Les Jeunes Européens France
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  • Lettre ouverte à Jean-Claude Juncker concernant la désignation de M Tibor Navracsics en qualité de Commissaire européen pour l’Education, la Jeunesse, la Culture et la Citoyenneté

    1er octobre, par CNAJEP, Les Jeunes Européens - France — Les prises de position des Jeunes Européens-France, , ,

    Les Jeunes Européens - France s'associent au CNAJEP pour manifester leur indignation après l'annonce de la nomination de Tibor Navracsics au poste de commissaire à l'Éducation, la Jeunesse, la Culture et la Citoyenneté. Nous adressons notre appel à M. Juncker et aux membres du Parlement européen.

    Monsieur Juncker,

    Lors de la présentation de votre Collège de Commissaire et de l'attribution des portefeuilles, vous avez annoncé la nomination de M. Tibor Navracsics au poste de Commissaire pour l'Éducation, la Jeunesse, la Culture et la Citoyenneté. Les signataires de cette lettre ouverte, représentant des réseaux et des organisations de la société civile qui ont porté l'Année Européenne des Citoyens, considèrent cette nomination comme inacceptable.

    M. Navracsics a été un acteur des politiques publiques attentatoires aux valeurs du projet et des Traités européens mises en œuvre par les gouvernements hongrois dirigés par M. Orban, politiques critiquées par la Commission tant pour la réforme de la Constitution de 2013 que pour les réformes touchant la liberté des médias de 2011. C'est pourquoi, au nom des principes démocratiques qui sont à la base de l'UE, nous considérons cette nomination comme mettant en danger les relations entre la Commission européenne et les organisations de la société civile.

    Au moment où le gouvernement hongrois cherche maintenant à intimider des associations qui ne partagent pas ses opinions en envoyant la police dans leurs locaux, votre proposition de nomination est un message surprenant et inquiétant qui va à l'encontre des valeurs que proclame le projet européen et des aspirations que vous avez exprimées lors de la présentation de vos orientations pour la nouvelle Commission européenne présentées au Parlement européen en juin dernier.

    Pour nous, les secteurs de l'Éducation, de la Culture, de la Jeunesse et de la Citoyenneté doivent avant tout incarner les valeurs humanistes du projet européen, valeurs d'une société ouverte et inclusive pour tous. Reculer sur la mise en œuvre de ces valeurs après avoir placé l'économie devant le social, enverrait aux citoyens un signal destructeur pour l'avenir de l'Europe. Vous comprendrez alors, Monsieur le Président, que nous n'avons pas d'autre choix que d'appeler le Parlement à rejeter votre proposition de nomination de M. Navracsics.

    Convaincus que l'application ferme de l'article 11 du Traité Européen peut contribuer à rétablir la confiance des citoyens envers les institutions européennes, nous souhaitons également vous faire part d'une autre préoccupation essentielle. Conformément aux recommandations que l'Alliance pour l'Année Européenne des Citoyens [1] (EYCA) a formulées, nous demandons que la citoyenneté et le dialogue civil soit rattachés à la responsabilité d'un Vice-président de la Commission européenne.

    Ce pourrait logiquement être le Vice-Président en charge d'une « Meilleure Régulation, des Relations Interinstitutionnelles, du respect de l'Etat de Droit et de la Charte des Droits Fondamentaux ». Le dialogue civil ainsi positionné pourrait, au même titre que le dialogue social, devenir un outil essentiel renforçant la légitimité démocratique du projet européen.

    Avec le souci de la légitimité et de l'efficacité du dialogue entre les institutions européennes et la société civile dans toutes ses formes d'organisation et d'expression, pour faire vivre les valeurs proclamées du projet européen, veuillez agréer, Monsieur le Président, nos plus respectueuses salutations.


    [1] L'Alliance pour l'Année européenne des citoyens (EYCA) regroupe 62 plateformes et réseaux associatifs européens qui rassemblent plus de 4 500 organisations dans 50 pays pour travailler ensemble dans le cadre de l'Année européenne des citoyens : http://ey2013-alliance.eu/. Les recommandations Il s'agit de Nous, il s'agit d'Europe. Pour une Citoyenneté Démocratique Européenne comptent parmi les principaux succès de cette grande mobilisation collective et elles sont disponible en téléchargement ici : http://ey2013-alliance.eu/wp-content/uploads/2013/11/web_EYCA-Report_FR.pdf


  • Concilier sport et développement durable

    30 septembre, par Colin Miège, Sylvain Landa — Environnement, , ,

    Historiquement construits autour du seul sport de compétition, les systèmes d'organisation du sport évoluent. Aux nouvelles aspirations des pratiquants répondent des offres sportives variées, faisant la part belle au développement personnel, au bien-être et à la redécouverte de la nature. Des aspirations que renforcent certaines tendances d'évolution de nos sociétés, actuelles et prévisibles, qui redessinent le paysage sportif.

