Les Jeunes Européens France

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  • Pour un fédéralisme de nécessité

    17 mai, par Aurélien Caron, Jean-Marie Cavada — Opinions,

    Les quatre versions du Taurillon publient aujourd'hui la tribune écrite entre autre par Aurélien Caron, président des Jeunes européens-France (France) et Jean-Marie Cavada, président du Mouvement européen-France (France) et publiée initialement dans le Monde sous le nom de "Construisons une Europe de la relance !".

    Dans les mois ou les années à venir, une crise politique et sociale majeure risque d'emporter les pays de la zone euro s'ils ne franchissent pas une étape supplémentaire d'intégration.

    La crise actuelle de la zone euro n'a en effet pas commencé avec la crise grecque, mais bien avant, dès la création d'une union monétaire sans union économique, fiscale et budgétaire. Certes, les dettes publiques ont explosé ces trente dernières années mais ce sont les déséquilibres entre les pays de la zone euro qui sont à l'origine de la situation actuelle.

    D'un côté, un ensemble constitué des pays du Nord avec l'Allemagne en tête a construit son économie sur la compétitivité et les exportations. D'un autre côté, les pays de la périphérie ont utilisé les faibles taux d'intérêt pour alimenter leur demande interne et ont construit leur économie sur des secteurs de biens non exportables et moins soumis à la concurrence extérieure, tels que l'immobilier et la construction.

    L'éclatement de la crise grecque a mis au jour ces défis structurels, créant une crise de confiance dans la soutenabilité des dettes publiques : les créanciers ont perçu l'insoutenabilité des déséquilibres de la zone euro. Les taux d'intérêt ont alors atteint des sommets, jusqu'à créer un effet boule de neige : lorsque les taux d'intérêt dépassent la croissance du PIB, la dette s'auto-entretient, sauf à dégager d'importants surplus budgétaires. Pour réaliser ces surplus, chaque pays a mis sur pied des plans de sauvetage drastiques, et l'intervention de la Banque centrale a fourni quelques mois de répit.

    La non-coordination et le coup-par-coup des plans de sauvetage ne permettent pas de rendre compatibles les exigences de rigueur et de croissance. De plus, les coupes dans les dépenses, en cherchant à réaliser des gains immédiats, visent majoritairement les dépenses sociales et les investissements, au détriment de l'avenir.

    Ce climat d'incertitude freine la demande, les ménages préférant épargner en prévision de futures taxes. Dans le même temps, les banques limitent les crédits au secteur privé pour assainir leur bilan. Dès lors, la relance ne peut venir ni de la demande, ni de l'investissement privé, ni de la commande publique. Les pays les plus endettés sont donc voués à une croissance très faible, ce qui aggrave encore la charge de leurs dettes. L'Europe ne peut sortir de cette crise sans changer de logique. Si le scénario actuel continue, l'euro ne pourra pas disposer des moyens de résister aux tendances centrifuges et à la montée des discours populistes. Sa disparition ne sera plus qu'une question de temps.

    Un autre chemin de sortie est possible. Il consiste à compléter et adapter le Traité de Lisbonne, notamment pour dépasser la simple coordination entre Etats membres, devenue insuffisante. Il consiste à dénoncer, à réduire et progressivement à annuler les coûts de la non-Europe.

    Il faut pour cela commencer par circonscrire les dettes du passé des pays de la zone euro en en mutualisant une partie, comme cela a été proposé, entre autres, par le Conseil des experts allemands et l'institut Bruegel. Ceci diminuera les taux d'intérêt et redonnera des marges de manœuvre aux pays endettés. Dans cet esprit, il sera nécessaire de renforcer la coopération entre la Commission européenne et les trésors nationaux dans le cadre d'un Institut Fiscal Européen dans la perspective de la création d'un Trésor Européen, à l'instar de l'Institut Monétaire Européen qui avait précédé la création de la BCE. Il s'agirait d'une nouvelle étape vers la création ultérieure d'un gouvernement de l'économie européenne avec un ministre fédéral des finances.

