Les Jeunes Européens France
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  • L’Union européenne, un acteur moteur pour le bio ? (3)

    29 juillet, par Sarah Vanseveren — Environnement & Energie, , ,

    L'Union européenne s'est depuis quelques années déjà, saisie du thème de l'agriculture biologique. Le premier règlement sur le sujet a été produit en 1991. Il s'agissait alors d'introduire des normes minimales quant aux produits biologiques européens, afin que le commerce intra-européen garantisse aux consommateurs une égale qualité. Les Etats membres étaient libres d'instaurer des normes plus contraignantes. De nombreuses législations ont vu le jour par la suite. La politique générale de l'Union européenne s'adapte également aux changements induits par la croissance du bio.

    L'évolution de la PAC

    Le premier volet qu'elle a dû adapter aux réalités agricoles, est très certainement la Politique Agricole Commune. La PAC, créée à l'origine pour moderniser le secteur agricole et assurer l'autosuffisance de l'Europe, est composée de deux piliers, le premier se réfère à une organisation commune de marché unique, le second aux politiques de développement rural. C'est dans le cadre de ce dernier pilier que se situe l'agriculture biologique, puisque le règlement produit en 2013 établit : « Durant la nouvelle période de programmation, les États membres devront dépenser au moins 30 % des fonds de développement rural qu'ils reçoivent du budget de l'Union à certaines mesures relatives à l'agriculture biologique » (règlement UE NO 1305/2013). La PAC 2014-2020 instaure le retour des aides à la conversion au bio au sein de la PAC, ce qui encourage par conséquent les agriculteurs à sauter le pas et à se lancer dans la production biologique.

    Europe 2020 : une politique affichée ambitieuse

    L'agriculture biologique représente donc bel et bien un axe majeur et stratégique de l'Union européenne. La Commission européenne dans une communication au Conseil et au Parlement de mars 2014 au sujet de l'avenir de la production biologique dispose que « le présent plan d'action [1] propose également une contribution à la réalisation des objectifs fixés par la stratégie Europe 2020 et la nouvelle politique agricole commune. La protection de l'environnement étant un objectif fondamental de la production biologique, le plan d'action contribue également à la réalisation des objectifs du 7e programme d'action pour l'environnement à l'horizon 2020 ».

    Le marché bio ne cesse d'augmenter, ne montrant même aucun signe de ralentissement, malgré les difficultés économiques de ces dernières années. C'est un marché certainement porteur pour l'avenir, auquel il convient donc de s'y intéresser. Le programme Europe 2020 souhaite donner la priorité à une croissance équitable, et au développement durable. Cela passe notamment par une agriculture respectueuse de l'environnement, et la préservation des écosystèmes. L'Union européenne impulse clairement une politique en faveur de l'agriculture biologique. Au-delà de son engagement par les politiques communautaires, elle défend plus globalement encore cette conception.

    COP21 : des engagements dans la continuité de la politique communautaire

    La COP21, qui aura lieu en décembre prochain est l'occasion rêvée pour l'Union européenne de défendre sa vision d'une agriculture respectueuse de l'environnement. Ce sommet international de négociations sur le climat, qui se déroulera à Paris, est l'occasion de promouvoir l'agriculture biologique. En effet, les objectifs de réduction de gaz à effets de serre brandis par l'Union européenne nécessitent des efforts, aussi bien au niveau de la production industrielle, que de la production agricole. L'agriculture biologique peut bien être envisagée comme un moyen de répondre aux défis climatiques futurs, tout en inventant les modes d'alimentation de demain, moins gourmand en carbone et en produits néfastes pour la santé et la biodiversité.


    [1] cf. la proposition de règlement sur laquelle nous reviendrons.

    Notre série d'été s'intéresse à un sujet assez méconnu, en tout cas, assez peu évoqué en France : le bio. Si celui-ci fait parfois office d'un effet de mode, la tendance générale est bien plus importante qu'il n'y paraît. De la réglementation européenne aux habitudes alimentaires, en passant par les défis environnementaux, nous allons évoquer le bio sous toutes ses formes, et essayer d'appréhender ses enjeux.


  • L’Eurocorps, un outil au service d’une défense européenne commune ?

    27 juillet, par Lola Gendron — Actualités, ,

    En février dernier, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne a déclaré qu'il est nécessaire que l'Union européenne se dote d'une armée propre pour faire face aux menaces sécuritaires actuelles à l'Est et au Sud du continent. Dans cette perspective, le corps européen, dont l'état major est basé à Strasbourg, peut-il constituer cet « embryon » d'armée commune, instrument potentiel d'une défense intégrée ?

