Les Jeunes Européens France
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  • L’Europe de l’énergie, renouveler le projet européen

    23 avril, par Alexandra Lafont — Environnement
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    A deux mois des élections européennes, la Maison de l'Europe organisait le 1er avril un débat entre des représentants de partis politiques sur les politiques environnementale et énergétique européennes. Différents constats et perspectives été émis par Pascal Durand co-fondateur et candidat aux européennes pour Europe Ecologie-les Verts et les eurodéputé-es Catherine Trautmann (S&D), Francis Wurtz (GUE/GVN), Corinne Lepage (ADLE), et Philippe Juvin (PPE). Si chacun défendait une position propre à sa couleur politique, de nombreux aspects faisaient consensus, notamment la nécessité de réformer le marché européen de l'énergie et de construire une véritable politique commune de l'énergie. Et si l'Europe de l'énergie constituait le nouveau projet européen ?

    L'approvisionnement en énergie et la protection du climat : deux enjeux clés de l'UE

    L'énergie est présente dans la construction européenne depuis la CECA et Euratom. Dès lors, l'Europe s'est donné des objectifs en matière de politique de l'énergie :

    • La souveraineté énergétique. L'Europe s'est inquiétée de (re)construire des capacités de production électrique, notamment en coopérant en matière de recherche nucléaire, et de sécuriser ses approvisionnements en hydrocarbures, objectif ô combien d'actualité avec la crise ukrainienne.

    • Des prix permettant la compétitivité économique. Il s'agissait hier, et de même aujourd'hui, de garantir des prix acceptables. Cela est notamment important pour les secteurs industriels exposés à la concurrence internationale, car l'énergie peut constituer jusqu'à 20% des coûts de production et donc obérer la compétitivité européenne. Mais se pose également la question du coût de l'électricité qui est supportable pour les ménages, avec l'amplification du phénomène de précarité énergétique : les ménages dont la facture énergétique grignote 10% du revenu et crée des tensions sur le budget sont de plus en plus nombreux en Europe.

    • Une politique énergétique bas carbone, dans le but de limiter les effets anthropogènes sur le climat

    L'UE, championne de la protection du climat

    Dès les années 1990, l'Europe s'est montrée volontaire et active sur la question de la protection du climat. Le paquet 20-20-20 donnait une ambition, mais l'UE a ensuite peiné à s'imposer sur la scène des négociations internationales. Le nouveau cadre pour 2030 a été jugé insuffisant par beaucoup : le groupe S&D, GUE/GVN et Verts/ALE, mais aussi nombres d'ONG environnementales. Un consensus émergeant a donné pour objectifs d'ici 2030 une réduction contraignante des émissions de gaz à effet de serre de 30%, une part de 27% des EnR dans le mix énergétique européen et une augmentation de l'efficacité énergétique (à déterminer au prochain Conseil européen). Ces objectifs si peu ambitieux et peu contraignants démontrent encore une fois que les Etats continuent de choisir leur politique en fonction de leurs intérêts particuliers.

    Cependant, à l'heure où l'Europe intergouvernementale et technocratique est aujourd'hui accusée de tous les maux, s'il y a bien un domaine dans lequel l'Europe a mené des politiques concrètes créant des solidarités de fait, c'est bien l'environnement et l'énergie. A travers de nombreuses législations, l'Europe a contribué à la préservation de l'environnement, de la santé des citoyens et du climat. L'Europe est clairement un des espaces les plus importants pour la législation sur l'environnement. Le rapport Brundtland sur le développement durable a démontré que s'occuper de l'environnement et du climat, c'est œuvrer pour préserver la paix dans le monde. L'Europe des Pères Fondateurs était bien un projet de paix et le Prix Nobel de 2012 nous invite à perpétuer ce projet de paix. Et si créer une politique de l'énergie durable, pour préserver l'environnement et le climat constituait le renouveau de ce projet européen ?

    Du point de vue des valeurs, l'Europe reste la championne du climat, dans le sens où elle se présente et est perçue comme l'espace normatif le plus volontaire en matière de protection du climat. Cependant, en termes de leadership sur la transition énergétique dans le monde, l'Europe a perdu son avance au profit de la Chine et des Etats-Unis. La Chine est devenue la première puissance photovoltaïque et éolienne au monde et vend désormais ses panneaux solaires à l'Europe, en concurrence tendue avec la filière industrielle allemande par exemple. De même, aux Etats-Unis la compétitivité de l'énergie solaire, qui coûte 1/3 du prix du nucléaire (½ si on enlève l'effet des subventions) met en danger les industries européennes. Pour conserver son rang de puissance économique au même titre que normative, une Europe de l'énergie, permettant de mutualiser les coûts d'infrastructures et de la recherche et donnant une stratégie commune en matière industrielle, serait peut être la solution.

