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Le débat sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne survient au moment où la crise économique, synonyme de récession et de restrictions budgétaires, sévit durement au Royaume-Uni. On se souviendra de Margaret Thatcher qui est décédée le mois dernier pour sa guerre off-shore aux Malouines, pour la destruction des activités industrielles dans le Nord du pays et pour son opposition à l'intégration européenne. Sa mort est arrivée dans un moment de doute pour le pays et a donné lieu à d'importants conflits quant à sa commémoration. Ajouter à cela le débat sur la relation du Royaume-Uni à l'UE révèle une profonde crise identitaire.
Le Royaume-Uni semble être pris dans sa crise de la quarantaine.
En 1973, le Royaume-Uni a signé son contrat de mariage avec l'UE, à la suite de nombreuses tentatives et de négociations difficiles. Quarante ans après, le mariage ne semble plus satisfaire le Royaume-Uni. Plusieurs voix s'élèvent pour critiquer l'Union européenne. Le principal argument ? Le coût de l'Union. Depuis le fameux ‘I want my money back' de Thatcher, le Royaume-Uni a développé le sentiment de payer injustement plus qu'il ne reçoit. De plus, l'Union est perçue comme imposant des règles très strictes, trop strictes, sur l'économie et la société britannique. Les directives et règlements décidés à Bruxelles sont, selon certains, complètement étrangers à la tradition libérale et de laissez-faire britannique. Enfin, l'impression de chronophagie européenne exaspère au Royaume-Uni, où les « eurocrates » sont vus comme inefficaces et coûteux, surtout comparé à la faible envergure de l'administration publique dans le pays. En bref, le Royaume-Uni semble s'ennuyer dans son couple et vouloir aller chercher son contentement ailleurs.
La relation spéciale avec son ancienne colonie, les États-Unis, est très importante pour le Royaume-Uni tant pour sa position dans le monde que pour sa propre fierté. Cependant, malgré le soutien de Blair à Bush au moment de la guerre en Irak, la relation spéciale du Royaume-Uni avec les États-Unis semble être en perte de vitesse. Le premier discours d'Obama en Europe s'est déroulé à Prague et non à Londres. Les États-Unis développent des relations avec les BRICs, à la fois diplomatiquement et commercialement… De plus, les États-Unis sont intéressés par le Royaume-Uni seulement dans la mesure où ce dernier est membre de l'Union Européenne. C'est le sens de l'intervention du cabinet Obama en janvier 2013 pour pousser le Royaume-Uni à rester dans l'Union. En effet, quel est le poids d'un pays de 60 millions d'habitant pour un pays qui en compte 350 millions ? Les États-Unis négocient actuellement un accord de libre-échange avec l'Union Européenne, pas avec chaque État Membre.
Le Royaume-Uni a été le pays le plus important, le plus grand Empire du monde, la Famille Royale régnait sur un territoire où le soleil ne se couchait jamais. Mais tout cela est fini, la guerre des Malouines a dû être le dernier sursaut de cette fierté impériale. Mais le Royaume-Uni a toujours le désir, bien vivant, d'être un pouvoir important dans le monde. Le discours contre l'appartenance à l'UE est emprunt d'une certaine nostalgie de l'Empire, quand la Livre Sterling jouait d'égale à égale avec le Dollar, quand la Navy pouvait se battre et défendre les intérêts britanniques. L'un des reproches fait à l'UE est d'être inexistante dans la diplomatie mondiale. En réponse, certains au Royaume-Uni veulent que le pays prenne la tête du développement de l'UE en tant qu'acteur majeur sur la scène internationale.
