Le système westphalien n'est par conséquent pas soutenable et doit céder sa place.

    Le post-nationalisme comme alternative à l'état de nature westphalien

    Le post-nationalisme est un paradigme qui admet que la Nation n'a plus vocation à être le cadre exclusif de l'exercice de la démocratie qui par ailleurs est universelle. Sa mise en place effective permettrait dans un premier temps la reconnaissance de nouveaux acteurs issus de la société civile et la nécessité de mieux les associer au processus décisionnel afin de briser le monopole politique de l'État. Les individus deviendraient moins dépendants des structures étatiques tout en s'appropriant de nouveaux outils au service de la liberté, ce qui conforte in fine son universalité et donc l'idéal démocratique. On peut même se demander si la société civile ne devient pas un acteur incontournable sur un certain nombre de dossiers clefs comme l'environnement, complétant ainsi l'action d'États souvent défaillants en ce que ces derniers n'arrivent plus à se projeter sur le long terme en raison de leur servitude inhérente au système westphalien. Le post-nationalisme permettrait dans un second temps de mettre fin à l'anarchie internationale grâce à une transposition du constitutionnalisme (démocratie, primauté du droit et droits de l'homme) aux échelles continentales et globales sans nécessairement s'encombrer du formalisme étatique. Cette méthode serait au service d'une autre approche des relations internationales fondée sur le rapport de force juridique, la régulation et la norme plutôt que sur les logiques de puissances économiques et militaires qui nourrissent le fondamentalisme marchand. C'est pourquoi déplorer les effets néfastes du capitalisme tout en s'opposant aux constructions politiques supranationales relève de l'imposture. Les nationalistes vont devoir trouver d'autres arguments pour rationaliser leur haine du cosmopolitisme.


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