    Nos systèmes d'organisation du sport se sont construits sur un modèle historique dominant, celui du sport de compétition. Dans les sociétés agonistiques de la fin du XIXème siècle et de la première moitié du XXème siècle, ce type de modèle était largement adapté aux enjeux des Etats. Il répond encore aujourd'hui à une partie des aspirations sociétales, principalement celles de la performance et du dépassement de soi. Force est cependant d'admettre que les grandes tendances d'évolution de nos sociétés - actuelles et prévisibles - nous poussent à imaginer des modes d'organisation et de développement du sport plus ouverts et plus diversifiés.

    « Des formes de pratique moins élitistes, plus ludiques, conviviales et libres »

    En premier lieu, l'inactivité physique et la baisse constante de la dépense énergétique individuelle qui caractérisent nos sociétés postindustrielles ultra-informatisées ont atteint un niveau inégalé à ce jour. L'omniprésence des écrans - télévision, internet, ordinateurs et autres mobiles - nous permet d'être connectés au reste du monde, mais nous oblige à conserver une position statique durant la majeure partie de nos journées. Le déficit de dépense physique qui en résulte pose depuis déjà bien des années un problème collectif de santé, les préconisation de l'Organisation Mondiale de la Santé quant à une activité physique quotidienne minimale n'étant guère respectées [1]. Il est devenu impératif en particulier de redonner le goût de la dépense physique à des jeunes générations dont l'attention est accaparée trop exclusivement par les écrans, pour leur épargner ensuite tous les déboires de santé bien identifiés qui découlent d'une activité physique insuffisante. Mais l'offre sportive proposée aux jeunes ne peut plus être conçue principalement sous la forme d'un entraînement plus ou moins exigeant à la compétition, même si le goût de l'exploit et du dépassement de ses limites reste répandu parmi eux. Des formes de pratique sportive moins élitistes, plus ludiques, conviviales et libres doivent être conçues à leur profit. Pour rendre la pratique sportive plus attractive, notamment pour les plus jeunes, le secteur sportif doit rester plus que jamais un champ ouvert à l'innovation technologique. Certains sports font depuis des années appel aux technologies de pointe, notamment en ce qui concerne les matériaux (tels la voile, le cyclisme, ou encore la Formule 1). Mais dans le monde hyper-connecté de demain, le matériel sportif individuel comme les vêtements intégreront davantage de technologie et nous relieront à divers programmes, ce qui modifiera nécessairement notre manière de pratiquer le sport au quotidien, que ce soit dans une approche de santé, de loisir ou d'évolution en milieu naturel [2].

    « Remédier aux inégalités, dans un souci de santé publique »

    Le vieillissement de la population européenne nous oblige également à adapter l'offre d'activités et de loisirs physiques à une fraction croissante de nos concitoyens, en tenant compte de leur degré d'autonomie, de leur niveau de forme physique et de leurs besoins spécifiques, souvent très éloignés de la compétition. C'est un garant essentiel de préservation de la santé, de bien-être et de sociabilité.

    D'une manière générale, le défi posé aux décideurs publics consiste plus que jamais à favoriser la pratique physique et sportive du plus grand nombre. Il s'agit, dans une optique de santé publique et de bien-être, de remédier aux inégalités en s'adressant prioritairement aux personnes les plus éloignées de toute pratique. Cette démarche volontariste, fondée sur la reconnaissance d'une forme de droit au sport pour chacun, implique d'identifier d'abord les freins d'ordre psychologique, social, physique ou financier qui sont à l'origine de la non pratique. Elle suppose ensuite l'élaboration de politiques publiques complexes, associant une grande diversité de partenaires, à l'instar de l'action "sport sur ordonnance" mise en place en France par la ville de Strasbourg [3].

