Les Jeunes Européens France
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  • Coup de force des pro-Strasbourg

    1er avril, par La Rédaction du Taurillon — Actualité

    En ce premier avril, dans la bataille du siège, les partisans d'un siège unique du Parlement européen à Strasbourg ont décidé de passer à la vitesse supérieur. S'élèvera bientôt sur les bords de l'Ill une tour de 141m qui accueillera la totalité des services du Parlement européen.

    Le Parlement européen décide de l'érection d'une tour de 141m de haut juste à côté de son siège actuel, sur le terrain qui lui est réservé par la ville de Strasbourg. Cela pour, enfin, regrouper l'ensemble des activités et services parlementaires de l'Union européenne dans la métropole rhénane, qui deviendra enfin et définitivement la véritable « capitale parlementaire » de l'Union européenne.

    « La rentabilité de dessertes aériennes européennes démultipliées est désormais assurée, par la masse critique de besoins que ce processus de regroupement parlementaire va enclencher » déclare, hilare, Thomas Dubus, président du Directoire de l'Aéroport de Strasbourg.

    Catherine Trautmann, vice-présidente de l'Eurométropole de Strasbourg, surenchéri dans l'optimisme, en ajoutant que « les activités de congrès et le tourisme vont être fortement boostés par l'aura européenne renforcée de la ville, par l'attraction touristique générée par cette nouvelle tour qui devrait comprendre un belvédère, et par l'effet boule de neige sur les dessertes aériennes. » Par conséquent, les hôteliers n'ont plus lieu de s'inquiéter !

    NDRL : certains membres du syndicat des hôteliers strasbourgeois craindraient en effet qu un « siège unique » du Parlement européen à Strasbourg leur fasse perdre une clientèle itinérante mensuelle assurée, car cela réduirait les migrations mensuelles d'assistants parlementaires et fonctionnaires, qui opteraient sans doute désormais pour un hébergement locatif classique.


  • Plus facile de changer de banque : encore une bataille de perdue pour l’Europe dans les médias

    31 mars, par Fabien Cazenave — Actualité, ,

    La mesure est d'ordre pratique et va faciliter la vie des citoyens. Il va y avoir un système d'automatisation du changement de domiciliation du client, quand il quitte sa banque pour un nouvel établissement. C'est « grâce à l'Europe ». Mais comme d'habitude, personne ne le saura.

    Comme l'explique 20 minutes : « le client d'une nouvelle banque ne devra plus fournir la liste de l'ensemble des opérations récurrentes à transférer sur son compte ainsi que toutes les informations nécessaires à l'identification de ses contrats (abonnement mobile, numéro d'assuré social, etc.). [...] Pour bénéficier du nouveau service automatisé, signer un mandat et fournir un relevé d'identité bancaire (RIB) de son établissement d'origine suffira. La nouvelle banque d'accueil pourra alors se tourner vers la banque d'origine de son client pour obtenir la liste des prélèvements et virements récurrents effectués au cours des treize derniers mois. Puis contacter tous les « émetteurs » (de prélèvements ou de virement) pour leur communiquer les nouvelles coordonnées bancaires de leur client ».

    Or d'après ce même article, et comme l'a fait l'ensemble des médias français, on nous explique que cela se réalise grâce à « l'accord conclu jeudi par le Comité consultatif du secteur financier (CCSF). » Or il n'en est rien, il s'agit des conséquences d'une directive au nom aride : la directive 2014/92/UE.

    La classique nationalisation d'une réussite européenne

    Pourquoi les médias n'en parlent-ils pas ? Parce qu'ils ne sont tout simplement pas au courant au moment où il rédige l'information. Les journalistes ont reçu un communiqué de presse de la CCSF leur expliquant la manière dont ils ont obtenu l'application de la directive. Un communiqué devant être court, il n'est pas question d'expliquer l'ensemble du processus législatif aboutissant à cela. Les médias se ruent sur le sujet « pratique » et font un article le plus rapidement possible pour être les premiers à le publier. Ils seront ainsi les mieux référencés et donc les plus cliqués.

