Les Jeunes Européens France
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  • Juncker s’attaque à l’exil fiscal en Europe

    24 novembre, par Jaan — Actualité, , ,

    Alors que la session parlementaire s'ouvre aujourd'hui à Strasbourg, le scandale LuxLeaks continue à éclabousser l'exécutif européen. Le dossier de l'évitement fiscal au Luxembourg, fruit de négociations menées sous le mandat de Jean-Claude Juncker, lorsqu'il était Premier ministre du Grand-duché (1995-2013), mine les premières semaines de ce dernier dans sa fonction de président de la Commission européenne. D'abord muet, il a finalement annoncé qu'il accélérerait les travaux de la Commission pour y mettre fin et ouvrir la voie vers l'harmonisation fiscale. Un mea culpa qui vient un peu tard.


  • Union eurasiatique : intégration économique ou deuxième guerre froide ?

    23 novembre, par Petar Petrov, Traduit par Charles Nonne — Actualité, ,

    « C'est comme si vous sortiez avec une fille depuis longtemps. Vous avez rencontré ses parents, vos familles sont parties en vacances ensemble, et maintenant vous voulez vous fiancer… l'intégration eurasiatique a été particulièrement laborieuse, mais elle va de l'avant. » Cette déclaration de Pavel Andreev, rédacteur pour l'agence de presse étatique russe Rossiya Segodnya, illustre pourquoi il a fallu tant de temps pour mettre l'Union eurasiatique sur pied.

    L'émergence de l'Eurasie, entre liberté économique et « soviétisation »

    Souvent considérée comme l'incarnation de la nostalgie poutinienne de l'ancienne Union soviétique, l'Union eurasiatique a longtemps été ignorée par l'Occident. Pourtant, c'est en marge d'un sommet de l'Union eurasiatique que Vladimir Poutine a rencontré le président ukrainien Petro Porochenko en août 2014, à Minsk. Le prédécesseur de Porochenko, Viktor Ianoukovitch, avait plaidé pour l'adhésion de l'Ukraine à cette organisation. Il avait alors refusé de signer un accord d'association avec l'Union européenne, ce qui avait déclenché les manifestations de l'hiver dernier à Kiev.

    Le Kremlin souhaite que le Kirghizstan joigne son Union, actuellement composée de la Russie, du Belarus et du Kazakhstan. Récemment, le président arménien Serge Sargsian a également déclaré que l'Arménie rejoindrait l'organisation. En revanche, le président ukrainien Petro Porochenko s'est vu accorder le statut de simple observateur lors de ce sommet.

    Les responsables russes n'hésitent pas à vanter le potentiel de l'Union eurasiatique. Ils affirment notamment que tous les secteurs de l'économie pourraient en profiter, de la machinerie lourde biélorusse à l'élevage bovin kazakh. Ils soulignent en outre le fait que les échanges intra-Union eurasiatique ont crû de 30 % depuis 2011. Cependant, selon M. Trenin, directeur de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, les avantages économiques de l'intégration sont discutables. Il soutient ainsi que la croissance annuelle du commerce serait plus proche des 1,5 %, si l'on prend en considération le boom initial engendré par la levée des barrières douanières début 2011. Le ministre du commerce de la Commission eurasiatique, Andreï Slepnev, affirme lui-même qu'il ne pense pas que cette croissance permettra seule à l'économie russe de sortir de la stagnation.

    Si les prévisions sont aussi pessimistes, à quoi l'Union eurasiatique sert-elle réellement ? Selon l'ancien ministre arménien des Affaires étrangères, Alexandre Arzoumanian, la Russie compte sur cette Union pour asseoir sa domination sur les petits États membres et ressusciter l'ancienne Union soviétique. Toutefois, Andreï Slepnev affirme que la Russie n'exerce aujourd'hui aucun réel contrôle sur ces pays.