    « Repenser la conception des équipements sportifs et des aménagements urbains »

    La conception des équipements sportifs doit aussi être repensée dans le sens d'une ouverture à des publics beaucoup plus divers que les seuls compétiteurs, et leur accessibilité accrue. Les aménagements urbains doivent faire une place encore plus large aux déplacements sécurisés sur un mode doux - vélo et marche à pied en particulier - , comme l'ont déjà compris de nombreuses municipalités sous toutes les latitudes en Europe, de façon à favoriser la dépense physique quotidienne tout en diminuant les émissions de gaz à effet de serre. Ainsi en France, la ville de Biarritz a mis en place des parcours de santé innovants, les « Chemins de la forme », qui permettent de combiner le libre accès à des équipements urbains et la découverte du patrimoine local, tout en faisant appel aux nouvelles technologies de communication, avec pour effet de renforcer la motivation des participants et de toucher un public élargi [4]. De même, le concept déjà éprouvé des "Parkours" urbains devrait pouvoir se décliner sur un mode accessible à tous.

    De fait, une part croissante de la population vit en milieu urbanisé, ou dans des zones péri-urbaines plus ou moins denses. Cette évolution de fond explique l'engouement que connaissent les sports de nature sous toutes les formes, dont la pratique procure un véritable ressourcement physique et mental, en permettant aux pratiquants de s'immerger dans un environnement naturel qui leur fait défaut au quotidien. Les fabricants de matériel ou les professionnels du tourisme ne sauraient être les seuls à promouvoir ces sports, et les pouvoirs publics doivent accompagner davantage et parfois encadrer les pratiques de plein air, non dénuées de risques pour les pratiquants ou pour l'environnement, afin que le plus grand nombre puisse en profiter tout en réduisant aux mieux les incidences négatives. A cet égard, on note avec satisfaction qu'un réseau européen se structure et qu'une Charte a été adoptée, sur la base d'un socle commun de principes partagés et de bonnes pratiques à promouvoir [5].

    Chacun admettra enfin que l'impératif environnemental doit plus que jamais être pris en compte dans la conception des politiques sportives en Europe, dans une perspective de développement durable. Cela s'applique bien entendu aux pratiques des sports de pleine nature, qui doivent respecter l'environnement dans lequel elles prennent place, ce qui suppose une sensibilisation voire une éducation des pratiquants sans cesse à poursuivre. Les exigences inhérentes à la transition énergétique s'appliquent aussi aux grands évènements et rassemblements sportifs, qui doivent désormais être organisés selon des procédures strictes, inspirées notamment des lignes directrices de la Global reporting initiative (GRI) pour le développement durable élaborées sous l'égide de l'ONU et mises en œuvre lors des JO de Londres en 2012.

    « Des exigences qui impliquent l'engagement de l'ensemble des acteurs »

    La conciliation de ces diverses exigences, les politiques d'ouverture à des publics éloignés de toute pratique physique ou sportive ne peuvent incomber au seul mouvement sportif, dont le fonctionnement repose largement sur l'engagement bénévole. La mobilisation des pouvoirs publics au sens large et des partenaires privés susceptibles d'être associés à ces grandes causes semble indispensable pour y parvenir. Chaque Etat membre, selon les modes d'organisation et les facteurs culturels qui lui sont propres, doit pouvoir intégrer dans sa politique ces orientations pour un sport plus innovant, plus ouvert et accessible au plus grand nombre. L'initiative locale, au plus près des citoyens, a également un rôle essentiel à jouer dans la mise au point de formules innovantes. Mais on ne saurait également méconnaître le rôle de coordination, de soutien et de complément qui incombe à l'Union européenne, en vertu notamment de l'article 165 du traité FUE. On note avec satisfaction que le plan de travail de l'UE en faveur du sport 2014-2017, bien qu'empreint d'un certain formalisme, prend largement en compte ces orientations, qui sont de nature à améliorer la santé et le bien-être des citoyens européens, tout en inscrivant résolument les activités sportives dans les critères du développement durable. On ne peut également qu'approuver la décision de lancer en 2015 la Semaine européenne du sport, en espérant que les Etats membres et les parties prenante sauront s'approprier cette manifestation, pour en faire un test de formules innovantes et attractives ouvertes au plus grand nombre [6].


    [1] Le sondage Eurobaromètre publié en mars 2014 par l'Union européenne indique ainsi que près de 60% des Européens pratiquent rarement une activité physique, voire jamais.