    Alors qu'on nous parle en permanence de l'Europe « trop compliquée » ou qui réglemente trop, les citoyens ne sont pas au courant d'une décision qui leur simplifie la vie. Pire, les médias en avaient parlé en... mai 2013. Mais au moment de la réalisation de cette simplification, tout le monde l'a oublié.

    Voilà résumé le problème de la communication européenne. Quand le projet est lancé, on en parle peu car la mise en oeuvre est très lointaine. De plus, beaucoup de négociations et de changements peuvent avoir lieu entre temps. Quand le projet arrive dans la vie quotidienne des citoyens, il est « nationalisé » (s'il est positif).

    Ce cas est typique du manque de visibilité de l'Europe. Au moment où il arrive enfin sur le terrain, il n'y a plus de communication du niveau européen dessus. Et pour cause, l'application d'une directive peut arriver à n'importe quel moment dans un des 28 Etats membres. Les services de la Commission ne sont pas prévenus à l'avance et ne peuvent même pas avertir les journalistes. Au mieux, cela arrivera une semaine ou deux après, mais l'information ne sera plus « chaude » et un article « pratique » expliquant le processus législatif ayant abouti à une décision est clairement inintéressant.

    L'Union européenne d'aujourd'hui est clairement une « perdante médiatique permanente ». Le plan d'investissements porté par Jean-Claude Juncker en est un autre exemple. Il permettra la réalisation concrète d'un grand nombre de projets, mais personne ne saura le rôle décisif joué par l'Europe et la Commission au moment de la livraison.

    Alors à qui la faute ?

    Le journaliste ne peut pas inventer une information qu'il n'a pas. Certes, il devrait rechercher en permanence l'origine d'une information, même si cela n'aboutirait qu'à une ligne dans l'article. En vrai, le journaliste d'aujourd'hui n'a plus le temps d'effectuer correctement son travail : la pression du clic, la simplification à outrance des textes, la multiplication des articles à écrire dans la journée, etc.

    La Commission non plus ne peut pas faire grand chose. A la différence du gouvernement français, ce n'est pas un décret qui fixe l'application d'une directive. Au moment de la transposition dans le droit national, la Commission tient un discours plus technique que politique. Logiquement du reste. La décision est le plus souvent issue d'un consensus entre institutions d'abord et ensuite entre groupes politiques. Or, cela veut dire que tout le monde peut soit se prévaloir de la paternité quand c'est positif... ou rejeter la faute sur « l'Europe » quand c'est mal perçu par les citoyens.

    Au final, c'est toujours l'Union européenne qui perd. Jusqu'à ce qu'elle devienne réellement politique ?


  • Le Brexit : un danger tant pour l’Union que pour le Royaume-Uni

    30 mars, par Hadrien Bajolle — Actualité, , ,

    Il y a comme une incohérence dans la position de David Cameron. Le premier ministre britannique espère trouver un terrain d'entente avec l'Union mais menace dans le même temps d'un référendum sur une éventuelle sortie dès 2017. Une position ambivalente qui rend visible la situation inconfortable dans laquelle se trouve le leadership tory. Conscient des graves dommages qu'une sortie pourrait représenter pour le Royaume-Uni mais débordé par sa base et par la crainte de l'UKIP, les dirigeants du parti conservateur semblent avoir quelque peu perdu la maîtrise des événements.

    Assez ironiquement, le Brexit risque pourtant fort de faire perdre au Royaume-Uni ce qu'il avait voulu y recouvrer : son indépendance. Car en quittant l'Union, le pays abandonnerait également son pouvoir d'en fixer les règles. A contrario, les normes décidées à Bruxelles conserveraient un impact fort sur le territoire britannique étant donné le rapport très disproportionné qui s'installerait entre un Royaume-Uni isolé et une Europe unie.

    Outre son indépendance, c'est également l'unité du Royaume-Uni, qui pourrait une nouvelle fois être mise à mal. L'Écosse et le Pays de Galle sont bien plus europhiles que la seule Angleterre et pourraient bien se désolidariser d'une politique anglaise d'isolement.