    Il faut ensuite, et surtout, relancer la productivité grâce à des réformes structurelles, en particulier dans le secteur des services, et à des investissements dans des projets générateurs de croissance. Ils existent : dans la transmission de l'énergie (smart grid) et l'efficacité énergétique, dans les transports propres et les politiques urbaines, dans l'aéronautique, les nanotechnologies, les industries numériques, et la recherche cognitive… les industriels ont tous sur la table des projets à l'échelle européenne dont les financements nécessitent un concours de tous les pays. Pour cela, il est nécessaire de créer des projects bonds, c'est à dire de la bonne dette, finançant uniquement des projets générateurs de revenus futurs. La BEI pourra sans difficulté porter ces projets sur base de propositions de la Commission européenne.

    Les investisseurs n'achèteront ces projects bonds, que si les moyens de les rembourser ne sont pas issus d'une contribution volontaire des pays de la zone euro, car cela alourdirait leur dette. Seul un impôt européen dans le cadre d'un budget fédéral pourra donner la crédibilité suffisante à ce nouvel outil de croissance. Pour le financer, on peut penser à la rétrocession d'un point de TVA, à l'instauration d'une taxe carbone et d'une taxe sur les transactions financières. Il sera alors possible de générer avec les projects bonds plus de 1 000 milliards d'euros pour investir dans des projets d'avenir, relancer une véritable croissance, proposer une vision motivante de l'Europe et créer les mécanismes de résolution des déséquilibres originels.

    Aucun impôt ne peut cependant être instauré sans légitimité démocratique et sans surmonter la crise de confiance entre les citoyens et l'Union européenne, en offrant aux Européens une nouvelle perspective pour l'avenir. Il faut donc ajouter une dimension parlementaire à ce processus : l'euro ne peut survivre sans avancée politique majeure. Le fédéralisme est la seule voie pour éviter une crise majeure qui sacrifierait une génération entière. Dès aujourd'hui, les parlementaires européens des pays de la zone euro doivent se réunir – étant ouverts à la participation d'autres parlementaires européens qui le voudront - et préciser le chemin à suivre d'ici aux prochaines élections européennes : sur base de leurs délibérations, ces parlementaires européens devront organiser des assises sur l'avenir de l'Europe à partir de la zone Euro, qui accueilleront des délégations du Parlement européen et des Parlements nationaux comme cela avait déjà été proposé par François Mitterrand devant le Parlement européen en 1989. Ce fédéralisme de nécessité donnera naissance à une véritable Europe politique et sociale, dont les institutions assureront un juste équilibre entre les politiques budgétaires et monétaires, la stimulation de l'activité économique, les réformes structurelles de compétitivité, et une cohésion sociale renforcée.

    La survie de la zone euro passe par un gouvernement économique et un budget européen de croissance. Le fédéralisme est donc seul capable d'éviter les conséquences désastreuses de son effondrement sur notre niveau de vie. Il ouvrira la voie aux Européens vers une Europe juste, solidaire et démocratique, capable de tenir toute sa place dans le monde.

    Cette tribune est initialement parue dans le Monde sous le titre : « Construisons une Europe de la relance ! »

    Nous ne présentons ici que deux auteurs. Pour connaître l'ensemble des auteurs, veuillez vous reporter vers la tribune dans le Monde


  • Les Grecs ont voté !

    16 mai, par Nicolas Delmas — Opinions, ,

    « Silence, ils votent. Silence, ils ont voté. » Telle pourrait être la maxime de la situation dans la presse allemande qui semble écarter toute résolution de la crise par le haut. Pourtant, il est primordial d'analyser les enseignements de ce vote.

    La montée des extrêmes, ici comme ailleurs

    Ce constat est terrible. Mais, ce phénomène touche l'Europe dans son ensemble. Depuis la fin de la guerre froide, les extrêmes, de droite et dans une moindre mesure de gauche, n'ont cessé de proliférer sur le terreau de la peur de la mondialisation, et de la crainte de l'immigration. Or, les deux extrêmes, appuyés parfois par certains mouvements de droite ou de gauche, ont trouvé un même coupable à ces deux « maux » (sic) : l'Europe, qu'elle soit « passoire » face à l'immigration ou « complice » face à la mondialisation.

