Les Jeunes Européens France
Accueil > L’association > Le Taurillon, magazine eurocitoyen
  • Élections autrichiennes : une victoire nuancée pour les européens

    6 décembre, par Elena Blum — Actualités, , , ,

    Dimanche 4 décembre, l'écologiste Alexander Van der Bellen a été élu Président de la République d'Autriche. Un soulagement pour les pro-Européens, et pour la majeure partie de la classe politique, qui voyaient en l'avènement possible de l'extrême-droite un danger pour la démocratie en Europe.

    Les pro-Européens peuvent souffler. Avec la victoire de l'écologiste Alexander Van der Bellen, l'Autriche n'a finalement pas été le premier pays d'Europe à se doter d'un président d'extrême-droite. Pourtant, Norbert Hofer était donné gagnant par les récents sondages. Le Brexit, la victoire de Donald Trump aux États-Unis et celle de François Fillon aux primaires de la droite française, et plus généralement, le renforcement de la droite, partout en Europe, faisait craindre la victoire du candidat du FPÖ. Le parti, fondé en 1955 par un ancien ministre du IIIème Reich, menait une campagne eurosceptique, xénophobe et libérale. Le nouveau Président autrichien, pro-européen, a quant à lui mené une campagne centriste pour obtenir le consensus le plus large possible.

    Le premier scrutin invalidé

    C'était déjà cette stratégie qui lui a permis de remporter le second tour présidentiel, le 22 mai dernier, avec une avance de seulement 31 000 voix. Le FPÖ, après avoir reconnu sa défaite, a finalement fait volte-face et demandé l'ouverture d'une enquête auprès de la Cour constitutionnelle autrichienne. Selon le FPÖ, 94 des 113 circonscriptions électorales sont en proie à des négligences dans le dépouillement des bulletins de vote postaux, qui représentent tout de même 16,7% des suffrages ; le Parti oublie alors qu'il a approuvé et validé les résultats de chacune de ces circonscriptions. La Cour constitutionnelle invalide le scrutin début juillet, en confirmant les irrégularités dans le dépouillement des suffrages, malgré l'absence de fraude avérée. Plusieurs dizaines de milliers de bulletins ont été ouverts hors des délais consacrés, ou sans la présence d'une personne habilitée. L'article 64 de la Constitution est mis en place, enclenchant la présidence par Intérim, assurée par la présidente du Conseil national (la chambre basse du Parlement) et ses deux vice-présidents, dont Norbert Hofer, le candidat de l'extrême droite. Porté par le Brexit, il espère incarner une figure forte qui permettra de changer l'issue du scrutin.

    Le “troisième tour”, encore repoussé

    Le “troisième tour”, ou “deuxième second tour”, devait avoir lieu en octobre mais de nouvelles irrégularités ont repoussé l'échéance. C'est encore une fois le vote par correspondance qui pose problème, puisque les enveloppes ne ferment pas correctement. Les présidentielles autrichiennes sont repoussées au 4 décembre, après les élections américaines, qui voient Donald Trump accéder à la fonction suprême. Un bon point pour le FPÖ, qui imagine déjà une forte coalition Trump-Poutine-Hofer, proche d'un Royaume-Uni conservateur et anti-Europe, anti-immigration et anti-musulman. Mais l'éparpillement du populisme britannique, les incertitudes économiques et politiques qui résultent du Brexit et les volte-faces de Donald Trump ont conduit les Autrichiens à choisir un Président fédérateur et tourné vers l'international.

    Ainsi, 65% de ses électeurs disent l'avoir choisi parce qu'il est pro-Européen. Un soulagement pour Bruxelles. D'autre part, les sociaux-démocrates et les conservateurs ont activement fait campagne pour Alexander Van der Bellen, afin d'endiguer la vague populiste qui aurait conduit Hofer à dissoudre l'assemblée, au sein de laquelle la grande coalition détient le pouvoir. C'est donc pour se protéger que les politiques de gauche comme de droite ont soutenu le nouveau Président. Il n'en reste pas moins que l'exécutif autrichien est morcelé, et que les élections législatives de 2018, qui seront probablement avancées à 2017, risquent une fois encore de voir les extrêmes l'emporter. Alors que dimanche, l'Autriche célèbre une victoire de la démocratie en demi teinte, l'Italie sanctionne la politique, certes européiste, mais trop solitaire, de Matteo Renzi, barrant du même coup la voie à la réforme nécessaire d'une institution vieillissante. Le populisme a peut-être toujours de beaux jours devant lui.


