Les Jeunes Européens France
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  • Le Brexit doit refonder l’Union

    25 juin — Opinions, ,

    Le Royaume-Uni quittera l'Union européenne. La majorité des Britanniques ont voté la sortie lors du référendum. Que signifie cette décision historique pour l'Union européenne ? Commentaires des rédactions du magazine.

    Une nuit qui change l'Europe

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    Marcel Wollscheid - Rédacteur en chef du magazine treffpunkteuropa.de

    Il y a 43 ans, le Royaume-Uni devenait un Etat-membre de la Communauté européenne. Maintenant il est temps de se dire au revoir : Les Britanniques se sont prononcés en faveur du Brexit lors du référendum sur l'Union européenne.

    Le Premier ministre Cameron a finalement avec la stratégie ouvert la boîte de Pandore, en utilisant le référendum britannique sur la participation à l'Union européenne comme moyen coercitif sur les discussions au sein de la famille européenne. La livre sterling tombe au plus bas depuis 30 ans après le résultat Brexit. Les marchés financiers en Europe s'effondrent. Le Royaume-Uni s'est déchiré à travers ce référendum entre l'Angleterre et le Pays de Galles d'un côté et les Etats majoritairement pro-européens, l'Ecosse et l'Irlande du Nord d'un autre côté. En cohérence, Cameron doit prendre ses responsabilités et démissionner.

    L'Union européenne se transformera à travers le Brexit : elle sera par la sortie du troisième plus grand Etat-membre, la deuxième économie géopolitiquement sensiblement plus petite, économiquement plus orthodoxe de la part de l'Etat et plus fortement polarisé de l'Allemagne.

    Dans le même temps, l'Union européenne doit changer pour survivre à l'avenir. Ni sa légitimité démocratique, ni les résultats de l'Union ne sont aujourd'hui satisfaisants pour les deux vastes parties des populations. Il est grand temps de relancer le moteur franco-allemand – avec pour objectif de refonder l'Union européenne comme garante de prospérité, de sécurité et de liberté au XXIe siècle.

    Ce statu quo n'a jamais fait rêver personne

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    Hervé Moritz - Rédacteur en chef du magazine Le Taurillon

    Une majorité des Britanniques ont choisi le 23 juin de quitter l'Union européenne. C'est une défaite amère pour les partisans du projet européen dans une campagne qui a fait la part belle aux clichés et aux arguments faciles plutôt qu'à la raison. Après la victoire du camp du Brexit, dans un royaume plus que jamais divisé, on ne peut pas se réjouir de la perte prochaine de près de 64 millions de citoyens européens. D'autant que cela encourage d'autres à quitter le navire plutôt qu'à le mener à bon port.

    Dans cette campagne aux dérives nationalistes, il manquait un camp, celui des pro-Européens, des fédéralistes. Les Britanniques avaient le choix entre la sortie de l'Union européenne ou le chantage de David Cameron, une Europe intergouvernementale « à la carte », bloquée, sans perspective, condamnée au statu quo. Ce statu quo n'a jamais fait rêver personne.

    L'Union européenne dans sa forme actuelle est donc dépassée, à l'agonie, et tant mieux. Cette Europe intergouvernementale et technocratique, punitive, qui décide derrière des portes closes, qui griffonne des directives au sommet de tours de verre bruxelloises, personne n'en veut. Les fédéralistes ont sonné l'alarme depuis plusieurs années.

    Que faut-il faire maintenant ? Nous avons besoin d'un projet nouveau, d'une refondation profonde du projet européen. Cette nouvelle ambition doit permettre de prendre des décisions concrètes immédiates pour résoudre la crise des réfugiés, la crise économique et sociale, la crise politique de l'Union européenne du fait de la faiblesse de ses institutions, en particulier du Parlement européen. On ne peut pas attendre les élections françaises et allemandes de 2017. Il faudra également être ferme dans les négociations avec le Royaume-Uni, dehors c'est dehors. Et avec ceux qui le souhaitent, osons le saut démocratique et fédéral !


  • Après le Brexit, la seule solution est d’aller de l’avant

    24 juin, par JEF Europe — Opinions

    Après l'annonce de la victoire du « out » au Royaume-Uni, les Jeunes Européens Fédéralistes réagissent dans un court communiqué. La tristesse à l'idée de la sortie des Britanniques du projet européen laisse place à l'espoir d'horizons meilleurs pour l'Europe, ouvrant la porte à la construction d'une union refondée et plus intégrée autour de l'euro zone. Réaction.