    Environnement & Energie : quels défis pour demain ?

    C'est en se donnant des objectifs ambitieux et contraignants que l'Europe créera des effets d'impulsion pour créer des filières et donc des emplois dans les industries vertes. Des opportunités existent dans des domaines actuellement en pleine révolution : le stockage de l'énergie via l'hydrogène, les réseaux et compteurs intelligents (smart grids) capables de nous aider à réguler notre consommation et d'ajuster la production, les énergies marines (hydrolien)… Il serait intéressant, comme avec Euratom, de mutualiser les moyens au niveau européen pour développer la recherche en la matière et permettre ensuite un déploiement industriel européen de ces techniques. De même, en matière d'infrastructures, une mise en commun des ressources et une coopération accrue permettrait un meilleur fonctionnement du marché de l'énergie et une meilleure sécurité électrique. Par exemple, il y a un fort besoin de développer les réseaux électriques entre le Nord et le Sud de l'Allemagne, mais aussi entre les pays, qui s'échangent de l'électricité via ce que l'on appelle des interconnexions.

    Trouver un mix énergétique commun à tous les Etats membres paraît utopique, du fait de la diversité des situations (75% de dépendance au nucléaire en France contre 90% de dépendance au charbon en Pologne) et des cultures (mouvement anti-nucléaire en Allemagne). L'objectif serait plutôt de développer des mixes équilibrés pour assurer la sécurité énergétique de chacun des Etats, et dans le même temps, de développer les réseaux et interconnexions permettant le transport de l'énergie d'un Etat à l'autre sur le continent européen.

    Ces mixes nationaux devraient tout de même s'entendre sur une stratégie bas carbone, dans une perspective cohérente avec les objectifs que s'est donnée l'UE. Les Etats dans le choix de leur mix énergétique, devraient également intégrer tous les coûts dans le calcul des coûts de revient des différentes sources d'énergies. L'Europe de l'énergie respecterait donc le principe de subsidiarité et de souveraineté des Etats en matière de choix du mix énergétique, mais afficherait une politique énergétique plus durable et plus cohérente, tout en en mutualisant les moyens et en créant des solidarités là où il y a de toute façon aujourd'hui des interdépendances.

    Un projet renouvelé, les moyens qui vont avec

    Si ce projet d'Europe de l'énergie ne semble demander qu'un peu de bon sens et de volontarisme politique, il apporterait dans les faits davantage d'intégration mais en nécessite déjà un peu en amont. Pour une vraie politique européenne de l'énergie, telle que la réclament les politiques européens de tous horizons, il faut également des moyens : un grand projet européen pour l'énergie doit être doté d'un budget conséquent. Il ne suffit pas de prôner « plus d'Europe », il faut voter plus de moyens pour cette Europe !

    En attendant les prochains Conseils européens de mai et d'octobre, qui seront décisifs pour la politique européenne de l'énergie, votons le 25 mai pour des candidats volontaristes, qui défendront plus d'Europe et plus de budget pour l'Europe !


  • Fernando A. Iglesias : « Aujourd’hui, les procédés qui affectent notre destin ont franchi les barrières nationales »

    22 avril, par Jean-Francis Billion, traduit par Alexandre Marin — Fédéralisme mondial
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    Interview de Fernando A. Iglesias, ancien parlementaire argentin et latino-américain, universitaire et écrivain, Président de la Chaire Altiero Spinelli de Buenos Aires et Président du Conseil du World Federalist Movement réalisée à l'occasion de la présentation à Sciences Po du Manifeste pour la démocratie globale

    Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

    Je m'appelle Fernando Iglesias, j'étudie le thème de la mondialisation autour duquel j'analyse celui de la démocratie globale et du fédéralisme mondial. Dans ce domaine, je préside une ONG argentine qui s'appelle « démocratie globale » (Democrácia Global), et qui a comme objectifs l'intégration régionale et le Parlement mondial. Je préside le Conseil du Mouvement fédéraliste mondial (WFM en anglais), et je dirige la Chaire Spinelli de Buenos Aires, spécialisée dans l'étude et la promotion de l'intégration régionale sud-américaine. Je suis également journaliste et écrivain, j'ai publié plusieurs livres sur ces thèmes, j'ai été député, membre du Parlement du MERCOSUR, et du Parlement latino-américain.