  • Nouveau séisme en Italie : Matteo Renzi quitte le palais Chigi

    5 décembre, par Sergio Camachetty — Actualités, , , ,

    55 millions d'Italiens étaient appelés, ce dimanche 4 décembre, à se prononcer sur le projet de réforme de Matteo Renzi. Les résultats n'ont fait que confirmer les sondages qui donnaient le « non » vainqueur. Le président du Conseil, qui était en poste depuis 2014, a annoncé hier soir sa démission. Elle devrait prendre effet dans la journée. L'Italie se retrouve à nouveau dans un zone d'incertitude dans une Europe soumise, à nouveau, à un séisme politique.

    Une instabilité politique depuis 1947

    Matteo Renzi souhaitait notamment en finir avec l'instabilité politique qui régnait en Italie. En effet le bicamérisme parfait instauré depuis 1947 rendait l'Italie difficilement gouvernable. Ce choix avait été fait après la seconde Guerre Mondiale afin d'éviter que les pouvoirs ne soient concentrés que dans les mains d'une personne. Les deux chambres parlementaires ayant les mêmes pouvoirs, elles pouvaient faire tomber le gouvernement qui était soumis au vote de confiance des deux assemblées.

    Alors que les sénateurs avaient approuvé son projet de réforme constitutionnelle afin notamment d'éviter que se prolonge la valse politique que connaît le pays depuis 1947 (63 gouvernements en 68 ans), le seul obstacle restait l'approbation du projet par la population.

    Malheureusement, avec près de 60% des intentions pour le NON, Matteo Renzi n'a pas réussi a fédérer les citoyens italiens autour d'un projet de réforme constitutionnelle d'ampleur.

    Un vote contre Renzi plus que contre sa politique

    Le scrutin portait sur une réforme constitutionnelle d'envergure. Cette réforme prévoyait notamment la réduction des pouvoirs du Sénat en mettant fin au bicamérisme parfait, la suppression de la « Provincia », équivalent territorial du département, et la limitation des prérogatives des régions.

    De nombreux partis politiques ont décrié cette réforme en reprenant les arguments de l'après-guerre, à savoir que cette réforme aurait pour conséquence une trop grande concentration des pouvoirs dans les mains de l'exécutif. De plus, le soutien accordé par d'autres dirigeants, notamment Angela Merkel ou Jean Claude Junker, n'a pas joué en la faveur de Matteo Renzi. Dans une Europe de plus en plus soumise à la défiance des citoyens, le soutien de ces personnalité a pu être perçu comme un manque d'indépendance dans le choix donné aux citoyens.

    Mais le NON tant soutenu par les opposants de Matteo Renzi était-il dirigé contre sa politique ou contre sa personne ? En effet, en annonçant que si le NON l'emportait il démissionnerait, cette campagne s'est transformée en plébiscite.

    Présenté comme l'un des plus grand réformateur de l'Italie, le futur ex-chef du Conseil n'aura pas réussi à faire adhérer les italiens à son projet de réforme constitutionnelle. Reste à espérer que l'Italie ne replonge pas dans une instabilité politique comme c'est le cas depuis presque 70 ans.

    Et maintenant ?

    Après le choc du Brexit, la démission de Matteo Renzi n'est pas une très bonne nouvelle pour l'Union européenne. Les prochains mois seront probablement importants pour l'avenir de l'Union européenne. En Italie, la démission de Renzi appelle à choisir un nouveau président du Conseil. Compte tenu de la situation sociale actuelle et de l'opinion favorable aux partis populistes, l'accession d'un parti anti-euro en Italie n'est pas impossible. Une réforme de la loi électorale doit d'ailleurs être votée. A ce titre, le Mouvement 5 étoiles réclame un vote anticipé alors que la loi électorale actuelle lui est plus favorable.

    Pour l'heure, un gouvernement technique devrait s'organiser afin de permettre de faire la transition. Il sera en outre chargé d'adopter définitivement le budget. Il semblerait que le ministre des Finances Pier Carlo Padoan serait en position de devenir le nouveau président Conseil. En effet, son accession permettrait de rassurer les marchés financiers qui affichaient déjà ce matin un fléchissement de l'Euro face au Dollar.