    Toutefois, ce constat prend une importance particulière tant l'échéquier politique a été balayé par ces élections. En effet, les deux principaux partis jusqu'alors, le Pasok (Gauche) et la Nouvelle Démocratie (Droite) avaient l'habitude d'atteindre à eux deux 70% des voix (43,9% pour le premier et 33% pour le second en 2009). Cette fois, ils ont atteint respectivement 13% et 18,8% des voix. L'extrême droite et la gauche radicale sont les grands gagnants de ce scrutin.

    D'une extrême droite à l'autre

    En effet, un bilan poussé des résultats fait apparaître un phénomène a priori étrange : la disparition de l'extrême droite de 2009, le Laos au profit d'un autre mouvement d'extrême-droite, l'Aube dorée. Pourtant, ce basculement du vote résulte de la participation du parti Laos à la coalition au pouvoir et à l'acceptation des plans de sauvetage supervisés par la Troika (Banque centrale européenne - Commission européenne - Fonds monétaire international)

    Bien que ces deux partis ont développé de nombreuses propositions semblables, le parti Laos paie son soutien au gouvernement qui a bénéficié pleinement à son vis-à-vis en dépit d'une xénophobie exacerbée et d'un racisme affiché. Comment un parti dont les idées sont en totale contradiction avec les droits de l'Homme de l'Union peut-il autant prospérer ? Deux raisons principales à cela :

    L'absence d'histoire, toute une histoire !

    Tout d'abord, la Grèce figure depuis toujours parmi les pays européens les plus « patriotiques », voire nationalistes. En effet, différents contentieux existent entre la Grèce et ses voisins frontaliers qui témoignent de l'absence de sérénité au niveau interne. Ainsi, la Grèce continue d'entretenir des relations détestables avec la Turquie, notamment à cause de la partition de Chypre en deux. Durant longtemps, la Grèce a cherché à tenir le rythme de la Turquie dans la course à l'armement et possède à ce titre l'un des plus gros budgets militaires en proportion.

    Ensuite, la Grèce refuse toujours que la Macédoine puisse être reconnue au niveau international sous cette appellation, bloquant par ailleurs l'idée d'une adhésion de ce pays. Elle considère que le terme « Macédoine » fait par trop référence à son histoire et refuse qu'un autre pays puisse se prévaloir de ce qu'elle perçoit comme son patrimoine.

    Or, depuis que la crise a frappé la Grèce, la population s'exaspère du traitement consacré à leur pays par une grande partie de la presse internationale, plus particulièrement les journaux allemands. Voir leur pays bafoué, pour ne pas dire parfois humilier (il suffit de repenser aux nombreuses propositions qui ont fleuri, comme la vente de leurs îles) a forcément eu une influence quant au sursaut nationaliste constaté. Le parti ayant le vent en poupe, on ne compte plus ses déclarations sur « la fierté » qu'il entend « rendre aux Grecs ».

    Par ailleurs, de nombreux politologues mettent en lumière l'absence d'instruction au sujet des crimes commis par la Junte des Colonels qui dirigea le pays jusqu'au milieu des années 1970. L'extrême-droite n'exerce donc pas, comme sur une partie de beaucoup d'électorats européens, un repoussoir à cause d'un passé plus ou moins sulfureux, voire dictatorial.

    Pour autant, l'histoire et les relations internationales de la Grèce ne sont pas les seuls facteurs en cause.

    Sans moyens, c'est la fin !

    La où prospère la misère, l'extrémisme prolifère. A en croire certains commentateurs, les Grecs seraient tranquillement au repos, profitant du climat et des milliards d'euros investis par les autres pays de la zone euro pour soutenir la Grèce dans sa lutte contre sa dette et ses déficits. Néanmoins, la réalité est évidemment tout autre. La population souffre des mesures en place. Les coupes massives dans les dépenses publiques, les baisses drastiques des salaires ont conduit une très importante partie de la population dans un dénuement soudain.