    Quelle sont les raisons en 2010 qui t'ont poussé à prendre l'initiative de ce Manifeste ?

    Le Manifeste pour une démocratie globale est une initiative que j'ai proposée devant l'apparition d'un très grand nombre de mouvements sociaux, à travers le monde, qui manifestaient leur mécontentement face au degré actuel de démocratie, du printemps arabe aux indignés espagnols, et à l'occupation de Wall Street, il y avait un net mécontentement vis-à-vis de l'ordre politique existant. Même si ces mouvements n'étaient pas unis, ils avaient des causes et des motivations communes et il m'a semblé opportun de tenter d'exprimer une certaine forme de cohésion autour du concept de démocratie globale que j'avais rencontrée au cours de mes recherches auprès de beaucoup des auteurs qui ont finalement signé le Manifeste. C'est pourquoi, j'ai écrit un premier texte qui fut corrigé avec l'aide de plusieurs d'entre-eux, de Miguel (José Miguel Onanindia ?), Heikki Patomäki, Daniele Archibugi, Saskia Sassen, entre autres, à qui nous avons proposé la signature.

    A Paris, tu as parlé d'un Manifeste « pluraliste » pour la Démocratie globale. Pourrais-tu l'expliquer ?

    Nous avons eu la signature d'un très grand nombre d'experts sur ces thèmes, après cela, nous avons organisé des conférences dans le monde entier, dans les villes ou capitales principales où nous avons pu nous organiser pour soumettre le Manifeste pour la démocratie globale à l'appréciation du public. Nous l'avons faite, la première fois, à la London School of Economy à Londres, avec Saskia Sassen, Richard Sennett, Daniele Archibugi, Miguel et moi. Nous l'avons ensuite fait au Sénat italien à Rome où furent présents Daniele Archibugi, Giacomo Marramao, Roberto Esposito, Heikki Patomäki, moi-même, Raffaele Marchetti, et Lucio Levi. Ensuite, nous l'avons fait avec Daniel Innerarity et un groupe de chercheurs espagnols au musée San Elmo de San Sebastián (Pays Basque), en Argentine, où furent présents Teivo Teivanen, Juan José Sebreli, Juan José Campanella, Jorge Castro, moi-même et plusieurs signataires argentins.

    Enfin, la dernière, à Sciences-Po, fut, selon moi, la plus excitante et les orateurs furent M. Boutros Boutros-Ghali, ancien Secrétaire général de l'ONU, Pascal Lamy, ancien Président de l'OMC, Bertrand Badie, de Sciences-Po, Alain Touraine, un des plus grands intellectuels français. Nous fûmes aussi présents Heikki Patomäki et moi. Quoi d'autre ? Le manifeste est pluraliste ; car il part de l'idée que si nous voulons une démocratie globale, nous devons tous y participer, toutes les démocraties du monde devraient y participer, y avoir des représentants, et également le droit de participer à sa construction.

    Il y eut beaucoup d'essais de document de la sorte, mais je pense qu'ils étaient tous trop orientés dans une certaine ligne idéologique alors que l'objectif de ce Manifeste est de pouvoir dire des choses importantes en faveur de la démocratie globale et de demander certaines mesures concrètes, comme la création d'une Assemblée parlementaire des Nations Unies (UNPA), la réforme démocratique de l'ONU, un pouvoir plus important à la Cour pénale internationale, la réforme de la Cour internationale de justice, l'avancée vers des formes d'intégration régionale, et la participation de ceux qui font partie de la démocratie, depuis la gauche ou les sociaux-démocrates, les libéraux, les sociaux-chrétiens, et ceux qui ne rentrent pas explicitement dans l'une de ces idéologies. En ce sens, le Manifeste est pluraliste et je crois que l'une des clés de son succès est justement d'avoir appelé au consensus général autour de l'idée de démocratie.

    Où en êtes-vous avec votre campagne de signatures ?

    La campagne pour les signatures a été organisée par Democrácia Global , qui est une petite ONG argentine avec très peu de fonds. Elle a organisé la campagne et continue à promouvoir son lancement partout. Le prochain rendez-vous sera fin mars 2014 à l'université d'Helsinki avec Teivo Teivanen, Heikki Pätomaki, moi, et d'autres chercheurs que nous connaîtrons sous peu.