  • Référendum italien : un défi pour Renzi & la scène politique italienne

    3 décembre, par Maria Popczyk — Actualités, , ,

    Après une campagne tumultueuse tant pour le « Non » que pour le « Oui », le projet de réforme constitutionnelle sera soumis au référendum dimanche 4 décembre . Le gouvernement de Matteo Renzi souhaite notamment en finir avec le bicamérisme parfait, réduire le nombre de parlementaires, et surtout réformer le Sénat.

    Les Italiens à l'étranger ont déjà voté, les partisans du « Oui » et du « Non » tentent encore de convaincre les indécis – leurs voix peuvent avoir ce dimanche un poids non négligeable. D'après le Time, les derniers sondages indiquent que le « Non » peut l'emporter avec 53,5% contre 46,5% pour le « Oui » Ces estimations sont à prendre cependant avec précaution, surtout après le Brexit et l'élection de Donald Trump, deux situations que les instituts de sondage n'avaient pas vues venir.

    Réforme constitutionnelle : les grandes lignes

    Le projet de réforme prévoit avant tout de réduire les pouvoirs du Sénat, qui dispose actuellement des mêmes prérogatives que la Chambre des députés. Il vise aussi une réduction du nombre d'élus – la Chambre haute passerait de 315 à 100 sénateurs. De plus, ces derniers ne seraient plus élus directement pas les citoyens, mais par les conseils régionaux. Si le « Sì » gagne, le Sénat deviendrait un « Sénat des Régions ». Par ailleurs, le projet comprend une modification des compétences des entités locales et régionales ou encore la suppression du Conseil national de l'économie et du travail (CNEL). Tout cela permettant à l'Etat de faire des économies en supprimant des postes dans la fonction publique. Ce projet est soutenu notamment par les partis libéraux, de centre-gauche et démocrates. Les deux groupes politiques qui mènent la campagne du « No » sont avant tout le Mouvement cinq étoiles populiste de Beppe Grillo et la Ligue du Nord régionaliste de Matteo Salvini. Ils critiquent ce projet en disant qu'il compliquerait le rapport entre l'Etat central et les régions, qu'il a été préparé trop hâtivement et que la réforme constitutionnelle est trop coûteuse.

    Un référendum fortement personnalisé

    Sur la scène politique européenne, Matteo Renzi est perçu comme un réformateur : il a cherché à moderniser son pays dès son arrivée au pouvoir en 2014 avec par exemple la réforme du droit du travail avec le « Jobs Act ». Ce référendum fait donc partie de sa logique de modernisation du système politique. Dans le cas où le « Oui » l'emporte, en plus de démarrer le processus de réforme constitutionnelle, il constituerait une preuve d'un soutien des Italiens pour leur Premier Ministre. Il a d'ailleurs affirmé que l'Italie serait « la plus forte Nation en Europe » si son projet de réforme était approuvé. Le Président du Conseil s'est de plus engagé, fin 2015, à démissionner en cas de victoire du « Non ». Réalisant que l'engagement de sa propre personne était risqué, il a modéré son discours en août dernier. Il a en effet rappelé que les prochaines élections législatives ne se tiendraient qu'en 2018 - ce qui laisse sous-entendre qu'il ne compte plus quitter son poste en cas de rejet de sa réforme.

    Ce qui peut constituer un réel frein à la révision de la Constitution, c'est qu'une partie de la société italienne considère ce référendum comme un vote d'opinion, donnant l'occasion de montrer son mécontentement à Matteo Renzi. Pour certains, le programme de la réforme importe moins que la personne qu'il y a derrière – c'est donc l'autre grand enjeu du vote pour le président du Conseil des ministres.