    [2] Toutes sortes d'applications pour smartphones permettent déjà par exemple de mesurer la distance de son parcours d'entraînement individuel, le dénivelé, les calories brûlées, et de concevoir son programme d'entraînement de façon personnalisée et technique.

    [3] Voir à ce sujet l'interview d'Alexandre Feltz, Médecin et vice-président de la Communauté Urbaine de Strasbourg, revue Sport et Citoyenneté n°23, p.18

    [5] Il s'agit de l'European network of outdoor sports (ENOS), voir http://www.nature-sports.eu.

    [6] A l'instar de la semaine « Sentez-vous Sport » mise en place par le CNOSF depuis 5 ans en France, qui regroupe des manifestations labellisées et soutenues par le mouvement sportif avec ses partenaires.

    « Article issu de la revue n°28 « Sport, santé, environnement » du think tank Sport et Citoyenneté. Premier et seul think tank européen dans le domaine du sport, Sport et Citoyenneté est un lieu de réflexion et de mise en réseau auprès des pouvoirs publics, du secteur économique et des acteurs associatifs afin de promouvoir les valeurs du sport et de militer pour leur meilleure implantation dans la société. » www.sportetcitoyennete.com


  • Commission européenne : le grand oral

    29 septembre, par Hervé Moritz — Actualité,

    Dès aujourd'hui et jusqu'au 7 octobre, l'équipe Juncker, constituée des 27 commissaires désignés par les Etats membres, sera auditionnée par les parlementaires européens. Un exercice d'équilibriste des plus périlleux.

    C'est lors d'un oral de trois heures, que chaque commissaire devra répondre aux questions délicates des eurodéputés. Ils seront questionnés par les élus des commissions parlementaires correspondantes aux compétences de leur portefeuille d'attributions. Compétences et positions des nominés seront épluchées. Certains n'en sortiront pas indemnes.

    Les cancres

    Pierre Moscovici, au portefeuille des Affaires économiques et financières, de la fiscalité et des douanes, est chargé du contrôle des équilibres budgétaires des Etats membres, alors que la France n'atteindra pas l'objectif de 3% de déficit public en 2015. Malgré la reconnaissance de ces compétences, plusieurs eurodéputés du PPE ont émis des réserves à la nomination de l'ancien ministre de l'Economie français, mauvais élève, qui n'a pas su limiter le déficit français. Juncker rassure son camp en plaçant Pierre Moscovici « sous la tutelle » des vice-présidents Jyrki Katainen et Valdis Dombrovskis, tous deux partisans de l'orthodoxie budgétaire, qui pourront poser leur veto à toute initiative impromptue du commissaire français.

    Le britannique Jonathan Hill, en charge de la stabilité financière, des services financiers et de l'union des marchés de capitaux, sera sans doute interpellé sur la régulation de la finance, un sujet plus que tabou au pays de la dérégulation. C'est face à la City de Londres, que le nouveau commissaire devra défendre l'Union bancaire et le mécanisme de sauvetage du secteur bancaire, concernant uniquement les pays de l'Eurozone, dont le Royaume-Uni ne fait pas partie.

    La désignation de Günther Oettinger à l'économie numérique a également fait débat en Allemagne, où plusieurs personnalités pointent son manque d'expérience dans ce domaine et regrettent l'attribution du très convoité portefeuille du Commerce à la Suédoise, Cecilia Malmström.

    Erreurs de casting

    Alors que la réunion des portefeuilles du climat et de l'énergie avait déjà suscité de vives critiques, la nomination de l'Espagnol Miguel Arias Canete à ce poste a fait l'objet d'un déchainement de réactions. Ex-ministre de l'agriculture espagnol, il est décrié pour ses parts au sein d'une compagnie pétrolière et pour les propos sexistes qu'il a tenu cette année, déclarant : « il [était] compliqué de tenir un débat avec une femme, car montrer de la supériorité intellectuelle pourrait paraître sexiste ». De nombreux opposants à sa nomination ont renforcé les rangs des écologistes, qui ne laisseront pas passer une telle erreur de casting.