    Il semble que ce constat soit fondé : en juin, le Belarus et le Kazakhstan ont opposé leur veto au projet russe de blocage des importations exonérées de droits de douane en provenance d'Ukraine. De plus, la Russie a dû abandonner son idée d'instaurer un Parlement eurasiatique face au refus du Kazakhstan. Selon Constantin Sonin de l'École des hautes études en sciences économiques de Moscou, cette intégration économique devrait principalement bénéficier aux petits États membres, en particulier grâce aux baisses des tarifs de l'énergie fournie par les producteurs russes comme Gazprom et Rosneft. S'ils ne bénéficiaient pas de tels avantages, selon lui, des pays comme le Belarus se tourneraient certainement vers l'Union européenne, comme l'Ukraine l'a déjà fait l'hiver dernier.

    Le désir de Vladimir Poutine de poursuivre l'intégration eurasiatique, et ce en dépit du manque d'avantages économiques pour Moscou, peut sembler surprenant. Certains analystes affirment que la Russie veut prendre pied dans des pays comme l'Ukraine et l'Arménie, non pas pour les contrôler directement mais pour éviter toute forme d'influence occidentale. Certains analystes estiment que « la Russie ne veut pas tant le pouvoir que l'apparence du pouvoir. Dans la mesure où elle voit tout gain pour l'Occident comme une perte pour elle-même, la Russie veut continuer à promouvoir son projet de prédilection ».

    Indépendamment des objectifs ultimes de Vladimir Poutine, une zone de libre-échange eurasiatique pourrait avoir une influence considérable. L'actuelle Union économique eurasiatique à trois pays représente un marché de plus de 165 millions d'habitants, et un PIB total d'environ 2300 milliards de dollars, sans compter l'Arménie et le Kirghizstan en tant qu'États membres potentiels.

    L'Union eurasiatique, entre succès politique et échec économique

    Le succès allégué de la Communauté eurasiatique n'a cependant pas été suffisant pour séduire tous les autres pays de la région. L'Azerbaïdjan et la Moldavie sont en effet attirés par la perspective d'une adhésion à l'Union européenne, tandis que les républiques d'Asie centrale comme l'Ouzbékistan, le Turkménistan et le Tadjikistan prennent en considération le projet de Moscou. La guerre entre la Géorgie et la Russie en 2008, tout comme le mouvement Euromaïdan en Ukraine, sont de nature à dissuader ces anciennes républiques soviétiques de signer tout accord d'adhésion à une Union menée par Moscou.

    Plusieurs analystes pensent que les pressions du Kremlin ne suffiront pas à persuader ces États de joindre l'Union. D'autres se demandent si la Russie a bien fait de signer un partenariat économique et politique avec le Belarus, une dictature à court d'argent. Il n'est pas certain que les Russes eux-mêmes accepteraient toutes les conséquences d'une union économique, à commencer par un afflux de travailleurs étrangers engendré par une Union eurasienne inspirée du modèle européen.

    « Le projet eurasiatique est le mirage d'un archipel postsoviétique dans lequel des régimes autoritaires se soutiendraient les uns les autres pour préserver leur pouvoir », a récemment écrit Lilia Shevtsova, auteure de la Russie de Poutine. L'économiste Anders Aslund va plus loin encore, définissant le projet de Vladimir Poutine comme une « impasse néo impérialiste » vers laquelle la Russie se dirige « toujours davantage ».

    Vers une vengeance postsoviétique ?

    Les intentions russes concernant la future Union eurasiatique sont encore obscures. S'agit-il d'une manière d'affaiblir les Occidentaux en construisant un modèle multipolaire ? Ou bien d'établir une union économique visant à plus d'intégration et de coopération, version moderne et globalisée de l'URSS dans une époque où l'Union européenne manque de croissance économique et d'influence politique ?

    Tiré de :
    - The other EU : Why Russia backs Eurasian Union ?, dans The Economist, 23 août 2014.
    - A brief primer on Vladimir Putin's Eurasian dream, dans The Guardian, le 18 février 2014.


  • Budget européen : Comprendre les enjeux des crises institutionnelles successives

    22 novembre, par La Rédaction du Taurillon — Actualité, , ,

    Dans une interview exclusive, Eulalia Rubio, chercheuse senior à Notre Europe - Institut Jacques Delors, décrypte les enjeux et les perspectives autour du budget européen, qui suscite cette année encore de nouvelles crises institutionnelles. Ses recherches et ses publications portent notamment sur le budget de l'Union européenne, la crise de la dette souveraine dans la zone euro, la gouvernance de l'UEM (Union Economique et Monétaire) et l'avenir du modèle social européen. Son expertise permet de dresser une analyse fine de la situation actuelle et des possibilités de résolution du conflit entre les institutions.