    Une histoire récente

    Si le Corps Européen est né en 1992 à la suite de la signature du rapport de La Rochelle par Helmut Kohl et François Mitterrand, il est déclaré opérationnel seulement en 1995, soit trois ans après la mise en place de la PESC [1] par le traité de Maastricht. Il s'implique dès la fin des années 1990 dans des missions variées. La SFOR [2] en Bosnie, mission de maintien de la paix peut par exemple être citée. Par la suite, celui-ci assure en 2004 le commandement de la mission ISAF [3] VI en Afghanistan et pour l'année 2015, s'implique pour une part dans la mission d'entraînement et de formation de l'armée malienne EUTM [4] Mali.

    L'Eurocorps constitue donc un outil utilisable relativement neuf de la PSDC [5] née en 2009 avec le traité de Lisbonne. Cependant, il reste complexe à différents niveaux.

    Une organisation au fonctionnement complexe ?

    Le Corps Européen, qui a la capacité théorique de commander une force terrestre d'environ 60 000 hommes, possède une structure difficile a saisir pour les civils « non-initiés » notamment du fait qu'ils répondent a des usuels militaires précis dans son organisation.

    De plus, l'Eurocorps est un état-major multinational regroupant les contingents de 5 nations dites « cadres » : France, Allemagne, Belgique, Luxembourg, Espagne auxquelles sont associées 4 pays : Grèce, Pologne, Italie et Turquie. La prise de décisions ne se réalise donc qu'à travers une coopération intergouvernementale. Celle-ci restreint la possibilité de prendre des décisions rapidement et efficacement. Il faut donc finalement se demander si l'Eurocorps peut réellement constituer un instrument pertinent d'approfondissement de la PSDC.

    Un État-major multinational

    Le Corps européen a été employé jusqu'à maintenant dans le cadre de l'OTAN que ce soit pour ses missions en Bosnie, au Kosovo, au large de la Somalie pour lutter contre la piraterie ou encore en Afghanistan, limitant ainsi son action en tant qu'acteur propre de l'Union européenne sur la scène internationale. Cependant, L'Eurocorps a validé un nouveau concept d'emploi l'année dernière qui lui permet de s'adapter aux aspirations militaires modestes de l'Union européenne. Même si une réorientation est en cours, le fonctionnement intergouvernemental du Corps européen, problème global de l'Europe de la défense, est pour le moment un obstacle sur le chemin vers plus d'intégration et l'émergence d'une véritable défense européenne commune.


    [1] Politique Etrangère et de Sécurité Commune visant à terme l'établissement d'une politique extérieure et de défense commune européenne.

    [2] Nato-led stablisation force.

    [3] International Security Assistance Force.

    [4] European Union Training Mission.

    [5] Politique de Sécurité et de Défense Commune approfondissant la PESC et visant à terme l'établissement d'une défense commune européenne.


  • A Carhaix, les vieilles charrues et les jeunes bœufs avancent sur la même ligne

    25 juillet, par Geoffrey Lopes — Culture & Histoire,

    Cet été, la rédaction du Taurillon vous propose un tour d'Europe des grands festivals musicaux européens. Cette semaine, retour sur la 24e édition des Vieilles Charrues de Carhaix-Plouguer où la musique y a brillé de tous ses éclats. Devant près de 250 000 festivaliers en délire, le plus grand festival de France a su conjuguer la folie furieuse de stars avec de savoureuses découvertes.

    Au beau milieu des champs finistériens, du 16 au 19 juillet, soixante concerts ont transformé la prairie de Kerampuilh en un gigantesque laboratoire musical. Autour de quatre scènes (la grande Glenmor, les intermédiaires Kerouac et Grall et la petite Gwernig), la programmation éclectique a offert aux spectateurs une pluie de notes que les différents genres ont agrémentée. Calogero a incarné la variété française, Archive le pop rock, Soprano le Rap et David Guetta a conclu le show dans un exubérant feu d'artifice électro.

    C'est Muse, fameux groupe britannique originaire du Devon, qui a allumé la mèche. Présent pour la première fois à Carhaix en 2000 alors qu'ils étaient inconnus, les trois musiciens ont présenté Drone, leur 7e album, devant 65 000 fans déchaînés. Pour sa quatrième participation, le groupe a électrisé la foule en alternant des tubes et d'anciens morceaux repris en chœur avant d'envoyer au public en symbiose des milliers de serpentins colorés.