    Or, non content d'offrir à la population monts et merveilles, l'extrême-droite assure un service après-vente de la politique qu'elle entend mener. En effet, depuis deux ans désormais, le parti Aube Dorée assiste la police dans la défense de l'ordre public (il suffit de repenser aux violentes manifestations qui ont agité le pays pour comprendre le gain qu'a eu le parti, en collaborant avec la police), met en place des comités d'auto-défense, notamment contre les immigrés et assure une aide aux plus démunis. La fin semble justifier les moyens.

    L'austérité, unique politique, impossible solution

    Pour autant, que faire ? Pour l'heure, seul le parti « Aube Dorée » appelle un abandon de l'euro. La gauche radicale souhaite poursuivre l'euro, mais refuse de collaborer dans une coalition qui accepterait les préconisations et le programme mis en place par la Troika. D'après les derniers sondages, la population grecque reste à une très large majorité attachée à l'euro (76%). Der Spielgel appelle depuis dimanche au départ de la Grèce de la zone euro. C'est, il me semble, le pire des signaux possibles. Ce serait donné crédit aux propos de Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan dans leur charge dans l'euro. Cet euro qui se serait fait « contre les peuples » (sic) abandonnerait un de ses membres au prétexte qu'il traverse une crise.

    Est ce que la politique mise en place actuellement a un sens ? Aucun. Le pays est grevé par une dette qui atteint plus de 120% de son PIB et un déficit de plus de 5% aggravé par la chute de la consommation interne. Il faudrait faire un geste fort : reprendre une bonne partie de sa dette et la mettre pour un temps sur la charge des autres Etats ou opter pour un abandon pur et simple des remboursements afin que la Grèce puisse adopter une réelle politique. La situation actuelle est insoutenable et fait naître de plus en plus parmi les populations des sentiments eurosceptiques. La Grèce a été la premier témoin de cette vague de mécontentement. Combien de pays devront être dans la même situation pour que les politiques se rendent compte de la situation ?


  • Nicolas Sarkozy, futur président du conseil européen ?

    15 mai, par Nessim Znaïen — Opinions, ,

    Que l'on soit partisan ou opposant à Nicolas Sarkozy, chacun regarde, incrédule, depuis dimanche un animal politique, encore relativement jeune, sembler aller vers une tranquille retraite, après avoir tellement occupé (saturé ?) l'espace politique durant de si nombreuses années. On a souvent évoqué un retour vers les affaires ou le métier d'avocat, certains ont supputé un futur come-back en politique. Personne n'a officiellement émis l'hypothèse d'un autre objectif pour l'ancien président : la présidence du conseil européen, en 2015 ou 2017.

    Deux phrases en effet pourraient aller dans le sens de l'hypothèse d'une carrière européenne pour celui qui aura sans doute eu sa meilleure réussite du quinquennat sur des dossiers européens : « Ma place ne pourra plus être la même. Mon engagement dans la vie de mon pays sera désormais différent », et « Je ne serai plus jamais candidat aux mêmes fonctions ». Si l'on part du principe que dans la bouche d'un homme politique, « l'engagement dans la vie du pays » est un engagement politique (à moins qu'il ne s'agisse d'un engagement dans le domaine économique, comme dirigeant d'un grand groupe industriel français), et si l'on comprend que Nicolas Sarkozy est relativement précis sur une éventuelle nouvelle candidature à la présidence de la République, on peut alors se dire que la seule possible carrière politique pour l'ancien président, reste celle de l'échelle européenne, qu'il avait, un temps envisagé pour son ancien ministre des affaires étrangères, Alain Juppé.

    Depuis le traité de Lisbonne, le Conseil européen connaît un président. Le poste, actuellement occupé par Herman Van Rompuy est renouvelé tous les deux ans et demi, par une majorité des deux tiers par les chefs d'État européens. Il l'a été en février 2012 ce qui veut dire qu'il y aura un nouveau président en 2015 et en 2017. Nicolas Sarkozy pourrait y voir un moyen de retrouver un espace médiatique et surtout laver l'affront des élections françaises, pour un homme passionné de politique, dans une fonction pour l'instant relativement honorifique.