En plus de toutes ces inquiétudes, le Royaume-Uni souffre aussi de l'intérieur. La promesse de référendum sur l'indépendance de l'Ecosse a ouvert la possibilité de l'éclatement du symbole de l'Union Jack – rassembler dans un même État plusieurs nations. L'indépendance de l'Ecosse serait un coup majeur porté à la confiance en soi du Royaume-Uni. De plus, les conséquences de la crise économique et des restrictions budgétaires augmentent les inégalités entre les régions. Alors que la région de Londres, dont les chantiers perpétuels modifient chaque jour l'image, n'a pas l'air de ressentir la crise, d'autres régions ont fait face à une forte angoisse due au chômage et l'appauvrissement, ce qui a conduit à des discours extrémistes surfant sur des vagues telles que « Les emplois britanniques pour les travailleurs britanniques ». Les régions désavantagées sont les premières victimes des coupes sombres dans les dépenses publiques qui permettaient la redistribution des ressources. L'après-austérité semble s'éloigner chaque jour pour ces régions
Le débat sur l'appartenance à l'Union Européenne est nourri de ces angoisses : les contraintes du mariage, la perte de l'amour de l'amante, le départ des enfants, la faiblesse du corps. Le parti UKIP (UK Independence Party) apporte une réponse à ces angoisses : « Divorce ! Commence une nouvelle vie ! Sois jeune à nouveau ! ». Cette réponse attire beaucoup d'électeurs. Les partis modérés, au contraire, sont incapables de faire entendre un discours raisonnable : « Ta femme t'apporte sécurité et stabilité, et même si la vie à deux n'a pas toujours été facile, vous avez toujours réussi à surmonter les difficultés en discutant. » Embourbé dans sa crise de la quarantaine, le Royaume-Uni n'est même pas capable d'exprimer ses angoisses et de dire à sa femme : « Je ne me sens pas bien en ce moment, j'ai perdu ma confiance en moi, j'ai besoin d'être rassuré. »
Y a-t-il un psychanalyste pour États dans la salle ? On en a besoin le Royaume-Uni nous inquiète !
La nouvelle dimension engendrée par le développement des technologies de l'information et de la communication (TIC) constitue une véritable aubaine commerciale pour les petites et moyennes entreprises (PME) de l'Union européenne. Il faut en profiter afin de créer de l'emploi, faire des affaires et renforcer notre compétitivité.
De nos jours, les possibilités que nous offrent de nouveaux outils tels que le cloud computing ouvrent la voie à l'expansion des PME européennes. Cette possibilité doit être encouragée par les institutions européennes.
Le cloud computing représente un nouveau modèle de prestation des services commerciaux et technologiques qui permet à l'utilisateur d'accéder à un répertoire de services normalisés. Avec ces services, l'utilisateur peut répondre aux besoins spécifiques de son commerce, de manière flexible et adaptée à la demande, en ne payant que ce qu'il a utilisé.
Ce mécanisme d'informatique en nuage augmente le nombre de services Web, permettant aux fournisseurs d'offrir plus de service plus rapidement et plus efficacement. L'utilisateur, quant à lui, jouit de la transparence et de la rapidité du système. Et tout cela avec une optimisation des coûts et une garantie de la sécurité du service.
L'Union européenne doit miser résolument sur la consolidation de cet outil, comme nous le demandons au PPE. Comme l'a dit ma collègue, la députée européenne et présidente de la European Internet Fundation, Pilar del Castillo, le cloud computing offre d'immenses possibilités pour la croissance économique et pour l'emploi. La preuve en est que selon les estimations réalisées, l'intégration totale de ce modèle pourrait créer 3,8 millions de nouveaux emplois dans l'Union européenne, dans le cadre du programme Horizon 2020.
En plus de favoriser la création d'emplois et l'innovation, en plus de contribuer à l'amélioration de la productivité et de la compétitivité, l'informatique en nuage a un potentiel énorme en matière de réduction des coûts des TIC. De plus, elle pourrait constituer un grand pas en avant dans l'achèvement du marché unique numérique.