    Pour connaître les signataires, le moyen le plus simple est d'aller sur Internet, et chercher dans « global », dans l'une des versions, elle est en espagnol, en anglais, en français et on peut voir qui l'a signé. C'est globaldemocracymanifesto.org., facile à chercher sur Google en écrivant Manifeste pour une démocratie globale dans l'une des langues dans lesquelles il est traduit.

    Quels sont les liens entre cette action et le World Federalist Movement ?

    La relation entre le concept de démocratie globale et le fédéralisme mondial est très étroite, il n'existe pas de démocratie globale sans fédéralisme, sans une répartition et une coordination fédérale des politiques, et le Mouvement fédéraliste mondial l'a bien compris. C'est pourquoi l'activité du Manifeste n'est pas une activité officielle du Mouvement, elle a été acceptée par le Mouvement au dernier congrès qui s'est déroulé en 2012 à l'Université de Winnipeg, au Canada.

    En conclusion comment pourrais-tu résumer la notion de démocratie globale ?

    Résumer la notion de démocratie globale. La démocratie globale est une application du concept de démocratie dans chaque question pour laquelle il faut prendre des décisions politiques et où il est nécessaire d'avoir des politiques communes pour affronter certains problèmes, ce qui veut dire que le concept de démocratie globale ne fait pas seulement référence à la construction d'institutions mondiales, mais aussi à la démocratisation des institutions mondiales existantes comme les Nations unies, à la démocratisation de l'ordre politique global, mais surtout aussi à un vaste réseau d'institutions capables de prendre des décisions politiques, depuis le local jusqu'au provincial, jusqu'au national, le continental / régional, l'international et le mondial. Tout cet ensemble de manières de prendre des décisions politiques de manière démocratique, en respectant la représentation démocratique à tous les niveaux, est ce que nous appelons « démocratie globale ». Il faut dire que le concept de démocratie naît de cela justement, du droit de chaque citoyen à participer aux décisions qui affectent son destin.

    Aujourd'hui, les procédés qui affectent notre destin ne se détiennent pas au niveau local, régional, ou continental, ils ont franchi les barrières nationales, ils sont arrivés à des niveaux régionaux et globaux, comme la crise financière, le changement climatique, la prolifération nucléaire, le terrorisme international, les problèmes liés aux grandes épidémies, il y a toute une série de problèmes qui ont dépassé la sphère nationale, et c'est pourquoi la démocratie doit aussi la dépasser, et s'installer à tous les niveaux, y compris les niveaux international et global, comme l'a dit Georges Monbiot, qui est un des signataires du Manifeste, tout s'est globalisé sauf la démocratie, et je crois que les êtres humains sont en train de payer ce problème avec la dégradation de nos conditions de vie et l'augmentation des grandes crises globales qui affectent le futur de l'humanité.


  • Fusillade à Slaviansk en Ukraine

    22 avril, par Pierrot — Actualité
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    Après la fusillade qui a eu lieu à Slaviansk en Ukraine, le chef des pro-russes locaux a accusé les nationalistes ukrainiens en brandissant comme preuve une carte de visite qui aurait été trouvée sur place. Cette annonce a ensuite été largement raillée sur internet.

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    Chaque semaine, Pierrot partage son point de vue plein d'humour sur l'actualité. Son blog


  • Claude Roiron : « Pour une politique industrielle européenne ! »

    21 avril, par Mathieu Moreau — Les candidats,
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    Candidate investie par le Parti Socialiste en 2ème position dans la circonscription Nord-Ouest, Claude Roiron partage, à l'approche des élections européennes, sa vision d'une Europe sociale et protectrice. Marquée par la montée de l'euroscepticisme, elle livre au Taurillon ses convictions de femme politique engagée et ses prochains combats européens : réformes politiques et institutionnelles, politique industrielle, gouvernance économique et sociale...

    Dans quel état d'esprit abordez-vous cette campagne, et quel regard portez-vous sur l'Europe d'aujourd'hui ?