    Scénarios possibles

    En cas de victoire du « Oui », si la réforme est mise en place par le gouvernement, le Sénat n'aura plus à accorder sa confiance au gouvernement ni approuver toutes les lois. Par conséquent, le gouvernement serait beaucoup moins susceptible d'être remis en cause par le pouvoir législatif (seule la Chambre des députés aurait cette possibilité) ce qui assurerait plus de stabilité politique. En effet, rappelons que l'Italie a connu 60 gouvernements depuis 1946 – à titre de comparaison, la France n'en a connu « que » 46. Dans le cas contraire, si c'est le « Non » qui l'emporte, la première question qui se poserait serait alors celle de la démission de Renzi – assumerait-il son engagement ? Une autre question serait de savoir si les Italiens devront retourner aux urnes pour élire un nouveau Parlement, ou bien si le Conseil des ministres de Renzi sera remplacé par un nouveau gouvernement technocrate nommé par le Président Sergio Mattarella.

    L'opposition au Parti démocrate incarnée par le populiste Beppe Grillo et son Mouvement cinq étoiles pourra profiter d'un éventuel échec de la réforme pour remettre en cause la légitimité du gouvernement. Ce mouvement qui se veut proche des citoyens a déjà connu une avancée considérable cette année, lorsqu'il a remporté les élections municipales dans deux grandes villes, Rome et Turin. D'où une autre question : le populisme va-t-il l'emporter en Italie comme au Royaume-Uni et aux Etats-Unis ? Est-ce le signe d'un vote de contestation face à une crise politique, ou d'un choix assumé par les citoyens ? Ce qui est certain, c'est qu'une victoire du « Non » aura un impact sur la place de l'Italie dans l'Union Européenne. En effet, à part être anti-partiste, les « grillini » (du nom de Beppe Grillo) font partie d'un mouvement eurosceptique. Le « Non » pourrait aussi encourager les populistes des pays voisins, et notamment en France, qui avec les élections présidentielles de 2017 pourrait être la prochaine sur la liste.


  • Parlement européen : la course à la présidence a commencé

    2 décembre, par Elena Blum — Actualités, , ,

    Après l'annonce de la décision de Martin Schulz, le 24 novembre, de ne pas briguer un troisième mandat à la tête du Parlement européen, la course à sa succession s'est accélérée. Les candidatures se succèdent, les crises éclatent au sein des partis, et les enjeux de l'alternance politique pèsent sur l'hémicycle.

    C'est avec une certaine émotion que Martin Schulz a déjoué les pronostics . Non, il ne sera pas candidat à sa propre succession, comme beaucoup le pensaient, et ce, malgré le soutien sans faille de Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne. Alors que depuis plusieurs mois, les rumeurs bruxelloises se contredisent quant au sort du chef de l'exécutif européen, celui-ci a finalement mis fin au doute, exprimant sa tristesse de quitter l'Europe pour laquelle il avait travaillé de si longues années.

    L'eurodéputé va se présenter aux élections législatives allemandes en 2017. Il mènera la liste du SPD, le Parti social-démocrate, en Rhénanie du Nord-Westphalie. Face à l'impopularité du chef du parti actuel, Sigmar Gabriel, Martin Schulz pourrait même être propulsé à la tête du Parti au niveau national et défier Angela Merkel à la Chancellerie. Eurodéputé depuis 1994, réélu à chaque suffrage, il a été élu Président du parlement européen en janvier 2012, et a su donner à l'exécutif européen une visibilité internationale.

    Les enjeux de l'alternance européenne

    Mais son départ pourrait marquer la fin d'une franche amitié entre la gauche et la droite, et complexifier les liens entre la Commission et le Parlement européen. En effet, Martin Schulz et Jean-Claude Juncker n'ont jamais caché leur proximité, et leur volonté de faire des compromis. Ces pratiques ont par ailleurs été largement critiquées par certains eurodéputés, reprochant aux deux hommes de brouiller les positions de leurs groupes respectifs, et de détruire les spécificités de la gauche et de la droite.

    En outre, Martin Schulz a pu être réélu en 2014 grâce à un accord passé avec le PPE, le groupe de droite principal du Parlement Européen. Traditionnellement, les deux grands partis se partagent la présidence du Parlement, dans une alternance tacite mais bien rodée. Il apparaît donc à de nombreux acteurs qu'il ne serait que justice que la gauche s'efface désormais pour donner son tour à la droite. Mais si tel est le cas, les trois grandes institutions européennes, la Commission, le Parlement et le Conseil, seraient aux mains de la droite. Une situation jugée inacceptable et liberticide pour nombre d'eurodéputés de gauches, qui appellent à maintenir un multipartisme à la tête de l'Union européenne.