    Nicolas Sarkozy présente quelques avantages pour la fonction. Il est encore jeune, jouit d'une certaine notoriété en Europe (93% des Européens le connaissent, selon un sondage du 11 mars 2012), et est apprécié chez certains peuples européens, comme en Grèce. Il a le CV que requiert la fonction et trouverait sans doute de l'intérêt à côtoyer les chefs d'État et se placer au centre du jeu.

    Les obstacles sont néanmoins nombreux pour lui. Le premier s'appelle sans doute François Hollande. On voit mal le nouveau président accepter de se faire voler la vedette du couple franco-allemand, et contredire sur la scène européenne. Nicolas Sarkozy, à la différence d'Herman Van Rompuy, vient peut-être d'un trop grand pays, qui a trop de poids, et est trop connu pour la fonction. Autant de caractéristiques qui n'avaient pas empêché le nom de Tony Blair de circuler avec insistance en 2009, durant la campagne de désignation du premier président du conseil européen. Tony Blair n'a cependant pas été élu, et ce ne sera pas faire injure à Nicolas Sarkozy que dire qu'il n'a pas la réputation de discrétion et de conciliation d'Herman Van Rompuy.

    Nicolas Sarkozy a également montré ces dernières semaines une certaine hostilité à l'égard de certains socles de la construction européenne, comme l'espace Schengen. On peut néanmoins penser que son nationalisme affiché ne sera pas contradictoire avec la présidence d'une institution dont la première qualité n'est pas un fédéralisme à tout crin. Enfin, Nicolas Sarkozy est pour le moment le moins apprécié des grands dirigeants en Europe, puisqu'il jouit de 58% d'opinions défavorables, selon un sondage du 12 mars 2012, et s'il a quelques années pour se refaire une santé dans les sondages, nul doute qu'il aurait des concurrents sérieux en face de lui en 2015 ou en 2017.


  • Nous ne sommes pas la génération « perdue »

    14 mai, par Pascal Malosse — Opinions,

    L'Europe ne répond pas encore à nos aspirations. Bien que le programme Erasmus et les compagnies low-costs aient contribué à l'émergence d'une extraordinaire mobilité, l'Europe demeure pour la très grande majorité des jeunes une courte expérience : Un voyage, de belles rencontres, une romance d'été, quelques cours sur les bancs d'une autre université pendant lesquels nous n'étions pas très sérieux. Les jeunes décrivent souvent cette expérience comme l'une des plus belles de leur vie. Cependant, ils considèrent le « retour à la réalité », le retour à son pays, sa famille, mais surtout au système dont ils sont familiers, comme inévitable.

    Dans ce pays européen voisin dans lequel ils se retrouvent pendant une courte période, personne ne connaît véritablement la valeur de leurs diplômes, ni de leurs qualifications. Les employeurs hésitent à confier des responsabilités à un jeune qui s'exprime avec encore peu d'assurance dans une langue qui n'est pas la sienne. L'administration reste désespérément hermétique malgré la législation européenne protégeant nos droits. Sans soutien financier, sans travail, il semble impossible de rester. L'expérience européenne ne devient alors plus qu'un lointain souvenir, comme un beau rêve qui ne survit que sur les photos des réseaux sociaux.

    Il existe un gouffre entre l'envie de découvrir, de se découvrir en tant que citoyen européen dans un autre pays, et la réalité. Pourtant, quelques aventuriers décident de rester et de faire leur vie dans le pays d'accueil. J'en fais partie et j'en côtoie quelques uns à Berlin et à Varsovie. Malgré les nombreuses difficultés à surmonter, rarement les aventuriers européens regrettent leur choix, car ils ont fini par croiser des Allemands et des Polonais qui leur ont fait confiance, des employeurs qui croient en l'Europe et en la richesse des échanges culturels. Il est donc possible de rester, de s'épanouir en tant que citoyen européen, de trouver un travail où l'on apprend une autre langue, d'œuvrer à son modeste niveau au véritable rapprochement des peuples européens. Dommage que les Institutions européennes et les Etats-Membres soient encore loin de soutenir ces jeunes qui ont décidé de rester et semblent parfois même tout faire pour les renvoyer chez eux.