Certains aspects, comme la flexibilité, sont essentiels dans ce nouveau modèle. Il faudra également y adapter la règlementation en matière de protection des données, ce qui renforcera la confiance des utilisateurs D'un autre côté, la question de la fragmentation du marché unique numérique devra être abordée afin que le cloud computing se développe pleinement. Cependant, afin de mener à bien ces actions, l'Union européenne doit soutenir le développement des PME au travers de politiques leur permettant d'utiliser ces nouveaux modèles technologiques. Ces politiques devront inclure différentes mesures, telles que le déploiement de réseaux à haut débit et à très grande vitesse en Europe, ou l'achèvement d'autres initiatives déjà en route, telles que le programme Galileo de la Commission européenne pour le développement d'un système européen de navigation par satellite.
À l'origine, l'Union Européenne a été créée par les nations du continent afin de garantir la paix en Europe après la seconde guerre mondiale. Plus jamais des ravages, tels ceux produits par les deux grands conflits du XXe siècle, ne seront censés troubler les relations entre les pays européens. En 1951, le traité de Paris institue la première communauté européenne, la CECA, qui marque le début d'une longue série d'efforts avec pour but la consolidation de l'échange et de la paix entre les nations européennes.
Le 12 octobre 2012, 61 ans après ce début, le comité Nobel à Oslo, annonce la remise de son prix Nobel à l'Union Européenne et nous rappelle ainsi l'intention initiale pour laquelle le projet d'intégration avait été mis en place. Mais pourquoi tant de gloire à une chose qui pourtant semble la plus évidente au monde ? Pourquoi est-il en effet nécessaire d'investir tant d'efforts et pourquoi ces derniers méritent-ils par dessus tout notre admiration et notre reconnaissance ? Ne va-t-il pas de soi que nous cherchions à éviter le conflit et à maintenir une vie paisible en harmonie avec nos voisins, notamment face à l'histoire commune que nous avons vécue ?
Pour Kant, la chose n'est pas aussi évidente qu'elle peut nous sembler à première vue. De nature, l'homme est guidé en premier lieu par ses désirs égoïstes, qu'il cherche à satisfaire au péril des autres. Cette image de la nature humaine contraste avec l'image romantique d'un être ignorant et innocent, qui passe sa vie à longer paisiblement les plaines et les forêts, sans ne vouloir du mal à qui ce soit - comme l'aurait sans doute soutenue Rousseau. Pour Kant, l'état nature est un état de guerre, qui rend nécessaire l'instauration de lois, sous l´égide desquelles les humains doivent se soumettre afin de garantir leur sécurité : “[Le problème] demande uniquement que l'on recherche comment on pourrait tirer parti du mécanisme de la nature, pour diriger tellement la contrariété des intérêts personnels, que tous les individus qui composent un peuple, se contraignent les uns les autres à se ranger sous le pouvoir coercitif d'une législation, en créant ainsi un État de paix établi sur des lois” [1] . Cet état naturel constitue tout autant les relations entres nations que les relations entre individus. En effet, nous pouvons témoigner encore aujourd'hui que le manque de ressources naturelles reste l´une des principales causes de conflits dans le monde entier. Pour citer un exemple, pensons seulement au conflit israélo-palestinien, qui après tout est un conflit entre deux partis réclamant leur droit sur un même territoire, et dont un enjeu important est notamment l'accès a l'eau. La nature nécessite selon Kant la guerre et cause par le biais de celle-ci la propagation des humains à travers le globe terrestre. Par la suite, l'ordre naturel est à l'origine de l'organisation des hommes dans de multiples états, dont les peuples seraient incapables de s'unir spontanément en raison de leur différences culturelles, linguistiques et leurs religieuses.
Bien qu'elle réclame la guerre, la nature n'a pourtant pas de mauvaise intention envers les hommes - son but est par la suite l'instauration d'un état de paix perpétuel. La guerre est tout simplement un mal nécessaire, qu'il s'agit de surmonter. La guerre mène l'humain à se propager à travers les continents et à découvrir des sentiers lointains et hostiles à première vue, mais qui par la suite lui permettent d'évoluer au cours de son adaptation à l'environnement. Mais par dessus tout, la guerre est la raison pour laquelle l'homme se libère de sa nature simplement animalière pour se soumettre à des lois qu'il se donne par sa propre volonté. En souffrant les méfaits d'un conflit interminable avec ses proches, il découvre sa faculté de juger et ainsi la capacité de soumettre son action à la loi morale - une loi dont l'essence est formulée par Kant dans sa célèbre formulation de l'impératif catégorique : “Agis seulement d'après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle” [2] . L'adhésion à ce principe est la clé de la liberté humaine.