    Gauche unanime et droite fractionnée

    Le groupe Social et Démocrate a été unanime dans le choix de son candidat au perchoir européen : ce sera l'Italien Gianni Pittella, chef du groupe, premier Vice-Président du Parlement européen lors de la septième législature (2009-2014), fin connaisseur du budget européen, mais souvent considéré comme un homme de paille de Martin Schulz, en raison de son faible charisme. L'annonce, initialement prévue pour le 8 décembre, a été avancée au 30 novembre, afin de ne pas fragiliser la candidature du poulain socialiste en cas de défaite de Matteo Renzi lors du référendum italien de dimanche.

    Face à la gauche, le PPE, de droite, est dans la tourmente et ne parvient pas à faire front commun. Les candidatures se multiplient, et les coups bas font légion. Premier à se lancer dans l'investiture : le Français Alain Lamassoure, qui depuis plusieurs mois déjà, a fait savoir son ambition. Ce proche d'Alain Juppé, respecté par ses pairs et expert, lui aussi, des questions budgétaire, ne parvient pourtant pas à mobiliser les membres de son groupe politique. En cause, le peu de Français présents dans le parti, la majorité des eurodéputés hexagonaux appartenant au FN. De plus, les Allemands, traditionnellement proches des politiciens français, ne souhaitent pas prendre position avant d'avoir plus d'information sur les échéances électorales nationales de l'année prochaine. Enfin, Alain Lamassoure fait face à une concurrence rude au sein même de son parti.

    Le chef du PPE, Manfred Weber, songeait également à se présenter, faute de candidature forte, mais le Parlement européen a fait connaître son hostilité à l'idée d'élire -encore- un Allemand à la tête du perchoir. Il a donc annoncé le 1e décembre qu'il ne se présenterait pas. L'Irlandaise Mairead McGuinness apparaît comme un choix positif pour les non-fédéralistes et libéraux du Parlement. Mais sa proximité avec Londres inquiète : le Parlement européen pourrait alors faciliter un Brexit où tous les avantages iraient au Royaume-Uni. Le Vice-Président du Parlement, Antonio Tajani, ancien commissaire italien aux Industries et à l'Entrepreneuriat est également candidat. Mais la réputation sulfureuse des Commissions Barroso, et le rôle flou de Tajani dans le scandale Volkswagen dissuade ses pairs de le choisir. Enfin, l'Autrichien Othmar Karas et le Slovène Alojz Peterle, moins connus, sont également candidats.

    ADLE : une alternance possible ?

    Mais le statu quo entre gauche et droite ne plaît plus à l'ADLE, le groupe centriste. Sylvie Goulard, française auteure du célèbre « l'Europe pour les Nuls », et députée depuis de longues années, a fait savoir qu'elle briguait le poste, en arguant que ce dernier n'avait été occupé par des femmes que deux fois (Simone Veil et Nicole Fontaine), et que la machocratie européenne devait être contrée. Mais c'était sans compter sur la popularité de son pair, Guy Verhofstadt, qui sans avoir besoin de se présenter, est demandé de toute part pour incarner un centre fort, rompant avec l'alternance et la connivence gauche-droite. Le 30 novembre, le parti a décidé d'investir Verhofstadt, et Sylvie Goulard a renoncé -douloureusement- à son combat.

    Le Parlement européen est en effervescence, après la résignation tardive et relativement inattendue de Martin Schulz. Les Partis se précipitent pour se creuser une place dans le débat européen, avant la session plénière du 16 au 20 janvier, au cours de laquelle le Président sera élu. Mais il faudra prendre en compte le possible renforcement de l'extrême-droite européenne, après l'élection du Président autrichien, dimanche 4 décembre. Le second tour d'avril, qui avait vu le candidat écologiste, Alexander Van der Bellen, remporter le scrutin, a été invalidé, peut-être au profit du candidat de l'extrême-droite, Norbert Hofer. L'Union européenne pourrait également perdre un allié de choix, en cas de défaite de Matteo Renzi au référendum italien sur le Sénat, ce même dimanche 4 décembre. Le futur politique de l'Union européenne est encore bien incertain.