    Les difficultés de la jeunesse

    99% de la jeunesse européenne vit dans des sociétés qui se côtoient sans échanger, comme les voisins d'un immeuble où l'on ne parle pas. Et pourtant, nous avons des problèmes communs et certainement une identité commune. Les chiffres officiels de la Commission européenne sur le chômage des jeunes en Europe pour 2011 donnent le tournis : Seul un tiers des jeunes sont employés de manière stable. 1 jeune sur 3 n'a pas eu de travail pendant plus d'un an. 1 jeune sur 5 risque de tomber dans la pauvreté et l'exclusion sociale. L'Organisation mondiale du travail nous surnomme « la génération perdue » ou « la génération sacrifiée ». Les solutions proposées par les politiques en manque cruel d'inspiration ne convainquent pas. Selon eux, il s'agirait d'un problème d'orientation et de la rigidité du droit du travail. Les jeunes seraient même responsables de leur propre sort car trop paresseux et trop rêveurs. Depuis le début de la crise économique et financière, beaucoup d'entre nous ont pris conscience que le problème est en réalité structurel et que notre modèle de société est désormais incapable de fournir du travail à tout le monde. Sur les bancs de l'école et de l'université, on nous enseignait que nous avions atteint la fin de l'Histoire, que tout était réglé : la paix dans le monde, la croissance économique infinie, le progrès et les nouvelles technologies qui libèrent l'humanité de tous ses soucis quotidiens. Il nous incombait d'apprendre les règles de ce monde, de les accepter docilement et, par nos efforts, de trouver rapidement notre place.

    Nous sommes la génération de la reconstruction

    Malgré les discours rassurants, quelque chose ne tournait pas rond. Nous détruisions notre environnement à marche forcée. Les écarts de richesse se creusaient à un niveau historique. Le chômage augmentait. Les déséquilibres commerciaux s'intensifiaient. Sans que personne ne le remarque, la finance devenait une ogresse affamée, complètement déconnectée de l'économie réelle. La crise de 2008 a été un formidable détonateur, un message surprise spécialement adressé à la jeunesse européenne : « Non, l'Histoire n'est pas finie. Pour vous, elle ne fait que commencer ». En effet, la génération « perdue » est celle qui aura le devoir de repenser, de reconstruire un monde devenu absurde, gonflé par l'argent virtuel. Indignés, les jeunes aspirent à changer le cadre, à changer les règles, à ne plus être dociles. Et dans la continuation du travail déjà accompli par nos parents, quel meilleur niveau que le niveau européen pour nous réunir et agir ? Grâce aux technologies avec lesquelles notre génération a grandi - internet, les réseaux sociaux, les blogs, la traduction simultanée - jamais nous n'avons été aussi proches les uns des autres, jamais nous n'avions autant échangé nos cultures, nos envies et nos inquiétudes.

    Les Institutions européennes et les Etats-Membres refusent toujours de considérer la jeunesse comme leur bien le plus précieux. Dans leur persistance réside le danger que les jeunes perdent l'envie de découvrir et de construire ensemble. Ce repli sur soi signerait l'échec complet du projet européen et la disparition de l'espoir d'une identité commune. Pouvons-nous encore attendre de nouvelles volontés politiques en notre faveur ? Sans doute que nous n'avons plus ce luxe. Les jeunes devraient se réveiller et commencer tout de suite à penser et à construire une société européenne plus durable, plus équilibrée et plus intégrée. Nous ne sommes pas la génération « perdue », nous sommes celle de la reconstruction.


  • L'Agenda 21 en Pologne : un faux espoir pour l'écologie

    13 mai, par Kat Banaszek — Opinions, ,

    « L'Agenda 21 en Pologne n'a pas été un succès et ceci est en grande partie du de l'Etat » affirme Andrzej Kassenberg de l'Institut pour l'Eco-développement [1], le principal think-tank polonais en développement durable. Au niveau local, certaines collectivités ont cependant pris des initiatives couronnées de succès.