Mais comment alors est-il possible de finalement surmonter la guerre ? Pour Kant, la réalité d'une union des états à travers le monde entier n'est pas une spéculation extravagante : “La possibilité de réaliser une telle fédération, qui peu à peu embrasserait tous les États, et qui les conduirait ainsi à une paix perpétuelle, peut être démontrée. Car si le bonheur voulait qu'un peuple aussi puissant qu'éclairé, pût se constituer en république (gouvernement qui, par sa nature, doit incliner à la paix perpétuelle), il y aurait dès lors un centre pour cette alliance fédérative ; d'autres États pourraient y adhérer pour garantir leur liberté d'après les principes du droit international, et cette alliance pourrait ainsi s'étendre insensiblement et indéfiniment” [3]. C'est notamment en ce point là que nous pouvons retrouver en Kant l´un des grands visionnaires du projet européen que nous voyons actuellement se réaliser. Kant projette une fédération d'États qui s'uniraient sous le toit d´un régime commun au modèle républicain, c'est-à-dire un régime qui serait soumis à la volonté de tous. Le moyen pour y parvenir et que la nature même a prévu afin de réaliser cette union est le marché des biens, qui mènerait les peuples initialement séparés par le conflit à se rapprocher à nouveau les uns des autres en découvrant un nouveau moyen de satisfaire leurs besoins - d'une manière plus pacifique cette fois cependant. Bien que l'Union Européenne n'envisage pas un élargissement à l'échelle globale, nous retrouvons ici les deux principes fondamentaux qui ont été à son origine : une fédération d'États libres qui se décident ensemble à surmonter définitivement l'état de guerre et une union se réalisant par le biais des échanges économiques.
La paix est-elle toutefois vraiment un bien désirable ? Voilà une question que Kant ne semble pas du tout prendre en considération et dont l'affirmation lui semble incontestable. En effet, une remise en question nous apparaît à première vue comme une véritable provocation. L'histoire ne nous a-t-elle pas appris que les plus grands malheurs ont toujours résulté de la guerre et que celle-ci ne peut tout simplement pas mener à un plus grand bonheur ? Notons pourtant que la paix n'est pas synonyme de paradis sur terre. Notre expérience actuelle avec les débats entre États sur la gestion des finances de l'Union Européenne nous montre bien qu'avec la paix seule, les problèmes ne sont pas encore tous résolus. Le renoncement aux armes demande que nous fassions recours à un autre moyen afin de régler nos disputes. Cependant, le medium qu´est la discussion entre politiciens n'est pas toujours le plus efficace et les accords qui en résultent ont tendance à favoriser certains groupes d'intérêts pour lesquels il est plus facile de participer au discours publique. C'est la raison pour laquelle les jeunes en Italie, en Grèce ou encore en Espagne ne cessent de sortir dans les rues et de chercher la confrontation avec les autorités. Il semble donc tout à fait légitime aussi de se demander si la paix a vraiment toujours lieu au profit de tous.
Et si à la fin, la paix ne peut s'instaurer que seulement au prix d'une aliénation de certains groupes désavantagés, voulons-nous véritablement la paix ? Est-il en fait possible d'éviter qu'une telle oppression s'impose après un moment ? J'ai l'impression que Kant a manqué de prendre en considération ces aspects fondamentaux lorsqu'il réclame des efforts inconditionnés afin de mettre en place un état de paix irréversible. Hegel, dans ses écrits sur la philosophie du droit, cherchera plus tard à corriger cette omission en réclamant la guerre perpétuelle comme le seul moyen capable de garantir notre liberté. Certes, je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'envisager des mesures aussi dramatiques que l'a fait ce grand idéaliste allemand. Néanmoins, Hegel a raison de nous ouvrir les yeux sur les aspects négatifs d'une répression de tout conflit - le conflit peut être nécessaire, s'il s'agit de mettre en valeur nos droits élémentaires. Peut-être que les conflits du futur ne se dérouleront plus vraiment sur un plan international, afin qu'une paix entre États se mue en un idéal tout à fait réalisable. Cependant, il s'agit de ne pas oublier que la paix peut agir comme un voile d'illusion, derrière lequel se cache en vérité un champ de bataille sanglant sur lequel nous ne pouvons pas cesser de nous battre afin de défendre notre dignité.