  • L’Europe des peuples « L’union fait la force ; à nous de faire l’union ! »

    1er décembre, par Marc-Antoine Campana — Opinions, , ,

    Ce n'est pas la mobilisation d'une minorité d'eurosceptiques qui précipitera l'échec de l'Europe mais bien l'absence de mobilisation de la part d'une majorité silencieuse d'européens convaincus. Il faut donc opposer à ces populistes pessimistes des extrêmes un populisme optimiste situé au centre de l'échiquier politique, autrement dit un populisme démocrate plutôt que démagogue et qui ne prenne plus pour référent le peuple mais bien les peuples et leur aspiration à l'émancipation !

    Il n'y a aucune contradiction à être à la fois résolument pro-européen et critique sur l'Union européenne. Au contraire. Pour avoir le courage de finir ce qui a été commencé, il faut avoir l'honnêteté de dire que cette Union européenne n'en est pas une : ce n'est qu'une confédération d'États-Nations fondée sur le principe de l'unanimité...

    D'une part, les dirigeants européens confortent les égoïsmes nationaux en se souciant uniquement de satisfaire leurs électorats respectifs et, d'autre part, les membres des seules institutions qui ont un fonctionnement fédéral, à savoir la Commission européenne et la Banque Centrale européenne, ne sont pas élus ! Partout en Europe, il va donc de soit que l'euroscepticisme égale bien le sentiment de défiance à l'égard des gouvernements nationaux. Pourtant on refuse, par manque d'expérience en la matière ou par facilité intellectuelle, de sortir de cette configuration binaire entre le repli sur soi des États et une forme d'européisme béat. À tous égards, l'Europe est potentiellement la première puissance mondiale, mais seulement à condition d'être fédérale. Malgré cela, d'aucuns voudraient nous faire croire que la réponse aux défis contemporains consiste dans le retour aux frontières nationales alors que la stabilité économique, les dérèglements climatiques ou encore la menace terroriste ne connaissent pas de frontières.

    Alors que la mondialisation a définitivement détruit le mythe de l'État-Nation et que le capitalisme a considérablement réduit les capacités d'intervention de l'État-Providence, les États sont ni plus ni moins devenus des entreprises à mesure que les chefs d'État ont manqué de devenir des chefs d'entreprises. On leur reproche à raison de manquer à la fois d'ambition et de pragmatisme, de manquer de vision : ils se reposent sur l'Europe qu'ils accusent de ne pas exercer les compétences judiciaires, policières, militaires et diplomatiques qu'ils résistent à lui déléguer.

    (Prop)osons un populisme démocrate...

    Mais ce mouvement de globalisation appelle plutôt un contremouvement qui est celui de la régionalisation des échelles de gouvernance. L'impuissance manifeste de nos institutions régionales conjuguée à l'incapacité grandissante des États à gérer au cas par cas les problèmes d'une réalité qui se complexifie impliquent en effet d'engager un large transfert de compétences au profit de l'autonomie des régions au double sens où celles-ci constituent non seulement l'échelon de l'exercice concret du pouvoir mais également l'échelle de la vie quotidienne des individus qui se lèvent chaque matin et qui font de leur travail, de leur santé et de l'éducation de leurs enfants une priorité. La construction historique de la France résulte typiquement de la tentative d'absorption culturelle de plusieurs nations sans État au sein d'une entité politique exclusivement administrative et non-homogène - un quasi État sans nation -, avec tout ce que cela comprend de centralisme institutionnel, d'interventionnisme dans la vie des citoyens, d'entrave aux libertés individuelles ainsi qu'au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Il nous reste à imaginer de nouvelles formes d'appartenance plus inclusives qui permettent aux individus, aux peuples et aux minorités de vivre de façon apaisée leurs identités multiples. L'universalisme républicain ne saurait tout justifier, surtout pas lorsqu'il constitue à la fois une négation des identités ou un obstacle à la construction européenne.

    L'Europe s'est au contraire constituée dans une logique d'interdépendance entre les membres qui la composent et qui ne conçoivent pas leur façon d'être au monde et d'envisager l'avenir autrement qu'ensemble, unis dans la diversité. Par démagogie, les populismes de tous bords ont plutôt contribué à l'effacement de cette diversité des peuples qui existent en soi au profit d'un peuple qui n'existe que dans une construction sociologique qui est celle de la lutte des classes. D'où l'idée d'un populisme plus démocrate que démagogue qui privilégierait l'émancipation proactive des peuples à l'exaltation réactionnaire du peuple.