    Je suis dans un état d'esprit extrêmement combattif ! Il nous faudra beaucoup de détermination pour envoyer des députés socialistes au Parlement européen, surtout après les élections municipales difficiles que nous venons de traverser. Mais il faut rester positif : notre campagne se déroule pour la première fois à l'échelle européenne, avec notre candidat commun Martin Schulz ! Il a convaincu les socialistes français de sa capacité à présider la Commission européenne et à entraîner l'ensemble des sociaux-démocrates européens vers la victoire. Notre objectif est de changer la politique telle qu'elle est faite en Europe : avec un Parlement européen à gauche, nous pourrons enfin peser sur la nomination d'un Président de la Commission qui puisse changer la donne européenne.

    Les Français seront-ils sensibles à cette opportunité qui s'offre à eux ?

    Ce ne sera pas simple de les sensibiliser ! Je crois que les Français ont l'Histoire la plus difficilement compatible avec l'Europe, avec une forte tradition de souveraineté nationale. Et puis beaucoup de responsables politiques français ont souvent considéré l'Europe comme la cause de nos problèmes : ce n'est évidemment pas le cas ! Mon rôle, dans la campagne électorale qui s'annonce, sera de rendre l'Europe plus concrète, lisible et attractive.

    Quelles orientations préconisez-vous pour la gouvernance de l'Union européenne ? Vous sentez-vous guidée par un idéal fédéraliste ?

    Nous serons confrontés un jour ou l'autre à cette question de la souveraineté des nations européennes. Mais je ne crois pas que nous soyons aujourd'hui en capacité politique de transférer davantage de pouvoirs vers l'Europe. Nous devons d'abord réfléchir à la façon dont l'Europe peut mieux fonctionner et protéger ses citoyens. Avant de parler de fédéralisme, montrons d'abord à nos concitoyens que l'UE peut être autre chose qu'une instance technocratique et éloignée des peuples ! L'Europe ne doit pas se résumer à un marché : sa gouvernance économique doit être associée à une gouvernance sociale !

    Vous évoquez l'importance de mettre en place une 'Europe sociale' : qu'est-ce que cela représente pour vous concrètement ?

    C'est une Europe qui protège ! Une Europe qui évite le dumping social entre ses États membres ! Une Europe qui porte un horizon de réindustrialisation pour créer des emplois ! Une Europe où l'on peut s'entendre sur un certain nombre de droits, comme celui d'un Smic européen ! Il ne s'agit évidemment pas que tous les pays aient le même Smic, mais que cette idée s'impose progressivement dans les pays de la zone euro. Par ailleurs, nous pouvons commencer à réfléchir à un 'fonds européen d'assurance-chômage' qui pourrait financer une partie des indemnités chômage des citoyens. L'Europe qui protège, c'est enfin celle qui régule le statut des travailleurs détachés, et lutte contre la fraude fiscale d'employeurs indélicats. Même s'il faudrait aller plus loin en la matière, il faut saluer les progrès accomplis qui peuvent redonner confiance dans notre projet européen !

    Vous venez d'évoquer l'enjeu de la réindustrialisation de l'Europe, mais de grands efforts restent à faire pour réduire les écarts de compétitivité industrielle entre États membres...

    Oui, c'est pour cela qu'il faut une politique industrielle à l'échelle européenne ! Les Allemands disposent d'une puissante industrie tournée vers l'exportation, moderne, avec des produits de très grande qualité. Mais les disparités restent énormes, même entre pays riches ! Prenons l'exemple de la robotique : la France compte trois fois moins de robots qu'en Allemagne, et deux fois moins qu'en Italie...Notre industrie ne s'est pas suffisamment modernisée ! Certes, l'Allemagne est à l'heure actuelle le cœur battant de l'industrie européenne : mais pour combien de temps encore ? Avec leur décision de sortir du nucléaire, la question du coût de l'énergie posera bientôt aux Allemands un certain nombre de problèmes... Cette décision est une impasse pour l'Europe entière ! Il faudra un jour qu'une politique industrielle prenne véritablement en compte les enjeux énergétiques de notre continent. De cette bonne structuration de notre tissu industriel dépendra notre résistance à la concurrence mondiale ! À mon avis, ces enjeux ne relèvent plus seulement de souverainetés nationales, mais aussi d'une souveraineté élargie européenne…

    L'Allemagne est le cœur industriel de l'Europe : pensez-vous que leur système éducatif ait pu y contribuer ? Peut-il être une source d'inspiration pour d'autres systèmes éducatifs européens ?