    Enfin, c'est le hongrois Tibor Navracics, ancien ministre des Affaires étrangères et proche du Premier ministre Viktor Orban, nommé à l'Education, à la Culture et de la Citoyenneté, qui a entraîné une levée de bouclier, notamment au sein de la société civile. En charge de l'administration publique et de la justice de 2010 à 2014, il est l'artisan des très critiquées réformes judiciaires hongroises, qui ont mis à mal l'impartialité de la justice. En juillet, Viktor Orban déclarait également la fin des démocraties libérales à l'occidental pour louer les mérites d'Etats tels que la Chine et la Russie. Des positions, qui vont valoir à Tibor Navracics de nombreuses questions à propos de la charte des droits fondamentaux et de la citoyenneté européenne. Une nomination, qui résonne comme une provocation pour de nombreuses associations européennes de jeunesse et d'éducation.

    « Oeil pour oeil, dent pour dent »

    Le PPE ne prévoit de s'opposer à aucune nomination, soutenant son leader, Jean-Claude Juncker, à la tête de la Commission et respectant ses choix en matière de répartition des portefeuilles. Ce n'est pas le cas des sociaux-démocrates européens, qui pourraient bien s'opposer à la nomination des commissaires hongrois et espagnol. Dans ce cas, le PPE ne cache pas qu'il pourrait riposter en s'opposant à un commissaire socialiste. Le commissaire sur la sellette, non pour ses compétences, mais pour son portefeuille, est probablement le français Pierre Moscovici, dont le poste présumé est vivement critiqué, notamment par nos voisins d'outre-Rhin.

    Cependant, malgré les réserves sur certaines personnalités et sur certains portefeuilles, ainsi que sur la structure de la nouvelle Commission et sur sa faible féminisation, les auditions ne devraient pas déboucher sur le retrait de commissaires. Jean-Claude Juncker, élu à la tête de la Commission à la suite des élections européennes de mai 2014, devra rendre des comptes au Parlement européen, qui veillera aux respects de son programme et des orientations annoncées pour sa mandature. Les accords de la coalition au Parlement européen, réunissant libéraux, sociaux-démocrates et représentants du PPE, devraient rendre certains commissaires « intouchables ». Une situation assez regrettable, alors même que ces auditions apparaissent comme l'occasion de rejeter les nominations les plus controversées. Les députés européens devraient profiter de ce moment pour faire entendre leur voix et exiger le retrait des commissaires, dont les compétences ne sont pas reconnues ou dont les positions ne sont pas compatibles avec celles de l'actuelle Commission et de la majorité du Parlement européen.

    Pour suivre les auditions, rendez-vous sur le site du Parlement européen ou sur twitter #EPhearings2014

    Source principale : EurActiv


  • « Grâce à Grundtvig, les adultes aussi découvrent l’Europe »

    28 septembre, par Fabien Cazenave — Associations

    Le programme Grundtvig a vécu et est remplacé aujourd'hui par Erasmus + pour l'éducation des adultes. Avec Guy Khalepski, nous revenons sur l'intérêt de ne pas laisser seulement les étudiants se rencontrer entre Européens avec Erasmus. Les adultes aussi y ont tout intérêt.

    Le Taurillon : Vous avez participé à différents projets liés à l'apprentissage tout au long de la vie financés par l'Union européenne. Est-ce important que l'Europe finance des programmes en lien avec les adultes et non pas des jeunes comme avec Erasmus ?

    Guy Khalepski : C'est très important car nous connaissons une période de crise et elle touche tout le monde. C'est donc une chance pour les adultes apprenants de s'ouvrir à d'autres cultures et d'autres méthodes de travail car aujourd'hui améliorer en permanence ses compétences et ses savoirs faire est un enjeu majeur pour l'employabilité de chacun. L'Europe est un levier pour ça, nous avons beaucoup à apprendre mutuellement de nos partenaires Européens et je pense que ce programme de mobilité Grundtvig est très utile pour cela.

    Le Taurillon : Avec le programme « Tell me a story », vous avez travaillé sur la question de l'expression corporelle. Qu'est-ce que cela vous a apporté ?

    Guy Khalepski : Tout les participants venues de six pays d'Europe (Pologne, Pays-Bas, Portugal, Autriche, Italie et France) ont travaillé ensemble, par le biais d'ateliers, sur les possibilités que nous donne notre corps pour se rencontrer les uns les autres malgré des langues différentes.

    Par exemple avec des mimes, chaque pays a illustré des scènes de vie quotidienne permettant aux participants de découvrir la façon dont se déroulent ces moments dans d'autres pays européens que le sien. Ce programme a permis de casser la frontière que représente le langage entre les Européens, créant ainsi des liens et même des projets de collaboration entre des compagnies venant de différents pays.