    ... pour une Europe fédérale des Régions...

    À court-terme, l'autonomie des régions, en application du principe de subsidiarité, apparaît donc comme la forme institutionnelle d'organisation territoriale non seulement la plus adaptée à relever les défis économiques, sociaux et environnementaux de notre époque mais également la plus libérale qui soit dans la mesure où celle-ci renvoie à une vision minimale de l'État exclusivement recentré sur ses compétences régaliennes. Il y a effectivement un espace politique à occuper qui relève aujourd'hui du désert idéologique : celui d'un régionalibéralisme qui aurait vocation à précipiter le démantèlement programmé de ces États composites, tiraillés entre des dynamiques contradictoires et complémentaires de régionalisation et de globalisation qui concourent réciproquement à leur disparition. Partout en Europe où il n'existe pas de revendication régionaliste, il faut donc encourager, à l'intérieur comme aux frontières des États, les régions à se regrouper au sein d'entités politiques capables de se substituer aux États et aux Nations parfois même sur la base de structures de coopération transfrontalières déjà existantes en vue que les frontières ne deviennent plus que de simples limites administratives.

    À long terme, il s'agit bien de contribuer non pas à la régionalisation des échelles de gouvernance dans le seul cadre des divisions administratives françaises mais bien de contribuer à la construction d'une Europe fédérale de régions autonomes au sein de laquelle chacune d'entre elles siègerait en tant que telle par la voix de ses propres représentants. Au regard des actuelles disparités territoriales et démographiques entre certains pays qui ont les proportions de régions d'autres États membres de l'Union européenne, il ne saurait y avoir d'unification de l'Europe digne de ce nom sans une certaine uniformité. Sur le modèle de la landerisation allemande, cela consiste à fonder la relance de la construction européenne à l'échelle régionale par l'affirmation politique des peuples et des minorités qui préexistent aux États qu'ils ne font que composer et dans lesquels on a pourtant voulu fondre et confondre des territoires et des populations en dépit de leurs disparités politiques, économiques et sociales, sans jamais tenir compte de leurs spécificités linguistiques, traditionnelles et historiques. À l'épreuve de la dématérialisation des frontières, de la multiplication des échanges et de l'uniformisation des modes de vie, le régionalisme n'est pas une fin en soi par contestation de la mondialisation mais bien un moyen de composer avec celle-ci et d'assurer la proximité, la transparence et l'humanité du pouvoir, sinon par revendication identitaire du moins par exigence démocratique.

    ... bâtie sur les ruines des États-Nations !

    Les conflits successifs de notre vieux continent n'ont rien d'exceptionnels en comparaison avec l'exceptionnelle période de Pax Europaea que nous connaissons depuis la fin du dernier d'entre eux. Aussi, le fait que l'éventualité d'une guerre entre les différents membres de l'Union européenne soit désormais inconcevable n'est pas un argument pertinent pour justifier l'interruption à mi-chemin du processus fédéraliste. C'est même plutôt la preuve qu'ayant atteint l'objectif fondateur de stabiliser un équilibre de paix durable en Europe, il faut plus que jamais consolider cette union sans cesse plus étroite entre les peuples européens au détriment de ces agrégations politiques par nature belligérantes que l'on appelle États ou Nations.

    Cette perspective d'une Europe fédérale fondée sur le principe de la double majorité de sa population globale et du nombre de régions qui la composent constitue une opportunité pour les peuples en question de continuer à exister tels qu'ils sont sans être ni absorbés par une superstructure étatique ni même isolés face aux superpuissances commerciales, militaires et démographiques qui caractérisent notre économie mondialisée. Si être populiste c'est fonder la légitimité du pouvoir sur le peuple, alors osons mettre les populismes démagogues qui manipulent le peuple à l'épreuve d'un populisme démocrate qui libèrent les peuples de leurs carcans nationaux au sein un modèle politico-institutionnel inédit qui relèverait tout à la fois du fédéralisme et du régionalisme, c'est-à-dire une Europe des Peuples bâtie sur les ruines de ces États-Nations.

    L'union fait la force ; à nous de faire l'union !



Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Contact | Mentions légales | Espace privé | Site réalisé avec Spip