    Des choix très pertinents ont été faits pour maintenir une industrie prospère en Allemagne, au niveau de la qualité de sa formation professionnelle notamment. Ce sont des questions qu'il faudra sans doute poser, parce qu'il n'y a pas d'identité européenne qui puisse se construire sans aborder les questions d'éducation et de formation. Mais les systèmes éducatifs sont très compliqués à appréhender : ils sont souvent l'héritage d'une Histoire nationale !

    Soutenez-vous l'idée d'une gouvernance différenciée entre la zone euro et le reste de l'Union européenne ?

    Oui ! C'est d'ailleurs la théorie des cercles concentriques de Jacques Delors : pour faire progresser l'Europe, il ne faut pas forcément faire avancer tous les États membres au même rythme. C'est encore plus vrai aujourd'hui qu'hier ! Nous avons besoin d'un noyau de pays dynamiques qui puissent avancer sur certains dossiers. Autrement, nous resterons dans un climat politique démobilisateur, où les peuples rejetteront l'Europe lors des élections européennes ! Nous voyons en ce moment monter les populismes qui font croire qu'il suffirait de sortir de l'Europe pour que tous nos problèmes disparaissent... L'Europe doit offrir un nouvel horizon politique pour lutter contre cette menace !

    De nombreux dirigeants nous ont abreuvé du discours TINA (There Is No Alternative) sur l'austérité... N'est-ce pas en partie l'origine du problème ?

    Tout à fait ! Personne ne peut se satisfaire de ce genre de discours : si cela continue, l'Europe risque d'aller tout droit dans le mur ! En France, aux élections européennes de 2009 seulement 40% des Français sont allés voter ! Vous vous rendez compte ? On ne peut pas construire d'horizon politique sans que le peuple ne soit un minimum impliqué ! Martin Schulz l'a bien compris, et mènera la campagne du Parti Socialiste Européen en conséquence. Pour que les peuples adhèrent enfin à sa construction politique, l'Europe doit devenir un véritable horizon progressiste !


  • Sondages d’avril : quelles conclusions ?

    20 avril, par Till Burckhardt — Actualités des élections, ,
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    Plusieurs sondages ont été réalisés dans les dernières semaines à peu de jours d'écart. Bien qu'ils aient tous été réalisés au niveau national sans prendre en compte le découpage en circonscriptions, il est néanmoins possible d'estimer quels sont actuellement les principales batailles dans les circonscriptions.

    Ces chiffres souhaitent offrir aux lecteurs du Taurillon un aperçu d'une répartition possible des sièges. Les estimations ont été réalisées en pondérant les résultats des sondages avec des coefficients calculés à partir de la polarisation régionale des tendances politiques aux dernières élections européennes. Cette méthodologie se fonde sur l'hypothèse – non vérifiée – que l'ancrage territorial des forces politiques reste le même. Les résultats doivent être interprétées avec une marge de précaution. Par ailleurs, il s'impose de mentionner que les résultats des listes UDI-MODEM ont été pondérés à partir des résultats du seul MODEM.

    Nord-Ouest : Le mandat de Marine Le Pen ainsi que trois mandats supplémentaires, gagnés aux dépenses de l'UMP et d'Europe Écologie semblent actuellement assurés. Rien ne devrait changer en ce qui concerne les deux mandats socialistes et le seul mandat centriste. Le dernier siège serait attribué soit au Front de gauche soit au Front national.

    Ouest : Les équilibres gauche-droite devraient être maintenus. Le Parti socialiste pourrait récupérer l'un des deux sièges écologistes alors que le siège occupé par le souverainiste Philippe de Villiers pourrait être récupéré par un candidat soutenu par le Front national.

    Est : Le renforcement du Front national avec deux sièges supplémentaires menace le seul mandat écologiste et au moins un des quatre mandats de l'UMP. La bataille pour le dernier siège aura vraisemblablement lieu entre Sandrine Bélier (EELV) et un candidat UMP.

    Sud-Ouest : L'entrée en force du Front national dans la circonscription se ferait vraisemblablement aux frais des Verts et de l'UMP qui perdraient un siège chacun.

    Sud-Est : Le succès des listes menées par Jean-Marie Le Pen aurait comme conséquence la perte de deux sièges sur trois par les écologistes et l'un des cinq sièges de l'UMP. Comme dans le Nord-Ouest, la bataille pour le dernier siège se ferait entre les deux Fronts.