    Après une nuit électorale pleine de rebondissements au Royaume-Uni, c'est finalement le camp du « leave » qui s'impose lors du référendum sur l'Union européenne avec 51,9% des voix. Séisme sans précédent dans l'Union européenne, les places boursières observent d'ores et déjà une chute record. Le Premier ministre David Cameron a annoncé sa démission après la victoire des leaders du « leave ». S'ouvre dès aujourd'hui une période de deux ans de négociations pour établir les conditions du divorce.

    La JEF Europe respecte, mais regrette, la décision des citoyens britanniques et appelle les gouvernements de l'Union européenne à construire les étapes décisives de l'intégration européenne.

    Nous, les Jeunes Européens Fédéralistes – Europe, tout en respectant la décision prise par les citoyens britanniques, regrettons profondément le résultat du référendum en faveur de la sortie de l'Union européenne.

    Désolés que vous ayez décidé de partir…

    La JEF Europe a soutenu la campagne du « remain » et sa section au Royaume-Uni, le Young European Movement (YEM), a essayé de donner une issue positive à ce référendum. Nous espérions une plus forte participation des jeunes, qui sont plus favorables à rester dans l'Union européenne, et nous regrettons que les citoyens européens vivant au Royaume-Uni n'aient pas été autorisés à participer. Nous aurions également souhaité une campagne plus juste, dans laquelle le camp du « leave » n'aurait pas basé sa rhétorique principalement sur des mensonges, dans l'attention de provoquer la haine et la peur parmi les citoyens britanniques.

    Maintenant que la décision a été prise, le gouvernement britannique doit pleinement engager la procédure pour sortir de l'Union européenne. Le message clair de ce référendum doit être : dehors c'est dehors. Dans le processus de renégociation entre les 27 Etats membres et le Royaume-Uni, nous appelons les institutions de l'Union européenne à travailler à une issue favorable aux 27 Etats membres qui restent.

    Il est temps pour nous d'aller plus loin !

    Nous restons convaincus que ce jour ne marque pas seulement le jour des réactions au résultat britannique. Pour les 27 Etats membres restants, le départ du Royaume-Uni marque un tournant important. Pour démontrer que ce n'est pas la dislocation, mais l'intégration qui pourra aide l'Europe à relever ses défis internes et externes, les Etats membres doivent saisir cette opportunité pour avancer dans l'intégration politique et aller plus loin.

    Maintenant il est temps de regarder devant nous. Trop longtemps la question britannique a verrouillé toute réforme importante pour l'Union européenne. Nous, JEF Europe, appelons les gouvernements des pays de la zone euro à construire les étapes urgentes et décisives vers une véritable union politique, économique et fiscale.


  • Sylvie Guillaume : « L’Europe d’aujourd’hui, ce n’est pas celle que je défends au quotidien »

    23 juin, par Alexandra Volou — Opinions, , , ,

    Dans une interview pour la rédaction du Taurillon, Sylvie Guillaume, vice-présidente du Parlement européen, revient sur les dossiers brûlants de l'actualité européenne. Brexit, crise économique et financière, situation sociale, question des réfugiés et remise en cause de l'Union européenne y sont abordés.

    Le Taurillon : Le 23 juin 2016, les Britanniques choisiront de demeurer membre de l'Union européenne ou de la quitter. Quel serait le coût - politique et économique - pour l'Union européenne d'un possible « exit » du Royaume-Uni ?

    Sylvie Guillaume : « Ce que j'ai trouvé très frappant dans la manière dont s'est organisée cette consultation, c'est que finalement David Cameron demande à l'UE de répondre à des questions sans que lui n'apporte aucun élément étayant son questionnement.

    Quand il parle par exemple de la zone euro, en essayant de limiter son impact, il ne démontre en rien que l'économie britannique a pâti de sa non-appartenance à la zone euro. Quand il parle des prestations sociales aux étrangers, sous-entendant qu'il parle des Européens en mobilité en Grande-Bretagne, il n'apporte aucun élément, qui permette de prouver que la présence en Angleterre de ces communautés, assez nombreuses effectivement, a entraîné des effets négatifs. On pourrait multiplier les exemples sur les demandes qu'il avait faites au départ. Il y avait en fait une curieuse inversion de la charge et de la preuve de la part du Premier ministre britannique.