    Se posera également le problème de l'Irlande. La République d'Irlande et le Royaume Uni partagent une « zone commune de voyage » depuis 1923. Une sortie du Royaume-Uni ferait de la frontière avec l'Irlande une frontière extérieure de l'Union européenne, ce qui remettrait en cause la libre circulation entre Belfast et Dublin. On assisterait donc à un renforcement de la division entre les deux Irlande, un sujet encore sensible. Pas sûr que les britanniques aient très envie de rouvrir ces blessures encore mal cicatrisées.

    Enfin, sans entrer dans les détails, il apparaît clair qu'un Brexit aurait un coût social et économique important. Un récent rapport d'Open Europe conclut ainsi qu'en 2030, en cas de sortie, le PIB britannique pourrait être jusqu'à 2,7% inférieur que ce qu'il aurait été en conservant la situation actuelle. Le think tank estime que le Royaume-Uni pourrait limiter la casse, mais au prix d'une forte libéralisation de son commerce avec le reste du monde, entraînant d'inévitables conséquences sociales. Enfin, il y a fort à parier que nombreux des acteurs de la finance, le cœur de la puissance britannique, choisiraient de se rapprocher davantage de cet immense marché unifié des capitaux que constitue l'Union européenne. Voilà qui explique sans doute le scepticisme avec lequel la proposition de référendum a été accueillie dans la City.

    La position des conservateurs britanniques découle surtout d'une logique qui n'est plus adaptée au monde d'aujourd'hui. Que pèse une puissance européenne moyenne comme la Grande-Bretagne dans le monde actuel ? Qui peut croire qu'elle pourrait négocier à armes égales avec les nouveaux géants asiatiques ? Les opinions sont déjà inquiètes aujourd'hui de la tournure que prennent les négociations avec les Américains dans le cadre du TTIP. Qu'en serait-il si nos différents Etats membres devaient négocier seuls face à une partie dix fois plus puissante qu'eux ? Il y a une certaine myopie historique à croire que l'Angleterre pourrait à nouveau régner sur les océans comme au XVIIIe et au XIXe siècles. Seule l'Union européenne garantit aujourd'hui à nos Etats en déclin relatif d'être entendus dans le nouveau concert des nations.

    Or, au lieu de contribuer à l'effort commun en vue d'établir une Europe à la fois plus forte, moins complexe, plus lisible pour les citoyens, une sortie britannique fragiliserait une intégration déjà difficile. L'Europe y perdrait la contribution britannique au budget commun (de l'ordre de 14 milliards d'euros), la quatrième en volume dans l'Union après l'Allemagne, la France et l'Italie. Elle y laisserait surtout un appareil diplomatique et militaire, qui, employé seul, sera marginalisé par les puissances émergentes mais qui mis à disposition d'une action extérieure commune, redonnerait aux pays de l'Union européenne le poids qu'ils représentent collectivement.

    Pour l'Union, une sortie britannique constituerait un précédent très négatif. Le danger se serait pas tant celui d'autres sorties ultérieures mais davantage l'instauration d'une culture du chantage au sein des institutions européennes : « Donne-moi ceci ou cela ou je quitte le navire ». Encore davantage qu'aujourd'hui, la discussion au conseil ressemblerait à celle de marchands de tapis et le bien commun serait encore moins pris en compte. Bref, ce serait comme une petite mort pour l'esprit communautaire. En conclusion, rappelons que Margaret Thatcher elle-même, dans son célèbre discours de Bruges de 1988 avait défendu l'appartenance de la Grande-Bretagne à l'Union européenne, refusant une « existence isolée et en marge » pour son pays. L'Europe a déjà montré par le passé qu'elle savait prendre en compte les spécificités britanniques. Il n'y a aucune raison, autre qu'électoraliste, pour que le Royaume-Uni et l'Union européenne ne parviennent à un compromis acceptable pour toutes les parties.

    Un article à retrouver sur agorasp.org.


  • Le Mouvement Européen prend position sur le TTIP

    28 mars, par Mouvement Européen - France — Associations, ,

    En novembre 2014, le Mouvement Européen - International a pris position à Rome sur le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement, le TTIP, qui se discute actuellement entre les représentants européens et américains. Hautement controversé et critiqué par plusieurs mouvements citoyens ou politiques, ce projet d'accord apparaît comme une nouvelle source de clivage entre les dirigeants européens et la société civile. Le Mouvement Européen - International dénonce les principes qui régissent les négociations et tente ainsi de promouvoir le retour à un débat serein.