    Si cette grosse tête d'affiche a pris beaucoup de place, elle n'en a pas pour autant éclipsés d'autres pépites. A l'instar de Caravan Palace, le lendemain, qui sur un air de « Joli coquine » a fait danser des festivaliers survoltés sur un étonnant alliage de jazz manouche et d'électro. Plus tard, l'artiste féminine de l'année, l'érudite sortie tout droit de l'ENS Christine & the Queens, ne s'est pas tenue debout et a fini par commencer son concert par la fin devant un public conquis. La chaudes voix du séducteur septuagénaire Tom Jones a ensuite discrètement loué à la foule les mérites de sa bombe sexuelle. Le groupe the Do a enfin raconté ses craintes et posé ses questions dans de voluptueuses mélodies.

    Au gré des rencontres humaines, toutes les générations ont joyeusement déambulé entre les spectacles en y trouvant son compte. Chacun a ainsi pu percevoir la jolie voix de George Ezra clamer son amour pour Budapest, les curieuses sonorités de Brigitte, les textes engagés d'Oxmo Puccino, les envolées lyriques de Lionel Richie ou encore les balades bavardes du Canadien Pierre Lapointe.

    Si les stars trustent le pavé de Carhaix, les artistes méconnus ne sont pas oubliés pour autant. Plus loin, sous un petit chapiteau, de jeunes charrues bretonnes se sont fait les dents sur un public curieux mais non moins averti. En hommage à la Bretagne, la soirée de samedi a même été consacrée au fest Noz local. La charrue des secrets musicaux aura décidément délivré cette année un formidable fourmillement de ses facettes.

    Et les artistes en redemandent. « Le public des Vieilles charrues est le meilleur que j'ai jamais eu », a déclaré le guitariste du groupe irlandais the Strypes. Bien que fêtards et parfois fortement alcoolisés, les festivaliers restent respectueux, attentifs et surtout de véritables mélomanes maîtrisant tout les archétypes de la musique. Et cette année, pour la première fois à grande échelle en France, les spectateurs étaient priés de garder leurs pièces et billets au placard. Le festival a en effet décidé de dématérialiser les achats via le portefeuille virtuel « Moneiz » à recharger à l'entrée du site.

    Comme le déplorerait si bien Muse, « The time is running out ». Les festivaliers n'ont pas vu passer ces quatre jours qualifiés de « Merveilleux » par Jean-Luc Martin. Le président des vieilles charrues nous promet une 25e édition dors et déjà sensationnelle. Les noms des Rolling Stones, de Paul McCartney ou de Daft Punk résonnent à travers champs. By Starlight, en somme !


  • Dépasser l’Union européenne : le nécessaire choc démocratique

    24 juillet, par Valéry-Xavier Lentz — Opinions, , ,

    #NoGrexit, #YesFederation, proclamaient sur Twitter les militants JEF et UEF au cours du weekend du 11-12 juillet où l'Eurogroupe négociait à Bruxelles dans la perspective d'un 3e plan d'aide à la Grèce. Le spectre d'une expulsion de facto de l'euro de ce pays, qu'ont osé évoquer des irresponsables, semble à présent écarté. Mais l'évolution de la gouvernance de l'Eurozone et de l'Union vers la démocratie reste un chantier à ouvrir d'urgence.

    La gestion de la crise grecque par les représentants des gouvernements des États-membres est indéfendable par toute personne sérieuse. C'est pourtant sans état d'âme que les communiqués satisfaits des acteurs de cet épisode ou de leurs affidés se sont multipliés lundi 13 juillet. « Bon accord, permet sortie impasse et maintien #Grèce zone euro : compromis très exigeant mais viable » nous dit — au hasard — Pierre Moscovici sur Twitter. Mais rares sont les remises en cause profondes de la « gouvernance » de l'Eurozone.

    Il est pourtant à l'évidence essentiel aujourd'hui de la repenser complètement et plus généralement, cette Union européenne intergouvernementale post-démocratique. La confiscation du pouvoir politique européen par un praesidium de représentants des intérêts des élites politiques nationales doit cesser. Ils n'ont pas été élus pour exercer un pouvoir européen. Ils se satisfont de compromis a minima, dont l'objectif n'est pas de satisfaire l'intérêt général des citoyens européens, mais de préserver leur base de pouvoir sans jamais la remettre en cause.