    C'est difficile de quantifier l'impact réel que la sortie du Royaume-Uni aurait sur l'UE, parce qu'il est déjà dans une position très ambiguë et un peu marginale. Je pense que l'impact économique sera plus ressenti par les Britanniques que par l'Union européenne. Et c'est plutôt cela qu'il faut mesurer dans cette consultation en cours. »

    Le Taurillon : L'Union européenne doit-elle encore faire des compromis ?

    Sylvie Guillaume : « Les conditions de la discussion ont été initialement posées par David Cameron ; une discussion en Conseil a eu lieu qui répond sur plusieurs plans. La campagne a eu lieu au Royaume-Uni, vis-à-vis de ces propositions. S'il y a un vote de sortie, que j'appelle « négatif », il va y avoir une phase de discussions pour la sortie, mais l'engagement mutuel entre le Conseil et le Royaume-Uni tombe de fait.

    Si le vote est positif, et qu'il y a donc un « Bremain », il va y avoir une discussion sur les conditions du maintien dans l'union. Je rappelle également que le Parlement n'a pas été consulté sur les engagements pris. La discussion va donc se poursuivre et le Parlement sera consulté. Nous allons donc poursuivre ce dialogue sur le contenu, s'interroger sur ce que cela veut dire, par exemple en matière de liberté de circulation, ce que cela veut dire sur les conditions économiques. La discussion n'est pas close, les termes du débat pour le référendum existent, mais les discussions avec les institutions doivent se poursuivre. »

    Le Taurillon : Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste au Royaume-Uni, a déclaré qu' « une Europe usurière transformant les petites nations en colonies asservies sous le fardeau de la dette n'a aucun avenir ». Cette opinion est partagée par beaucoup d'Européens ces dernières années, y compris par des europhiles, qui observent le sort de certains pays de l'Europe, comme la Grèce, à la suite de la crise économique et financière. Que pensez-vous de cette déclaration alarmiste ?

    Sylvie Guillaume : « Je ne connais pas très bien Jeremy Corbyn, mais il est réputé pour avoir effectivement une expression un peu provocatrice ; c'est manifestement le cas quand il parle de « petites nations », de « colonies asservies », de « fardeau de la dette ». Je ne partage pas du tout l'idée selon laquelle il y a de « petites nations asservies » ; on est tous des Etats membres parfaitement « adultes et intelligents ».

    Là où Jeremy Corbyn n'a pas tort, c'est que l'image donnée par l'Union européenne ces dernières années est celle d'une Europe punitive en matière économique. Cela s'est exprimé de façon extrêmement visible s'agissant de la Grèce, avec des politiques qui ont été décidées, puis imposées de façon unilatérale sans contrôle démocratique, puisque la Troïka n'a pas de composante démocratiquement élue en son sein. C'est pour cela et pour les décisions prises qu'elle était parfaitement critiquable.

    Cela a donné une image extrêmement négative notamment parce que cela a eu un impact humain et social très lourd dans les pays concernés, en Grèce évidemment, mais aussi en Espagne, au Portugal et ailleurs. Il faut mieux associer les Etats membres à des politiques plus adaptées à leur situation, avec plus de flexibilité. »

    Le Taurillon : L'Union économique et monétaire fut conçue comme l'incarnation institutionnelle de la solidarité qui unirait les populations de la région. Dès sa genèse, certains ont soutenu qu'elle est condamnée à se solder par un échec. La solidarité au sein de la zone euro est-elle in fine vouée à l'échec ?

    Sylvie Guillaume : « Sur la solidarité, on est loin d'avoir franchi toutes les étapes et d'avoir sillonné tous les chemins et on rencontre des oppositions politiques. La solidarité européenne est remise en cause car elle a été percutée par la crise bancaire et économique - elle le demeure - et on en voit les effets encore maintenant. Elle est percutée avec la question du Brexit - ou du « Bremain » -, mais aussi quand on parle de la crise des migrants. On voit bien que cette dimension de partage de responsabilités - c'est peut-être l'autre nom de la solidarité - est demandée par la Commission et par le Parlement s'agissant de la répartition des personnes réfugiées, mais elle se heurte à une fin de non-recevoir de la part des Etats membres. »

    Le Taurillon : Plusieurs ONGs soutiennent que l'Europe désavoue ses valeurs fondatrices dans sa manière de réagir à la crise migratoire. Qu'en pensez-vous ?