    Les négociations sur le TTIP, un enjeu mondial suscitant de nombreuses craintes

    Les négociations sur le partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (TTIP) entre l'Union européenne et les États-Unis ont été lancées en juillet 2013. Les négociations résultaient des discussions de longue date sur l'opportunité d'un accord commercial global entre l'Union européenne et les États-Unis. La persistance de la crise économique et l'impasse prévisible des négociations de l'OMC à Doha ont rendu la perspective d'un coup de pouce à la croissance économique et à la création d'emplois en Europe et aux États-Unis particulièrement attrayante. En outre, l'on s'attendait à ce qu'un accord global de commerce et d'investissement entre l'Union européenne et les États-Unis crée un standard mondial pour de futurs accords de commerce et d'investissement.

    Cependant, tandis qu'aussi bien l'Union européenne que les États-Unis attentent beaucoup des avantages économiques que ces négociations pourraient apporter, le grand intérêt que porte le public au TTIP signifie que probablement jamais dans l'histoire de l'Union européenne un accord commercial n'aura suscité autant de débat. Les négociations font l'objet d'un intérêt du public et des média sans précédent et sont soumises à un examen public minutieux. L'agitation publique sur l'Accord commercial anti-contrefaçon (ACTA) de 2012 ,et l'échec ultérieur de celui-ci, ont éveillé la méfiance de nombreux citoyens, organisations de la société civile et ONG envers les négociations commerciales confidentielles menées par la Commission européenne. De ce fait, les attentes des différents acteurs en matière de transparence sont plus fortes que jamais.

    Les objections concernant la confidentialité des négociations résultent également de la crainte, de ce côté de l'Atlantique, que l'Union ne soit pas assez forte pour mener des négociations avec les Etats-Unis. En particulier, les ONG et organisations de la société civile craignent qu'un accord avec un partenaire aussi puissant puisse saper les normes de l'Union européenne sur la protection environnementale, le droit du travail et le salaire minimum, la protection des données personnelles et la sécurité alimentaire, car à bien des égards, les normes et règlementations américaines diffèrent fondamentalement de la législation européenne.

    Les associations de consommateurs et les syndicats ont également exhorté les fonctionnaires de l'Union européenne et des États-Unis à ne pas inclure les mécanismes de règlement des différends Investisseur-État (ISDS) dans le traité car ceci pourrait mener à une structure non-démocratique des tribunaux, en contournant les procédures de justice nationales, et ainsi miner le droit des États et autres niveaux de pouvoir à légiférer. En ce qui concerne les marchés publics, l'on craint qu'aux Etats-Unis, l'accord ne concerne que les marchés du gouvernement fédéral, alors qu'en Europe, selon la réglementation du marché intérieur, les dispositions s'appliqueraient également aux autorités locales et régionales, conduisant à un déséquilibre.

    La position du Mouvement Européen : la clé, c'est la transparence

    Pour répondre aux préoccupations soulevées par les organisations de la société civile concernant les négociations du TTIP, le Mouvement Européen - International a organisé deux cycles de débats TTIP en 2014. Les débats ont réunis différents acteurs afin d'approcher le TTIP sous différents angles, et donc créer un environnement propice à une discussion équilibrée, et néanmoins diversifiée. Les débats ont abordé non seulement les préoccupations mentionnées ci-dessus, mais aussi l'impact du TTIP sur les pays candidat et candidats potentiels à l'adhésion européenne, les pays de l'AELE, et les Etats membres de l'Union européenne qui ont été le plus durement touchés par la crise économique.