    On a affirmé que l'Europe dite « communautaire » constituait un modèle politique original, innovant, sui generis, qu'il conviendrait de préserver un juste équilibre entre une Europe des nations que l'on admet devoir dépasser et l'utopie dangereuse ou farfelue de fédéralistes qui oublieraient que les peuples ne seraient « pas prêts ». Au mieux évoque-t-on pour un avenir lointain la perspective d'une « fédération d'États-nations », oxymore dont la vocation est avant tout de préserver ce fameux État-nation, c'est-à-dire les privilèges des élites politiques dominantes en Europe.

    L'imposture de cette approche éclate aujourd'hui au grand jour

    La déclaration Monnet-Schuman du 9 mai 1950 traçait ouvertement la perspective d'une fédération européenne, c'est-à-dire d'une union qui serait non seulement une union d'États, mais aussi une union de citoyens, une communauté politique nouvelle. Les gouvernements successifs, pourtant tous soi-disant « pro-européens », s'en sont éloignés. Pourtant, l'Union européenne comporte des éléments de fédéralisme : une initiative autonome des gouvernements nationaux, des lois communes, une cour suprême, un Parlement et une monnaie.

    Tout ce qui fonctionne dans la construction européenne est ce qui est basé sur un modèle fédéral. Mais ces progrès ont été systématiquement accompagnés par les gouvernements nationaux auteurs des traités d'un renforcement parallèle de mécanismes intergouvernementaux.

    Cette approche, basée sur la logique diplomatique, mène au règne la connivence entre pairs, aux marchandages derrière des portes closes, à des prises de décision en amont où les assemblées d'élus sont mises devant le fait accompli. Ces mécanismes bafouent les principes démocratiques.

    Fondé sur la confrontation de représentants dont la légitimité est uniquement nationale, l'intergouvernementalisme exacerbe jusqu'à la caricature les désaccords. Les raccourcis médiatiques qui assimilent un dirigeant à un État et un État à un peuple transforment bien vite une divergence en conflit symbolique entre « nations ».

    Les absurdes sommets de la dernière chance à répétition, les conférences de presse simultanées où chacun tente d'imposer à « ses médias » son récit des événements sont non seulement inefficaces et a-démocratiques, ils sont aussi ridicules et dangereux.

    Le contraste est frappant avec le processus habituel de production des lois européennes qui relève en revanche, avec ses consultations et ses travaux parlementaires, d'une formule démocratique exemplaire à laquelle il ne manque que la visibilité qu'apporterait une couverture médiatique adaptée.

    Ceux qui défendent plus ou moins ouvertement un tel statu quo oeuvrent pour les partisans du recul et portent une responsabilité immense. Laisser croire, qu'entre le nationalisme des Le Pen et l'Europe post-démocratique des Hollande-Merkel, il n'y a pas d'alternative, c'est mener le continent vers de nouveaux drames. Les « eurosceptiques » proclamés ne sont pas les plus dangereux adversaires du projet européen : ce sont les européistes officiels qui refusent les évolutions radicales nécessaires qui tuent l'Europe aux yeux de ses citoyens.

    Nous entendons à nouveau des souhaits de la part des nos dirigeants de voir l'Europe évoluer. Le 14 juillet, le président de la République française annonçait souhaiter un Parlement de la zone euro, l'une des demandes des organisations fédéralistes. Naturellement le risque est grand de voir ces voeux sombrer dans l'oubli dès le bruit médiatique autour des événements dissipé.

    Les Européens sont désormais prêts à une rupture : la croyance dans l'Europe des gouvernements disparaît, mais l'espoir d'une autre Europe subsiste. Il reste à la concrétiser.

    Cet objectif est à portée de main à condition de se mobiliser en sa faveur et de ne pas se contenter naïvement du bon vouloir de nos dirigeants politiques nationaux. Cette rupture indispensable implique d'oeuvrer, aujourd'hui, à l'instauration d'une République fédérale européenne, c'est-à-dire d'une Europe démocratique en parallèle des démocraties nationales. Le seul engagement européen sincère est celui-ci.


  • Une alimentation alternative et engagée à l’origine du succès du bio ? (2)

    22 juillet, par Sarah Vanseveren — Environnement & Energie, , , ,

    Que les individus soient sensibles aux enjeux planétaires, environnementaux et sanitaires, ou simplement engagés politiquement, de plus en plus, ils font le choix d'une alimentation alternative. Le bio en représente une composante essentielle. Les comportements « déviants » sont de plus en plus courants. Le développement de ces types d'alimentation alternative accompagne la croissance des produits bio sur le marché.

    Le refus de l'hyper industrialisation ?