[1] Kant, Immanuel. Projet de paix perpétuelle. Ed. Olvier Dekens. Trad. par Karin Rizet. p. 66. Dans l'original : “Denn es ist nicht die moralische Besserung der Menschen, sondern nur der Mechanism der Natur, von dem die Aufgabe zu wissen verlangt, wie man ihn an Menschen benutzen könne, um den Widerstreit ihrer unfriedlichen Gesinnungen in einem Volk so zu richten, daß sie sich unter Zwangsgesetze zu begeben einander selbst nötigen, und so den Friedenszustand, in welchem Gesetze Kraft haben, herbeiführen” Kant, Immanuel : Zum ewigen Frieden. AA VIII. 366.
[2] Kant, Immanuel : Fondation de la métaphysique des mœurs. Dans : Métaphysique des mœurs. I. Fondation. Trad. par Alain Renaut. p. 97. Dans l'original : “Handle nur nach derjenigen Maxime, durch die du zugleich wollen kannst, daß sie ein allgemeines Gesetz werde”. Kant, Immanuel : Grundlegung der Metaphysik der Sitten. AA IV. 420-421
[3] Kant, Immanuel : Projet de paix perpétuelle. Ibid. p. 56. Dans l'original : “Denn wenn das Glück es so fügt : daß ein mächtiges und aufgeklärtes Volk sich zu einer Republik (die ihrer Natur nach zum ewigen Frieden geneigt sein muß) bilden kann, so gibt diese einen Mittelpunkt der föderativen Vereinigung für andere Staaten ab, um sich an sie anzuschließen, und so den Freiheitszustand der Staaten, gemäß der Idee des Völkerrechts, zu sichern, und sich durch mehrere Verbindungen dieser Art nach und nach immer weiter auszubreiten” Kant, Immanuel : Zum Ewigen Frieden. Ibid. p. 356.
L'Union européenne a toujours eu l'ambition et l'objectif d'affirmer une certaine identité qui ferait sa singularité par rapport aux autres régions du monde. Ces velléités identitaires, pourtant affichées dans le Traité de l'Union européenne, paraissent malheureusement parfois en contradiction avec les critères qui conditionnent l'adhésion des Etats à l'UE, c'est le cas du critère social qui a tendance à être de plus en plus malmené par certains Etats européens à cause de la conjoncture.
Les critères de Copenhague sont les critères qui conditionnent l'adhésion des Etats à l'Union européenne. Ayant été énoncés à l'issu du Conseil européen de Copenhague en 1993, nous pouvons les considérer au nombre de trois :
Ce qui peut étonner, c'est qu'il n'existe pas dans ces critères la moindre référence à un standard social. Cela pose la question de l'existence du modèle social européen.
Parler d'un modèle social européen est compliqué. Il est plus confortable de parler de différents modèles sociaux nationaux qui sont la conséquence d'un certain idéal social européen.
Le fondement de la protection sociale ainsi que sa légitimité résident dans l'impérieuse nécessité de garder une cohésion sociale et de contenir les inégalités consubstantielles à la liberté dans les limites de l'acceptable. Dans nos sociétés où l'économie de marché est considérée comme un corollaire de la liberté individuelle, la protection sociale est donc le tempérament qui permet de protéger les plus fragiles, garantissant ainsi l'intégrité du contrat social. Ainsi une telle protection est permise grâce à une architecture institutionnelle et juridique permettant une certaine redistribution des richesses opérée le droit fiscal et le droit social, tous deux supposés être au service de la justice sociale.