    Massif central-Centre : Le Front national devrait récupérer le seul siège écologiste. La centriste Sophie Auconie, élue sur les listes de la Majorité présidentielle en 2009 change d'affiliation et tente sa chance avec l'UDI-MODEM. La plupart des sondages laissent toutefois craindre que ce siège pourrait être raflé par le Parti socialiste.

    Île de France : Grâce à l'attribution de deux mandats supplémentaires, l'UMP devrait pouvoir maintenir ses cinq mandats et le Parti socialiste peut espérer de récupérer un mandat supplémentaire. Le Front national devrait réussir à faire élire trois députés dont deux aux frais des écologistes, actuellement représentés par quatre députés. La bataille pour le dernier siège se ferait deux poids lourds : Eva Joly, ancienne candidate écologiste à la présidentielle, et Jean-Marie Cavada, président du Mouvement Européen-France.

    Outre mer : Le statu quo devrait être maintenu (PS-PRG aux Antilles, FdG à la Réunion, UMP dans le Pacifique).

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    Nord-Ouest

    • FN
      • Marine Le Pen
      • Steeve Briois
      • N.N.
      • N.N.
      • N.N. (TNS Sofres Sopra)
    • UMP
      • Jérôme Lavrilleux
      • Tokia Saïfi
    • PS-PRG
      • Gilles Pargneaux
      • Claude Roiron
    • UDI-MODEM
      • Dominique Riquet
    • Front de gauche
      • Jacky Hénin (Ipsos, OpinionWay, Ifop)

    Ouest

    • PS-PRG
      • Isabelle Thomas
      • Emmanuel Maurel
      • Françoise Mesnard
    • UMP
      • Alain Cadec
      • Élisabeth Morin-Chartier
      • Marc Joulaud
    • UDI-MODEM
      • Jean Arthuis
    • EELV
      • Yannick Jadot
    • FN
      • Gilles Lebreton

    Est

    • FN
      • Florian Philippot
      • N.N.
      • N.N.
    • UMP
      • Nadine Morano
      • Arnaud Danjean
      • N.N. (Ipsos)
    • PS-PRG
      • Édouard Martin
      • Catherine Trautmann
    • UDI-MODEM
      • Nathalie Griesbeck
    • EELV
      • Sandrine Bélier (OpinonWay, Ipof, TNS Sofres)

    Sud-Ouest

    • UMP
      • Michèle Alliot-Marie
      • Franck Proust
      • N.N.
    • FN
      • Louis Aliot
      • N.N.
    • PS-PRG
      • Virginie Rozière
      • Éric Andrieu
    • UDI-MODEM
      • Robert Rochefort
    • EELV
      • José Bové
    • Front de gauche
      • Jean-Luc Mélenchon

    Sud-Est

    • FN
      • Jean-Marie Le Pen
      • Marie-Christine Arnautu
      • Bruno Gollnisch
      • Mireille d'Ornano
      • Dominique Martin (TNS-Sofres)
    • UMP
      • Renaud Muselier
      • Françoise Grossetête
      • N.N.
      • N.N.
    • PS-PRG
      • Vincent Peillon
      • Sylvie Guillaume
    • UDI-MODEM
      • Sylvie Goulard
    • Front de Gauche
      • Marie-Christine Vergiat (Ipsos, OpinionWay, Ifop)

    Massif central-Centre

    • UMP
      • Brice Hortefeux
      • N.N.
    • PS-PRG
      • Jean Denanot
      • Karine Gloanec Maurin (Ipsos, Ifop, TNS-Sofres)
    • FN
      • Bernard Monot
    • UDI-MODEM
      • Sophie Auconie (OpinionWay)

    Île-de-France

    • UMP
      • Alain Lamassoure
      • Rachida Dati
      • N.N.
      • N.N.
      • N.N.
    • PS-PRG
      • Harlem Désir
      • Pervenche Berès
      • Guillaume Balas
    • FN
      • Aymeric Chauparde
      • N.N.
      • N.N.
    • EELV
      • Pascal Durand
      • Eva Joly (Ipsos, Ifop, TNS Sofres)
    • UDI-MODEM
      • Marielle de Sarnez
      • Jean-Marie Cavada (OpinionWay)
    • Front de Gauche
      • Patrick Le Hyaric

    Outre-Mer

    • UMP
      • Maurice Ponga (Section Pacifique)
    • PS-PRG
      • Louis-Joseph Manscour (Section Atlantique)
    • FdG
      • N.N. (Section Océan Indien)

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