    Il est clair que les États membres de l'Union européenne bénéficieront du TTIP en termes de croissance économique et de création d'emplois. Les études suggèrent que la taille de l'économie européenne croîtrait de 120 milliards d'euros, soit 0,5% du PIB, et qu'un ménage européen moyen bénéficierait de 500 € en plus par an. La mise en œuvre du TTIP aura un impact profond sur l'économie de l'Union européenne, des Etats-Unis et du monde, car il fera fonction de standard mondial pour les accords de commerce et d'investissement futurs. Compte tenu de cette position, le Mouvement Européen - International souligne la nécessité de reconnaître et de répondre à toutes les préoccupations exprimées par les diverses parties prenantes à ces négociations. La clé pour atteindre ce but est la transparence. À première vue, la Commission européenne semble reconnaître l'importance de l'implication des parties prenantes dans les négociations, et a publié une stratégie de consultation publique, incluant consultations en ligne, publication régulière de documents et des comptes rendus au Parlement européen, allant « au-delà de ce qui est imposé par la législation européenne ». Le Mouvement Européen reconnaît les efforts déployés jusqu'à présent par la Commission européenne en termes de renforcement de la transparence et d'ouverture des négociations.

    Malgré cela, la Commission européenne continue à affirmer qu'afin de garantir le succès des négociations commerciales, celles-ci doivent être accompagnées d'un certain degré de confidentialité. Le désaccord avec certaines ONG, certaines organisations de la société civile et certains parlementaires européens sur ce point engendre une spirale négative et augmente les confrontations. Le groupe consultatif TTIP, qui a été créé pour confirmer « la promesse de la Commission de garantir un dialogue et des échanges avec toutes les parties prenantes dans les pourparlers du TTIP, afin d'atteindre le meilleur résultat pour les citoyens européens » n'est toujours pas impliqué dans le processus de négociation dans une mesure qui satisferait les attentes de la société civile. Au lieu de cela, les intérêts des milieux commerciaux sont surreprésentés, aussi bien au sein du comité de négociation des Etats-Unis (clairement visible dans les comités consultatifs officiels de commerce américains) qu'au sein du comité de négociation de l'Union européenne (évident au vu de la liste des intervenants dans les différentes réunions et consultations). Il semble dès lors évident que la Commission européenne continue de mal interpréter le concept de « stakeholder » et la nécessité d'un débat réellement transparent.

    Les recommandations du Mouvement Européen

    Le Mouvement Européen encourage la Commission européenne à poursuivre les mesures positives déjà prises dans le domaine de la transparence et de la participation des citoyens, par un engagement plus profond dans le dialogue civil et via des consultations systématiques à chaque étape des discussions. Une participation accrue des citoyens peut être atteinte grâce à des consultations régulières avec les organisations de la société civile ainsi que la pleine participation du groupe consultatif TTIP dans les négociations. Un accès illimité aux documents devra leur être fourni et la publication systématique de leurs avis devra être garantie. En outre, la publication régulière de documents sur l'état des négociations devrait inclure plus d'informations détaillées sur le contenu du TTIP, car l'information actuelle est principalement basée sur des documents ayant fait l'objet de fuites. Afin d'accroître la transparence des négociations, la Commission européenne devrait également publier les listes régulièrement mises à jour des réunions avec les intervenants et les documents de négociation qui circulent, indiquant qui a obtenu l'accès à ces documents.

    Le Mouvement Européen encourage également le Parlement européen à poursuivre son implication dans les négociations du TTIP et à remplir son rôle de garde-fou en supervisant la reconnaissance des préoccupations qu'engendrent les accords et l'incorporation des amendements dans les textes. Afin de garantir ce rôle, le Mouvement Européen demande à la Commission européenne de tenir ses promesses et de donner aux parlementaires européens un accès illimité aux documents relatifs aux négociations.

    En ce qui concerne les prochains tours de négociations, le Mouvement Européen invite les équipes de négociation à prendre en considération les préoccupations qui émergent régulièrement dans les débats impliquant les ONG, les OSC, les associations de consommateurs et les organisations syndicales, et de s'assurer qu'elles sont bien représentées à la table des négociations. Ceci comprend les craintes au sujet des compromis sur les normes environnementales ; les normes bancaires, les normes sur produits et aliments ; les normes du travail, les salaires et la protection des consommateurs ; les flux et la protection des données ; la réglementation des nouvelles technologies ; les marchés publics et les respect des normes internationales, ainsi que les préoccupations liées au mécanisme ISDS qui pourrait entraver le droit des États à légiférer et les contraindre à payer de fortes compensations aux investisseurs étrangers. Le Mouvement Européen invite la Commission européenne à garantir que l'accord préserve les plus hauts standards environnementaux et de consommation déjà en place, et ce des deux côtés de l'Atlantique.