C'est ce modèle architectural qui constitue le modèle social d'un Etat. En Europe, les modèles respectifs sont le fruit d'une construction empirique propre à chaque culture, ce qui exclut (du moins pour l'instant) l'existence d'un modèle social européen au profit de modèles sociaux nationaux.
L'existence d'un critère social universel est-elle par conséquent impossible ? Non, elle n'est pas impossible. En effet on a précédemment annoncé que les fondements du droit social et du droit fiscal résident dans la nécessité de contenir les inégalités. Or plusieurs mesures existent pour déterminer les inégalités. Sans nécessairement exclure tous les indicateurs, il conviendra en l'espèce de privilégier l'exemple du coefficient de Gini. Celui-ci sert à mesurer les inégalités de revenus et donc le degré de redistribution dans une société. Pris de 0 à 100, on a 0 pour une société ou tout le monde a le même revenu et 100 pour l'autre cas extrême d'un maitre et de ses esclaves. [1]
Si l'on regarde ce coefficient dans l'Union européenne (3), on constate que l'Europe est l'une des régions où les richesses sont le plus redistribués. Ce constat n'est cependant pas suffisant pour se satisfaire de nos politiques sociales respectives. Avec de très fortes différences dans la gestion des inégalités, (exemple de la différence entre les pays nordiques et les autres..) ; avec des tendances à l'accroissement des inégalités dans les pays les plus inégalitaires là où les pays les plus égalitaires arrivent à protéger leurs modèles sociaux en dépit de la conjoncture ; force est de constater que les considérations de justice sociale sont au mieux secondaires dans l'exécution des politiques communautaires, et cela en dépit du fait que les Etats-nations européens sont ceux qui, en moyenne, dépensent le plus pour la protection sociale dans le monde.
Ainsi il incombe aux décideurs européens de renouer avec un des éléments clefs de l'identité européenne en affirmant avec force leurs objectifs de défendre l'Etat providence et leurs modèles sociaux respectifs. En ajoutant par exemple la nécessité de respecter un « intervalle coefficient de gini » [2] dans les critères de Copenhague ou mieux encore dans les actes constitutifs de l'Union, nous conférerions à la notion d'Europe sociale une autorité matériellement constitutionnelle encadrant les pouvoirs législatifs et exécutifs qui seraient soumis à des objectifs de réduction ou de maintien d'un certain niveau d'inégalité. Nul doute que cette innovation politique favoriserait un rapprochement entre l'Europe et les peuples, rapprochement sine qua non à la relance de la construction européenne.
[1] Les économistes ont tendance à privilégier l'échelle 0 à 1
[2] Sans forcément exclure l'utilisation d'autres indicateurs d'inégalités.
Le terme de nation est tellement bien intégré dans les sociétés qu'il est très difficile de penser une appartenance sociétale en dehors du cadre national. Si l'ONU s'appelle organisation des nations unies c'est bien parce que cette notion de nation est devenue hégémonique pour caractériser la population habitant un Etat. Pourtant l'ONU comporte en son sein des Etats qui ne sont pas des Etats-nations : c'est le cas de Monaco, du Luxembourg, de Malte qui ressemblent plus à des cités-Etats modernes ou encore de la Chine ou l'Inde qui sont des Etats civilisations.
Le concept de nation est problématique dans le cadre d'une Europe fédérale puisqu'il exige que la nation soit souveraine et ne se soumette à aucun échelon supérieur. Plus que la nation, c'est son caractère exclusif revendiqué par les nationalistes qui pose problème. Une personne ne pourrait selon les idéologues nationalistes appartenir qu'à une nation et surtout, il ne pourrait avoir aucunes appartenances sociétales inférieures ou supérieures. On sait pourtant qu'un individu peut appartenir à une ville, à une région, certes à une nation, mais également à une civilisation. On remarque donc que les attaches qu'un individu peut avoir sont multi-échelons.