    Sylvie Guillaume : « La problématique devant laquelle nous sommes est celle de la contagion. C'est le signal qui serait donné par un Brexit, le signal d'une Union « à la carte » selon laquelle chaque Etat pourrait être tenté de choisir son propre référendum, sur telle ou telle question. Ce n'est pas si loin de la question sur la solidarité telle que vous l'avez abordée. Ce risque il existe, il n'est pas suffisamment maîtrisé. Et surtout, il ne s'exprime plus de voix avec une portée collective suffisamment forte qui luttent contre ce type de phénomène. Et cela, je le regrette de la part des leaders européens.

    Pour en revenir aux ONGs, elles dénoncent l'accord passé avec la Turquie et le renvoi des réfugiés sur le territoire turc, en disant qu'elle se transforme en un Etat autoritaire et non-respectueux des droits fondamentaux de ses ressortissants. »

    Le Taurillon : Cet accord est-il compatible avec les conventions internationales concernant le droit d'asile, en faisant notamment allusion à la Convention de Genève, dont certains protocoles ne sont ni signés ni ratifiés par la Turquie. Pensez-vous que par cet accord l'Union européenne viole « par ricochet » les droits des demandeurs d'asile ?

    Sylvie Guillaume : « Il y a une problématique massive vis-à-vis de cet « accord », qui n'est d'ailleurs pas un accord, mais une déclaration commune entre la Turquie et la Commission avec le soutien et la décision unilatérale, pour dire les choses telles que je les pense, de Mme Merkel.

    Le Parlement n'a pas été sollicité sur cette déclaration, sur son contenu, sur ce qui a été qualifié du « un pour un » où pour un Syrien retourné depuis la Grèce vers la Turquie, un autre Syrien pouvait venir en Europe en étant relocalisé. Ces dimensions de « troc » n'ont évidemment pas reçu de validation démocratique. C'est une nouvelle démonstration qu'il y a des passages en force qui s'effectuent et qui sont parfaitement critiquables.

    Il existe des éléments qui rendent le dispositif fragile : il n'est pas légalement étayé, les questions de refoulement sont douteuses, le donnant-donnant entre l'accord de réadmission et la libéralisation des visas est assez instable, les critères par rapport à la libéralisation de visas ne sont pas remplis…

    Moins de gens meurent en mer, c'est le seul aspect positif que j'y vois, mais je pense que c'est surtout parce que le signal donné aux passeurs est que cette voie-là est surveillée, et ils en ont donc cherché d'autres. Ce qui manifestement se traduit par des passages de plus en plus nombreux entre la Libye et l'Italie.

    Il y a énormément de ressorts différents dans cet accord. On ne peut pas passer sous silence les dérives extrêmement graves de la part du pouvoir turc à l'heure actuelle sur les journalistes, sur la liberté d'expression, les universitaires, bref tout ce qui constitue une forme de contre-pouvoir à un dirigeant qui de mon point de vue, est en train de franchir beaucoup de limites. »

    Le Taurillon : L'ensemble de ces crises vient remettre en cause l'Union européenne elle-même. Les différentes crises pourraient être mises en parallèle avec les symptômes d'une même maladie. Selon vous, est-elle « curable » ? Êtes-vous optimiste pour l'avenir ?

    Sylvie Guillaume : « Je suis très partagée en ce moment, parce que je pense que ce que l'Union traverse est extrêmement inquiétant, et que c'est un « crash test » dont je ne connais pas l'issue finale. Donc, pour l'instant, je suis pessimiste, mais en même temps je suis persuadée qu'il y a d'autres façons de faire.

    L'Europe d'aujourd'hui, celle que je vois sous mes yeux, n'est pas celle dont j'ai envie, ce n'est pas celle que je défends au quotidien. Je ne peux pourtant pas désespérer d'une réorientation européenne qui soit plus adaptée à ce qu'attendent les peuples. En ce moment, on a un problème d'une Europe qui doit faire les preuves de sa capacité à mettre en œuvre des politiques économiques adaptées contre le chômage, adaptées à l'investissement, la relance et la croissance… Cette réorientation-là, je ne ferai jamais une croix dessus et je continuerai à contribuer à ce qu'elle se mette en place. »

    Propos recueillis par Alexandra Volou

  • Brexit : Donnons la citoyenneté européenne aux Britanniques qui ont fait le choix de l’Europe

    23 juin, par Benjamin Fievet — Opinions, , , ,

    Aujourd'hui, les Britanniques se prononcent sur leur futur au sein de l'Union européenne. Peut-être choisiront ils d'en sortir. Si cela devait être le cas les plus d'un million de Britanniques vivant dans un autre pays de l'Union européenne (et majoritairement favorables au maintien dans l'UE) pourraient bien en pâtir.