    L'agriculture industrielle utilise à foison pétrole et produits chimiques pour nourrir la terre. Les conséquences environnementales et sanitaires désastreuses sont connues. Un produit est bio grâce à son mode de production, qui se veut respectueux de l'environnement. Il s'oppose clairement à l'agriculture industrielle, raison pour laquelle les consommateurs se tournent vers le bio. Manger bio et sainement va même au-delà, c'est de plus en plus apparenté à un mode de vie. On mange bio, on se maquille bio et on s'habille bio. Et c'est un geste qui s'apparente à un certain refus de consommer ce qui est issu de l'agriculture conventionnelle, considérée comme moins bonne pour la santé et pour l'environnement.

    Du consommateur au consomm'acteur

    Manger bio permet-il cependant vraiment de manger plus sainement ? C'est ce que semble croire les adeptes d'une telle alimentation, qui dans la continuité du refus de l'hyper industrialisation se tournent vers un mode de vie sain, naturel. Les raisons sont diverses et variées : participer à la protection de l'environnement, mais aussi contrôler davantage les substances nocives qui pourraient se retrouver dans nos assiettes.

    Le bio n'est pas la seule alimentation alternative qui se développe, dans un souci d'engagement politique, à la fois environnemental et dénonçant clairement les modes de production contemporains. Les tendances vegan, végétariennes ou encore le flexitarisme, autant de mots qui désignent une volonté pour certains de s'alimenter de façon différente, dite saine, et d'éviter l'agriculture conventionnelle. Le refus de l'alimentation classique permet le développement de comportements alimentaires nouveaux, et notamment la consommation de produits bio.

    L'Agence Bio a établi que les Français consomment de plus en plus bio. 9 Français sur 10 consomment occasionnellement des produits bio, et 6 sur 10 régulièrement (au moins une fois par mois). La nouvelle tendance consiste également à se tourner vers les circuits locaux. Ces derniers ne sont pas toujours certifiés bio, les démarches étant lourdes à assumer pour de petites productions, mais le sont pourtant. Les paniers locaux, les circuits de distribution courts fleurissent un peu partout en France.

    Les critiques : les scandales alimentaires liés au bio

    Le bio se caractérise dès le départ par un refus de l'agriculture conventionnelle et de ses dérives hyper productivistes. Cependant le bio n'est désormais plus un marché de niche, et de nombreuses dérives ont eu lieu. La multiplication des labels n'assurent en rien la clarté et la qualité des produits. Les conditions d'obtention des labels, qui ne disposent pas forcément tous du même degré d'exigence au niveau européen, ne garantissent pas des produits véritablement bio. Alors que la production biologique inclut normalement le respect de la vie animale, nous pouvons évoquer notamment en Allemagne une vente d'œufs sous appellation bio, alors que les producteurs ne respectaient pas le seuil minimum de poules par mètre carré. Le problème dans la production bio concerne également l'alimentation animale, qui n'est pas forcément contrôlée, et peut contaminer un élevage biologique. Ainsi, un scandale à la dioxine a eu lieu en Allemagne entre 2009 et 2010. Du maïs contaminé en provenance d'Ukraine a servi à nourrir un élevage de poules bio, provoquant un scandale alimentaire dans un secteur qui se veut alternatif et étranger à ce type de dérive.

    Ainsi le bio ne peut pas non plus être perçu uniquement comme un signe de refus de l'hyper industrialisation. Les mêmes dérives que l'agriculture productiviste guette la filière. D'où l'importance d'encadrer ce qui peut apparaître comme le défi de l'agriculture de demain, tant sa croissance est importante. D'autant plus qu'elle s'accompagne de la prise de conscience des consommateurs des bienfaits d'une nourriture plus saine. Assez paradoxalement, le succès du bio a entraîné une industrialisation, qui face à ses conséquences néfastes, se positionne à contre-courant de l'origine de l'idéologie du bio. C'est pourquoi l'Union européenne cherche à mieux encadrer ce marché, en imposant des normes plus strictes pour l'attribution des labels bio européens, et en harmonisant les normes pour tous les pays européens.

    Notre série d'été s'intéresse à un sujet assez méconnu, en tout cas, assez peu évoqué en France : le bio. Si celui-ci fait parfois office d'un effet de mode, la tendance générale est bien plus importante qu'il n'y paraît. De la réglementation européenne aux habitudes alimentaires, en passant par les défis environnementaux, nous allons évoquer le bio sous toutes ses formes, et essayer d'appréhender ses enjeux.



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