Le fédéralisme doit s'inscrire en rupture totale avec le nationalisme et doit considérer que les échelons d'identités sont multiples, que se sentir citoyen d'une ville, d'une région ou d'une civilisation est aussi important qu'être membre d'une nation. Surtout, le fédéralisme doit briser l'idéologie dominante consistant à dire que la nation est le seul échelon acceptable autour duquel un Etat doit se former.
N'en déplaise aux historiens qui écrivaient au XIXe siècle, la nation est un concept très récent. Il émerge dans le cas de la France à la fin du XVIIIe dans les écrits de certains philosophes. Avant cela et malgré ce que les partis nationalistes clament, la nation française n'existait pas. Le seul liant de la monarchie française était le roi et l'administration mise en place pour gérer les territoires sous sa domination. Il faut cesser de croire que des évènements comme la bataille de Poitiers, ou la guerre de cent-ans sont inscrits dans le patrimoine génétique millénaire de la nation française. Au contraire, la France était alors un assemblage de peuples divers dont les langues divergeaient (langues d'oil et langues d'oc), de même que les histoires ( Bretagne indépendante jusqu'au XVIe siècle, Aquitaine longtemps sous domination anglaise, Alsace terre du Saint-Empire) [1].
La notion de nation a été inventé par les philosophes dans le but de contester l'ordre d'ancien régime qui reposait sur une société d'ordres basée sur la tradition et reposant sur le pouvoir divin du roi [2]. Il s'agissait de substituer à ce modèle un modèle national basé sur l'égalité des citoyens et sur la soumission aux lois expressions de la volonté de la nation. Surtout il s'agissait de substituer à une élite nobiliaire, dont l'appartenance dépendait du sang, une élite bourgeoise qui pâtissait alors de son statut inférieur sous la monarchie d'ordres. On comprend mieux pourquoi la révolution française a été une révolution guidée par la bourgeoisie voulant renverser la société inégalitaire précédente : la nation était alors le concept invoqué pour provoquer ce renversement.
La fin du XVIIIe et le début du XIXe correspondent donc à des moments où la notion de nation se crée. Celle-ci se forme autour de la langue de Paris qui devient le français mais qui n'est alors parlé que par les lettrés et les classes supérieures, les villageois parlant le dialecte de leur région. L'imposition de cette langue comme langue de tous les habitants du territoire sera par la suite l'un des projets de la troisième république française. La nation se forme aussi autour d'une histoire commune, en réalité l'histoire de la maison dominante en France : les capétiens. Les histoires des autres régions comme la Bretagne, l'Alsace ou la Corse sont oubliées et ne seront jamais enseignées sous la troisième république. De même les mouvements alternatifs comme les insurrections fédéralistes de 1793 sont taxées de contre-révolutionnaires ou de traitres et sont discréditées dans l'historiographie républicaine. On « canonise » par ailleurs des personnes qui n'ont rien à voir avec la France actuelle comme c'est le cas de Vercingétorix, de Clovis ou de Charlemagne.
La nation finalement, est une construction dont le but était de proposer un modèle sociétal nouveau à la fin du XIXe siècle et surtout d'imposer une élite nouvelle : la bourgeoisie industrieuse et marchande en remplacement d'une noblesse guerrière et décadente [3]. L'histoire et l'éducation ont d'ailleurs été les vecteurs principaux de l'imposition de la nation. Pourtant il ne faut pas croire que la nation est l'alpha et l'oméga des sociétés humaines, d'autres concepts d'appartenances sociétales ont existé et existent encore, et ceux-ci répondent mieux à un modèle fédéral que la vision orthodoxe de la nation proposée par les nationalistes.
Bien avant que les philosophes des lumières développent le concept de nation d'autres concepts telles que la cité, la tribu, l'ethnie ou encore l'ordre existaient déjà [4]. Si les concepts de tribus, d'ethnies ou d'ordres sont aujourd'hui définitivement abandonnés, d'autres comme le concept de cité ou encore de région permettraient de concilier une appartenance globale : l'Europe, à des appartenances plus locales : nation, région, cité.