    N'étant plus citoyens d'un État membre de l'UE, les expatriés britanniques pourraient, à moins de rentrer au Royaume-Uni, se retrouver obligés de demander un permis de travail, voire de résidence. L'avenir de leur couverture sociale serait, lui aussi, incertain. Des problèmes auxquels les citoyens européens ne sont plus confrontés en raison, précisément, de leur citoyenneté européenne.

    Afin d'éviter de tels désagréments, nombreux sont ceux qui, parmi ces expatriés britanniques, cherchent à obtenir la citoyenneté de leur pays d'accueil. Mais la procédure peut parfois être longue et compliquée. Pour certains, cela peut même s'avérer impossible (notamment car ne résidant pas dans le pays depuis assez longtemps ou à cause de contraintes linguistiques).

    Ces femmes et ces hommes qui ont fait le choix de l'Europe ne devraient pas avoir à subir les conséquences d'une sortie de l'UE décidée par leurs compatriotes qui, eux, ne seraient pas concernés. A fortiori quand une bonne partie d'entre eux n'auront pas leur mot à dire (en effet, les Britanniques résidant à l'étranger depuis plus de quinze ans ne pourront pas voter lors de ce référendum).

    Aussi, dans le cas d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union, donnons la citoyenneté européenne aux Britanniques résidant dans un autre État membre de l'Union qui le souhaitent. Et ce indépendamment de l'acquisition de la citoyenneté d'un État membre (l'un n'empêchant par ailleurs pas l'autre). Une telle mesure leur permettrait de conserver l'ensemble des droits conférés par la citoyenneté européenne (liberté de circulation et de séjour, droit de vote aux élections locales, etc.) et ce quelques soient les conditions de sorties et futurs accords négociés avec le Royaume-Uni. Elle se cumulerait avec la citoyenneté britannique mais, cette dernière n'entraînant plus la citoyenneté européenne, n'y serait plus liée.

    Une telle mesure ne serait pas une première. Lors de la rétrocession de Hong-Kong à la Chine le Royaume-Uni avait créé une nouvelle catégorie de nationalité spécialement pour que les hongkongais n'étant pas citoyens britanniques conservent un lien avec le Royaume-Uni et bénéficient de certains droits.

    Outre les conséquences pratiques qu'aurait une telle mesure pour les citoyens britanniques résidant sur le continent, le découplage de la citoyenneté européenne de la nationalité d'un État membre serait un symbole fort rappelant que le projet européen est post-national.

    En cas de Brexit, ne sombrons pas dans la britanophobie et jouons-nous du nationalisme : permettons à ceux qui se sentent européens de continuer à l'être !


  • Brexit : les exclus du vote discriminés

    22 juin, par Robin Alves — Actualités, , ,

    A l'approche finale du vote sur la sortie ou le maintien du Royaume-Uni de l'Union européenne, les exclus du vote représentent un sujet tabou. Si le scrutin influence l'ensemble de l'Union européenne, les citoyens européens hors Commonwealth installés dans le territoire britannique ne pourront pas prendre part au vote. Ni les Britanniques résidant dans un autre pays depuis plus de 15 ans ainsi que les jeunes entre 16 et 18 ans. Injustice, calcul et discrimination ?

    Qui peut voter lors du référendum sur Brexit ?

    Le premier ministre David Cameron a délimité le corps électoral. Les listes correspondent aux élections législatives et non aux élections européennes ou locales. Ainsi, les citoyens européens qui vivent et travaillent au Royaume-Uni ne pourront pas voter. En revanche, un citoyen britannique, irlandais ou un ressortissant du Commonwealth pourra voter. Selon le journal The Guardian, plus d'un million de personnes seront exclues du vote. Une aubaine pour les eurosceptiques. Le journal ajoute que des progrès avaient été accomplis lors du référendum portant sur l'indépendance de l'Ecosse avec la participation des jeunes de 16 et 17 ans. Mais, ils ne pourront pas s'exprimer jeudi, alors que le futur de l'Europe les concerne davantage que les plus de 60 ans.

    Enfin, les Britanniques vivant à l'étranger depuis plus de 15 ans ne pourront également pas voter, contrairement à une promesse faite par les conservateurs en 2015.