    Le Taurillon : Autre projet mais cette fois sur le développement durable avec le « ASEA Project ». Quels en étaient les résultats concrets ?

    Guy Khalepski : L'objectif du projet était double. Tout d'abord, nous avons créé un label éco-responsable à attribuer aux festivals de musique en Europe. En second lieu, nous avons mutualisé les bonnes pratiques mises en oeuvre par les différents partenaires pour fabriquer des objets à vocation artistique culturel ou social à partir d'objets recyclés.

    Par exemple les participants ont appris à fabriquer des peluches pour enfants à partir de vêtements usagers ou à construire un sanza (piano africain) à partir d'une petite boite de cigares. Autant de technique à diffuser pour chaque partenaire dans leur propre pays.

    Dans Elephant Musik, nous avons par exemple décidé d'utiliser et de transmettre la technique consistant à fabriquer des tambours avec de grandes boites d'huile d'olive et quelques astuces.

    Le Taurillon : En quoi ces projets aident-ils à créer des « Européens » ?

    Guy Khalepski : Déjà le fait d'être en relation pendant minimum deux ans avec des partenaires Européens pour monter un projet et le faire connaitre crée une cohésion entre des citoyens et des acteurs européens. Ceux-ci autrement n'auraient jamais eu l'occasion de se rencontrer avec une telle diversité de pays d'origine. Pendant les rencontres, nous apprenons toujours un peu également l'histoire et la culture du pays que nous visitons. Nous voyons ainsi souvent les influences des uns sur les autres au travers de l'Histoire. Que ce soit par le biais de la langue avec des mots empruntés ou même dans les influences musicales, il apparaît alors assez clairement que nous avons des origines communes.

    Faire des projets entre Européens qui auront un impact sur d'autres Européens avec les partenaires revenus chez eux donne un fort sentiment d'appartenance commune et fait très souvent naître un désir de poursuivre l'expérience au travers de collaborations postérieures.


  • Défense européenne : soixante ans de retard

    27 septembre, par Flavio Brugnoli, traduit par Théo Barbe — Actualité, ,

    Le centenaire de la Première Guerre mondiale, débutée en 1914, a attiré une grande attention, et pas uniquement celle des historiens. Les parallèles avec la situation actuelle, qui voit se multiplier les crises et les véritables conflits — sur le territoire européen même — sont aussi faciles que rapides. Mais un autre anniversaire, moins conflictuel mais non moins amer pour le continent européen, mérite d'être remémoré : il y a soixante ans, le 30 août 1954, l'Assemblée nationale française décidait de ne pas ratifier le traité instituant la Communauté Européenne de Défense (CED).

    Née d'une initiative du gouvernement français du Premier ministre René Pleven, inspirée par Jean Monnet, la CED visait essentiellement à insérer dans un cadre européen l'hypothèse d'un réarmement de l'Allemagne, soutenu par les USA face à la menace soviétique. Mais, surtout grâce à l'action clairvoyante de l'Italie, sous la direction du Premier ministre De Gasperi et avec l'influence décisive d'Altiero Spinelli, la CED devint à bien des égards un projet d'armée européenne unifiée insérée dans une Communauté politique européenne. Cette dernière aurait alors absorbé les compétences de la CED et de la Communauté européenne du Charbon et de l'Acier (CECA), née en 1951.

    Inutile de revenir sur les raisons du « non » français d'alors. Cependant, il est difficile de ne pas voir les conséquences dévastatrices de ce choix myope et nationaliste. Une timidité, de la part de la France, à imaginer une évolution fédérale du processus d'intégration européenne que nous retrouverons dans d'autres décisions critiques de notre histoire commune à venir. Mais aujourd'hui, l'Union européenne — ou à tout le moins les membres qui ont misé le plus sur le processus d'unification (en commençant par ceux qui partagent la même monnaie) — est appelée à la fois à porter un regard franc sur l'état de sa propre politique étrangère et de défense et à prendre des décisions courageuses.

    C'est un fait que la sécurité du continent européen ait été garantie, pendant la guerre froide, par le parapluie américain à travers l'OTAN. Avec la fin de la confrontation bipolaire, après la chute du Mur de Berlin, les failles de l'Europe se sont fait jour tant dans son indécision lors de l'implosion et des guerres de l'ex-Yougoslavie que dans l'après 11-Septembre, avec les divisions sur la guerre en Irak et sur la « guerre contre la terreur ». Le désengagement de l'Europe vis-à-vis des États-Unis, qui se tournent toujours plus vers le Pacifique, impose aujourd'hui aux Européens d'assumer de nouvelles responsabilités d'une autre ampleur.