    L'impact du TTIP sur les pays ne faisant pas partie de l'Union Européenne devrait également être pris en compte. On peut s'attendre à ce que le TTIP ait un impact profond sur les économies des pays européens et des pays candidats potentiels, ainsi que des pays de l'AELE : soit négativement par le détournement des échanges, ou positivement, s'ils sont ou deviennent partie intégrante du Marché intérieur européen. Etant donné que ces pays sont absents de la table de négociation, le Mouvement Européen invite l'équipe de négociation de l'Union européenne à porter une attention particulière aux effets du TTIP sur ces pays et d'inclure leurs opinions dans la position de l'Union. En outre, le Mouvement Européen invite la Commission européenne à évaluer soigneusement l'effet de certaines dispositions du TTIP, en particulier le mécanisme de l'ISDS, sur les Etats membres européens en crise et qui sont déjà impliqués dans un nombre croissant de procès Investisseur-État.

    Le Mouvement Européen est convaincu que la réalisation d'un compromis satisfaisant des deux côtés de l'Atlantique est à la fois possible et souhaitable. Alors que l'Union européenne a déjà réussi à établir un marché intérieur parmi ses 28 Etats membres, établir un pont entre les Etats-Unis et l'Union européenne en adoptant des règles et normes communes, tout en maintenant les plus hauts niveaux de protection réglementaire, est un pari audacieux, mais pas une tâche impossible. Le Mouvement Européen accueille favorablement le TTIP pour les impacts positifs qu'il apportera à la fois à l'économie européenne et au marché de l'emploi, mais pas à n'importe quel prix : c'est seulement si les préoccupations de tous les acteurs sont prises en compte pleinement et ouvertement, que le TTIP a une chance de réussir.

    Une prise de position à retrouver en ligne sur le site du Mouvement Européen - France.

    TTIP : Transatlantic Trade and Investment Partnership

    TAFTA : Transatlantic Free Trade Area

    OSC : Organisations de la Société Civile

    ONG : Organisations Non Gouvernementales


  • Le temps d’une politique énergétique européenne est venu

    26 mars, par Fabio Genoese, traduit par Anne-Laure Maclot — Environnement & Energie, , ,

    L'Union européenne importe actuellement plus de 50 % de ses besoins énergétiques. Les implications politiques et économiques de cette dépendance énergétique pourraient être mieux encadrées par une politique énergétique coordonnée à l'échelle européenne que via 28 politiques nationales isolées. Dès lors, il est grand temps de mettre en place une politique énergétique européenne.

    Au sein de l'Union européenne, nous importons actuellement plus de 50 % de l'énergie dont nous avons besoin. La facture s'élève à environ 400 milliards par an, soit plus d'un milliard d'euros par jour. Outre la dimension économique, il existe également une dimension politique relative au gaz russe étant donné que plusieurs États membres de l'est de l'Union européenne dépendent totalement d'un seul producteur de gaz, voire même d'une seule route d'approvisionnement.

    Au cours de ces dix dernières années, ces questions ont été soulevées à la fois au niveau national et au niveau européen. Au sein de l'Union européenne, on s'accorde sur le fait que la gestion de la demande énergétique et l'utilisation accrue de ressources énergétiques locales – dont des énergies renouvelables – permettraient d'améliorer la situation. D'un point de vue économique, cela réduirait les dépenses opérationnelles (ex. : le coût de l'essence), mais nous obligerait en même temps à augmenter nos dépenses en capital (ex. : investissements dans les nouvelles technologies et les énergies renouvelables). Une telle transition nécessite des conditions politiques stables et la mise en place d'un programme avec des objectifs stables pour les décennies à venir.