    Et selon les chiffres du Parlement, on estimerait à 1,2 million de Britanniques résidant dans l'Union européenne, sans qu'il soit possible de savoir combien d'entre eux y vivent depuis plus de 15 ans. Un nombre considérable d'expatriés qui auraient sans doute peser dans la balance en faveur du « in ».

    Les Britanniques vivant à l'étranger les plus touchés en cas de Brexit

    La Cour d'appel de Londres a débouté deux Britanniques contestant l'incapacité de vote après 15 ans de vie hors du Royaume-Uni. En l'espèce, Harry Shindler ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale résidant en Italie et Jacquelyn McLennan, une avocate vivant en Belgique. Ils estimaient que cette impossibilité de vote contrevenait au droit de la liberté de circulation au sein de l'Union européenne.

    En 2015, David Cameron dans son discours de la Reine de mai s'était engagé à lever l'interdiction de vote des Britanniques vivant à l'étranger depuis plus de 15 ans. Mais une partie des conservateurs ne voulaient pas que les expatriés puissent voter au référendum et David Cameron ne voulait pas essuyer un échec au Parlement. Il préféra patienter. Mais en cas de Brexit, nombre de ces citoyens ne pourront voter pour aucune autre élection. En France par exemple, il ne sera plus possible de prendre part aux élections locale et européennes en France, mais aussi du Royaume-Uni.

    Ce choix est d'autant plus critiquable qu'il sépare les citoyens britanniques en deux catégories. Ces personnes exclues de la société politique pourront être exclues de la société elle-même. Jan, un Britannique résidant en France évoque : « Tous nos frais de santé sont remboursés à la France par le Royaume-Uni, par le biais du National Health Service. Si nous quittons l'Europe, cette coopération risque de cesser et nous ne serons plus protégés par les traités européens ». Un autre résident Peter ajoute que « Notre maintien en France risque d'être soumise à l'obtention de visas ou de cartes de résidence ».

    Inquiets, ces expatriés redoutent l'éventualité du rétablissement des barrières douanières, des taux de change défavorables de la livre sterling et de nombreux autres facteurs encore inconnus.

    Les citoyens européens résidant au Royaume-Uni pris au piège

    De nombreux pays accordent le droit de vote aux étrangers à condition d'un certain temps sur le territoire à l'instar du Danemark, de la Suède ou de la Slovénie. Les deux premiers pays autorisant même des étrangers à être élus. Au Royaume-Uni, si le Commonwealth est plébiscité, les citoyens européens ont toutefois de nombreux droits. Ils peuvent voter aux élections locales et européennes, mais aussi pour le Parlement écossais, l'assemblée nationale du Pays-de-Galles et de l'Irlande du Nord s'ils sont respectivement inscrits dans ces pays. L'année dernière, les citoyens européens inscrits en Ecosse ont eu la possibilité de voter lors du référendum portant sur l'indépendance. De là, comment envisager de les exclure du vote sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne ? Ils sont pris au piège et seront marginalisés en cas de Brexit.

    Un Canadien, résidant du Commonwealth pourra décider du sort du continent européen tandis qu'un Espagnol résidant depuis 25 ans en Angleterre ne pourra pas. Lucie Hilton, née à Paris de parents portugais s'est installée au Royaume-Uni depuis 16 ans. Elle a lancé une pétition, rassemblant plus de 4 000 signatures en vain. Elle évoque que « votre vie va changer le 23 juin et vous n'avez aucune idée de ce qui va se passer ».

    Nishan Dzhingozyan originaire de Bulgarie et résidant en Grande-Bretagne depuis 10 ans a même écrit une lettre à David Cameron : « Nous pensons que c'est un cas flagrant de discrimination. Nous sommes tous installés dans ce pays, nous sommes tous des contribuables. Nous avons des propriétés et nous participons non seulement à la vie économique, mais aussi politique, culturelle et sociale du Royaume-Uni ». La citoyenneté a ainsi de multiples facettes en fonction des pays et de la culture de chacun. L'essentiel étant de définir son contour dans l'optique d'une société harmonieuse. Au Royaume-Uni, le critère de nationalité ou d'appartenance au Commonwealth a le dernier mot.

    Les citoyens européens ne pourront que subir le vote du 23 juin. Quant aux expatriés depuis 15 ans et les jeunes de 16 à 18 ans, il est temps de vous faire entendre et d'en terminer avec ces discriminations.



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