    Gdańsk a été la première ville polonaise à élaborer son agenda 21 local. « Nous avons organisé le Forum de l'Agenda 21 local, qui fonctionnait pendant les années 90, et continue aujourd'hui », explique Jadwiga Kopeć, la directrice du Département de la Protection de l'Environnement de la municipalité de Gdańsk de l'époque, et membre actif du Club écologique polonais, une des plus grandes ONG environnementales en Pologne. Une fois par mois, différents acteurs, dont des représentants des associations écologiques, des syndicats, des établissements d'enseignement supérieur et des commerçants, se réunissaient pour discuter ensemble de thèmes tels que la gestion des déchets, l'aménagement du territoire, les espaces verts ou la protection des prises d'eau de la ville. Les recommandations du forum étaient ensuite présentées à la municipalité. « Ce n'était pas uniquement des vœux pieux. Ces objectifs étaient effectivement réalisés, et chaque année, je préparais des rapports sur leur mise en place », raconte Jadwiga Kopeć.

    Le plan d'action de la ville comprenait des objectifs tels que l'amélioration de la qualité de l'eau potable, la modernisation de la station d'épuration, l'amélioration de l'état des eaux côtières et la diminution de la quantité des métaux lourds dans les égouts. « A l'époque, la grande priorité était d'éliminer les dangers pour l'homme. L'état de l'environnement était très mauvais. Par exemple, les plages urbaines étaient fermées à cause de la pollution bactérienne et chimique. Beaucoup de quartiers n'avaient pas d'égouts. La station d'épuration de la ville ne filtrait les eaux usées que mécaniquement, le reste coulait directement dans la rivière. Les poissons étaient malades à cause de la pollution ! », s'exclame Jadwiga Kopeć. Aujourd'hui, les plages de Gdańsk sont ouvertes au public, pratiquement toutes les habitations ont été branchées au tout à l'égout et la station d'épuration moderne fonctionne depuis quinze ans.

    Un autre objectif de l'Agenda 21 de Gdańsk était l'augmentation de la participation de la société dans la prise de décision dans le domaine de l'environnement. « Le phénomène assez courant est que les habitants protestent contre un projet d'investissement quand il commence déjà à être réalisé, alors qu'à ce moment là il est déjà trop tard. Nous montrons aux habitants, comment ils peuvent s'impliquer dans la planification de l'aménagement du territoire, ce que leur permet la législation, etc. » explique Jadwiga Kopec. Cette idée a été aussi reprise par le Club Ecologique Polonais, qui, en 2010, a initié le projet participatif de l'aménagement de la ceinture côtière urbaine de Gdansk. Un an de travail, passant par la réalisation d'enquêtes auprès des habitants, a montré que ces derniers souhaitent que ces espaces verts restent publics et non pas vendus pour la construction. Ainsi est né le projet du « jardin de la ville », qui est actuellement présenté auprès des différents organismes de la municipalité.

    Un succès mitigé au niveau national

    Si l'Agenda 21 a été mis en œuvre avec succès à Gdańsk, le bilan des agendas 21 locaux est plus mitigé à l'échelle nationale. Seulement 11% des collectivités territoriales l'ont fait. « Après le Sommet de Rio, le sujet était d'actualité, nous étions optimistes. On disait que chaque commune devrait avoir son Agenda 21 », affirme Ewa Podlesińska , activiste du Club écologique polonais. Mais l'idée n'a pas toujours pris, d'autant plus que l'Etat ne l'a pas beaucoup soutenue. Quant à Gdańsk, l'initiative de l'Agenda 21 local est venue d'extérieur. La ville fait partie du Conseil international pour les initiatives écologiques (ICLEI), une association parrainée par l'ONU et chargée d'encourager et soutenir des projets de développement durable au niveau des communes du monde entier. « C'est de cette association que nous avons repris les idées concernant le fonctionnement participatif des prises de décision à Gdansk, pour le nouveau siècle », explique Jadwiga Kopeć.