On pourrait imaginer que l'Europe soit constituée de cités, niveau sociétal basique, correspondant aux aires urbaines françaises actuelles, de régions définies par des critères historiques et regroupant plusieurs cités, et enfin de nations définies par des critères culturels et linguistiques regroupant des régions. Un tel modèle permettrait en outre de faire parfaitement fonctionner le principe de subsidiarité, essence du fédéralisme. L'Union européenne serait alors la conciliation de la force par l'union et de la liberté par l'autonomie locale.
Ainsi, la cité, regroupant une ville centrale, sa banlieue, et la campagne proche ressemblerait aux cités antiques d'antan. Elle assumerait toutes les compétences liées au local, transports en commun, aménagement du territoire, éducation… Mais en plus, la cité aurait une compétence législative lui permettant d'adopter des lois sur la fixation des impôts locaux par exemple ou bien sur les thèmes de société comme le mariage… Si il est nécessaire de créer un échelon local doté de pouvoirs très étendus c'est parce que cet échelon sera le plus légitime de tous. En effet, au niveau local il est possible d'établir une démocratie directe, permettant à tous les citoyens de voter chaque loi. Une démocratie sans représentants pour confisquer le pouvoir. On peut imaginer qu'il y aurait un maire, mais celui-ci serait alors élu pour un an, il serait un gestionnaire de la cité et non un homme politique professionnel. On peut aussi imaginer que les magistrats soient tirés au sort, mais cela implique alors qu'on en finisse avec la complexité judiciaire actuelle et que les gens soient formés à leur fonction.
Le niveau régional, regroupant plusieurs cités, aurait pour but de permettre aux cités d'un même espace (Bavière ou Bretagne par exemple) d'entreprendre ensemble tous les travaux ayant lien avec la mise en valeur du territoire : gestion de l'énergie, des transports ferroviaires, de l'agriculture… On peut imaginer que chaque cité de la région envoie des représentants à l'assemblée régionale pour gérer ces affaires.
Le niveau national, correspondant pour les grands Etats à leurs frontières actuelles et fusionnant avec le niveau régional pour les Etats comme la Slovaquie serait celui gérant l'aspect culturel et historique du territoire, la politique linguistique par exemple. En principe, c'est un échelon qui n'est pas indispensable, mais l'ancrage de l'idée nationale en Europe rend nécessaire la conservation d'un espace national au sein d'une Europe fédérale.
Enfin, le niveau fédéral européen serait celui des compétences que sont la diplomatie, la politique monétaire ou encore l'armée. Cet échelon suprême ne regrouperait que les compétences ne pouvant être traitées efficacement dans les niveaux inférieurs.
Un tel système a fonctionné durant la république et l'empire romain. Si Rome gérait l'armée et la diplomatie, l'Empire était néanmoins divisé en provinces, et au sein de ces provinces les cités avaient tout pouvoir pour voter leurs lois, faire la police et même battre la monnaie pour certaines. On sous-estime encore aujourd'hui à quel point l'Empire romain était particulièrement décentralisé, c'est d'ailleurs ce qui permit de limiter le nombre de révoltes au sein de celui-ci. Il peut être toujours intéressant de s'inspirer de ce modèle, tout en le rendant réellement démocratique, ce qui dans le cadre de l'Empire romain ne fut jamais le cas.
Aujourd'hui, on critique l'Europe car elle n'a pas de projet, peut-être est-ce simplement que les hommes politiques n'ont pas le courage de guider un projet réellement ambitieux, un projet de société nouvelle.
[1] ELIAS Norbert, La dynamique de l'occident, Pocket, 2003.
[2] HOBSBAWM Eric, Nations et nationalismes, Gallimard, 2001.
[3] SAINT-SIMON, L'industrie, 1817.
[4] BAECHLER Jean, Morphologies sociales, Presses universitaires de France, 2005.
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