    Des économies par milliards grâce à l'efficacité énergétique

    Les analyses effectuées dans le cadre du projet européen « Towards 2030 » ont montré que des efforts ambitieux en matière d'efficacité énergétique dans les douze pays situés à la frontière à l'est de l'Union européenne pourraient faire baisser les besoins en gaz de 14 %, ce qui permettrait une économie annuelle nette de 3,5 milliards d'euros. En outre, augmenter la part des énergies renouvelables conduirait à baisser les besoins en gaz de ces pays de 6 % de plus. Même pour les énergies renouvelables, les bénéfices à moyen terme priment sur les dépenses — à condition que les aides aux fournisseurs d'énergies renouvelables soient octroyées de manière concurrentielles et efficaces, ce qui n'a pas toujours été le cas par le passé, générant de la sorte des coûts élevés et superflus.

    Amélioration des coopérations transfrontalières

    Le Conseil européen a récemment fixé les objectifs énergétiques et climatiques à atteindre entre 2020 et 2030. Toutefois, il n'existe toujours aucun consensus sur les contributions individuelles de chaque État membre et sur la manière dont ceux-ci doivent collaborer afin d'atteindre ces objectifs à moindre coût. La coopération transfrontalière est conseillée dans le secteur de l'électricité vu qu'elle peut amener des économies substantielles. L'Allemagne utilise d'ores et déjà des lignes à hautes tensions aux Pays-Bas, en Belgique et en France, afin de transporter de l'énergie éolienne du nord vers le sud de l'Allemagne. Ceci dit, une coopération entre pays permet de baisser les coûts liés à l'intégration des énergies renouvelables. Le coût nécessaire pour rééquilibrer la variabilité des énergies éolienne et solaire diminue lorsqu'il existe une dispersion géographique des sources d'énergie, tout simplement parce que les conditions climatiques ne sont pas partout les mêmes en Europe. Par exemple, il peut y avoir très peu de vent en Allemagne et dans le même temps des vents violents en France, ou vice versa. Par ailleurs, il est peu probable qu'il n'y ait aucun vent dans les deux pays au même moment.

    Actuellement, il n'existe pas de politique énergétique européenne. L'achèvement du marché intérieur européen pour l'électricité et le gaz s'avère long, car ralenti par la concurrence intra-européenne. Dans le secteur des énergies renouvelables, les Etats membres s'appuieront sur des objectifs purement nationaux jusqu'à 2020, ce qui signifie qu'ils ne seront pas dans l'obligation de coopérer. En raison de notre forte interconnexion, les politiques énergétiques nationales ont également une influence sur les États voisins. Une coopération renforcée a du sens principalement à l'échelle régionale, c'est-à-dire entre des États membres voisins fortement liés.

    L'union énergétique, un but politique

    Lors de sa prise de fonction, le nouveau Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a fait de l'Union de l'énergie un des principaux objectifs de la nouvelle Commission. Une coopération plus forte dans le domaine de la politique énergétique ne doit plus simplement être un effet secondaire d'un marché intérieur achevé et d'objectifs climatiques communs. Elle doit devenir un objectif politique assumé à l'échelle européenne. Le vice-président de la Commission Maroš Šefčovič a affirmé le 25 février 2015 que le particularisme actuel reposant sur 28 solutions non-coordonnées n'était pas efficace et ne pouvait perdurer sous cette forme. Des interventions du marché à l'échelle nationale compliquent la concurrence transfrontalière. Afin d'inverser cette tendance, la Commission envisage de soutenir des initiatives régionales, sous forme de groupes d'États membres, disposés à mettre en accord leurs politiques nationales. Les critiques redoutent que la fragmentation de la politique énergétique se cimente, notamment entre l'ouest, l'est et le sud de l'Europe. Ce risque peut être amoindri si l'Union européenne accepte de jouer un rôle de coordinatrice, en édictant des lignes politiques claires.

    Il reste à patienter avant de savoir quelles sont les marges de manœuvre de la nouvelle Commission et si elle est en mesure de porter et d'instaurer cette Union de l'énergie. C'est toutefois une bonne nouvelle pour tous les citoyens européens de voir que la Commission européenne accepte finalement que l'énergie est trop importante pour être ignorée.

    Depuis 2008, l'Union européenne fait son possible pour gérer la crise économique et financière. Cependant, les problèmes persistent. Treffpunkteuropa.de présente cinq chemins alternatifs pour sortir de cette période de crise.



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