    « L'Agenda 21 n'a pas eu d'influence majeure en Pologne », reconnaît Andrzej Kassenberg, le président de l'Institut pour l'écodéveloppement, et membre de la délégation polonaise au Sommet de Rio 1992. Ce sommet tombait 3 ans après la « révolution de 1989 » et les premières élections parlementaires totalement libres. Au début des années 1990,le pays, en pleines transitions économique, politique et institutionnelle, était loin d'être une démocratie stable. Les nombreux scandales, le discrédit des élites politiques, le renversement des gouvernements, les Premiers Ministres changeant tous les deux-trois ans, furent des éléments centraux de la scène politique du pays.

    « Le ministre de l'environnement de l'époque, Stefan Kozłowski, a essayé de promouvoir l'Agenda 21, mais, dans un pays en pleine crise économique, ce plan d'action n'a pas fait partie des priorités pour les autorités », explique Andrzej Kassenberg. Ensuite, la Pologne a commencé à préparer son entrée dans l'Union européenne, dont le moteur principal était l'accomplissement de la législation européenne en matière d'environnement. « Nous avons beaucoup agi pour promouvoir l'Agenda 21, mais il s'est avéré que l'idée du développement durable ne s'est pas révélé prioritaire lors des préparatifs à l'entrée dans l'UE », explique t-il.

    Un discours optimiste pour l'avenir

    Pourtant, le discours officiel est optimiste. « En Pologne, à partir des changements socio-économiques post 1989, la politique du développement durable est présente entre autres dans les documents stratégiques nationaux et elle a joué un rôle clé dans la formation du système actuel de protection de l'environnement », affirme le Ministre de l'environnement Marcin Korolec. L'Etat parle beaucoup de politique environnementale, notamment pendant sa présidence de l'UE l'an dernier et dans le contexte des préparations au sommet Rio+20. Le développement durable figure même dans la Constitution, mais, selon Andrzej Kassenberg, a peu d'application pratique. « Nous avons des tas de plans d'action. Mais ces documents ne sont pas mis en œuvre, il n'y a pas de suivi, et on n'en tire pas de conclusions. Malheureusement, c'est juste l'art pour l'art ».

    Certes, depuis 20 ans, la Pologne a fait des progrès considérables dans le domaine de la protection de l'environnement. Au niveau politique, il y a eu plusieurs réformes du droit de l'environnement, la mise en place de mécanismes de financement des initiatives environnementales, la décentralisation du pouvoir responsabilisant les autorités locales. Au niveau économique, les emplois verts ont émergé à travers l'agro-tourisme (9 000 fermes), l'agriculture biologique (12 000 fermes) et les énergies renouvelables (9% d'énergie totale), l'émission des polluants et de gaz à effet de serre ont baissé. De nouvelles aires protégées ont été créées. Mais, selon Andrzej Kassenberg, une grande partie de ces progrès ne découle pas de l'action consciente de l'Etat.

    Malheureusement, depuis la chute du communisme, le pays a développé le modèle de consommation similaire à celui de l'Europe occidentale. Pour la plupart des Polonais, se souvenant toujours de la misère et la pénurie des produits de première nécessité à l'époque du communisme, le libre marché et la société de consommation sont synonymes de progrès. « Dans un passé pittoresque de République Populaire de Pologne, nous nous ravissions de chaque joli emballage », raconte Jadwiga Kopeć. « Nous étions en quelque sorte une société de consommation gelée », explique Andrzej Kassenberg. Entre la chute du communisme et l'intégration européenne, la Pologne n'a pas su profiter de l'opportunité de mener une transformation pro-écologique que lui donnait son ‘'retard''. Au XXIème siècle, elle devra probablement effectuer une telle transformation, mais cette fois à des coûts beaucoup plus élevés.


    L'Institut pour l'Ecodéveloppement , créé en 1991, est le plus grand think-tank polonais spécialisé en développement durable. Cette fondation non gouvernementale est ente autres financée par le Fonds National de Protection de l'environnement, les fonds européens, la Fondation Oak et la Fondation européenne pour le climat.


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