    On ne part pas de zéro. La Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), introduite en 1992, et dont la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) « fait partie intégrante » — comme le dit le Traité de Lisbonne — est parfois caricaturée comme faible et velléitaire. Sont ainsi ignorés les nombreux mérites de cette « comprehensive approach » avec laquelle l'UE a su conjuguer composante militaire et composante civile, dans une pluralité de missions et d'opérations (15 complétées et 18 actuellement en cours) dans des contextes souvent extrêmement délicats.

    Cependant, il serait tout autant hors sujet de se complaire d'un cadre qui — comme on l'observe face aux nombreuses crises en cours — voit souvent l'Europe dans l'incapacité de « parler d'une seule voix » et (surtout) d'agir de façon efficace sur la scène internationale. Les orientations stratégiques de l'Union, les moyens pour les mettre en place, mais aussi le cadre institutionnel dans lequel ils sont insérés, sont mis en cause.

    Difficile de parler « d'une seule voix » sans une stratégie européenne commune et cohérente. Dans ce sens, le document « Une Europe sûre dans un monde meilleur », qui définissait « une stratégie européenne en matière de sécurité », mis en place par le Haut Représentant d'alors, Javier Solana, et adopté par le Conseil européen en décembre 2003, reste une référence. Un document qui avait la qualité d'identifier les défis et les menaces globales, mais également les objectifs et les démarches requis par l'Europe en conséquence. Une stratégie qui nécessite aujourd'hui une refonte profonde et urgente — preuve en est dès son incipit : « L'Europe n'a jamais été aussi prospère, aussi sûre et aussi libre ».

    Quand on parle de « moyens » pour réaliser ses propres stratégies, l'UE doit tirer les conséquences de ses propres capacités dans le domaine militaire. Nous sommes peut-être maîtres du soft power, mais le contexte dans lequel nous vivons ne permet pas de se passer du hard power — à moins de le déléguer à un allié américain toujours plus réticent. Les « coûts de la non-Europe de la défense », avec ses 28 armées nationales, sont amplement documentés, notamment par une étude du CSF et de l'IAI. Des efforts de coordination et de partage (« pooling and sharing ») ont été accomplis. Mais c'est justement la crise économique, avec les risques de coupes « nationales » non coordonnées, qui impose une discontinuité qui soit réelle et qui parte de l'identification des nécessités d'une défense commune (réellement) européenne dans les prochaines décennies.

    Évidemment, le volontarisme d'États impuissants prisonniers des « intérêts nationaux » ne suffira pas. Un cadre institutionnel à la hauteur du défi est (également) nécessaire : le Traité de Lisbonne nous l'offre, avec l'instrument de la « coopération structurée permanente » qui peut être instaurée par « les États membres qui remplissent des critères plus élevés de capacités militaires et qui ont souscrit des engagements plus contraignants en la matière en vue des missions les plus exigeantes » (art. 42.6). Un nombre minimum d'adhérents n'est pas nécessaire pour la mettre en place et le Conseil délibère avec une majorité qualifiée (sans possibilité de véto) sur le sujet.

    Soixante ans après la faillite de la CED, nous sommes au début d'une nouvelle législature européenne qui s'est ouverte avec le grand tournant de la « parlementarisation » du choix du Président de la Commission européenne. En elle « tout se tient », tout est interdépendant : le renforcement de la zone euro, en la dotant d'un budget important, offre également l'opportunité de construire une « Union de la défense », qui à son tour n'est pas imaginable – comme le comprirent bien De Gasperi et Spinelli – sans une Union politique.

    Le gouvernement italien, qui a pris la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne, a raison quand il souligne que ces six mois doivent être considérés comme les six premiers mois d'un quinquennat pendant lequel l'Europe devra effectuer des choix décisifs. De même, avec également la nomination du ministre des Affaires étrangères italien Federica Mogherini au poste de Haute Représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité — rôle dont les pouvoirs et les potentialités sont fortement sous-évalués — l'Italie peut récupérer un rôle de protagoniste dans la construction d'une défense européenne crédible et d'une véritable fédération européenne.



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