    Le Taurillon : Pouvez-vous expliquer les raisons de la crise budgétaire que connaît actuellement l'Union européenne ? A qui la faute ?

    Eulalia Rubio : En fait il y a deux « crises budgétaires » à présent qui s'entremêlent ; la crise des factures impayées, qu'on a régulièrement depuis quelques années en fin d'année, et une crise concernant la demande de rallonges aux contributions nationales de certains pays (Royaume Uni et autres) au budget européen.

    La première crise, la crise des factures impayées, est récurrente depuis quelques années. L'origine de la crise vient du fait que les États, sous pression au niveau national pour faire des économies, ont eu ces dernières années une tendance à réviser chaque année à la baisse la prévision de crédits de paiement que fait la Commission pour l'année suivante, c'est-à-dire la prévision de dépenses à effectuer. Le résultat est un écart grandissant entre le niveau de dépenses engagées par l'Union européenne, les dits « crédits d'engagement », et la capacité à payer ces dépenses, les dits « crédits de paiement », et donc une accumulation de factures impayées. On pourrait dire que la faute dans ce cas-là est surtout celle du Conseil par sa tendance à baisser les prévisions de paiements qui est à l'origine des factures impayées.

    La deuxième crise, la crise des rallonges des contributions nationales, découle d'un exercice de révision des contributions nationales qui s'effectue tous les ans, mais qui cette année exceptionnellement a abouti à des demandes de rallonges très importantes pour certains pays (2,1 milliards d'euros pour le Royaume-Uni, plus de 600 millions pour les Pays-Bas). Il n'y a pas un « coupable » politique dans ce cas. C'est une révision du calcul du RNB de plusieurs par Eurostat et les instituts nationaux de statistiques, qui a entraîné les rallonges importantes et inattendues de cette année. Or, la solution à cette crise, qui passe notamment par l'approbation d'une modification au règlement « ressources propres » pour permette aux États d'échelonner le paiement de ces rallonges, est entravée par l'autre crise, car certains États, pays bénéficiaires du budget de l'Union européenne, refusent de donner leur approbation à cette modification du règlement tant que le problème des factures impayées ne sera pas réglé. Un cercle vicieux dont il est difficile de sortir.

    Le Taurillon : Quels sont les risques pour les futurs budgets européens, y compris pour le budget 2015, actuellement en discussion ?

    Eulalia Rubio : Le manque de résolution du problème des factures impayées met en risque l'approbation du budget 2015. Comme les années précédentes, le Parlement européen conditionne son approbation du nouveau budget à la résolution du problème des factures impayées. Dans les derniers jours, il y a eu une procédure de conciliation entre le Conseil et le Parlement concernant les budgets rectificatifs pour 2014, destinés à réduire le montant des factures impayées, et le projet de budget 2015, mais ils ne sont pas parvenus à s'entendre dans le délai imparti (17 novembre, minuit). Maintenant, comme le veut la procédure, la Commission européenne devra présenter un nouvel avant-projet de budget pour 2015.

    Le Taurillon : Quel fut le plan initial proposé au Conseil et au Parlement européen par la Commission européenne pour sortir du cycle des impayés ? Quelles sont les pistes de financement ?

    Eulalia Rubio : Le total de factures impayées s'élève à presque 30 milliards, dont 4,7 milliards de factures urgentes à payer cette année. La Commission a proposé de mobiliser la « marge pour imprévus » à hauteur de 4 milliards d'euros, mais le Conseil ne l'a pas accepté. De son côté, le Parlement réclame que les recettes exceptionnelles de 5 milliards d'euros, issues de paiement d'amendes (Google, etc.) que la Commission a reçu cette année soient utilisées entièrement pour régler les factures. Cependant, les États membres ont accepté seulement d'en utiliser 2 milliards à cet effet, souhaitant attribuer le reste à leurs budgets nationaux.

    Le Taurillon : Et maintenant ? La Commission doit tenter de concilier les positions du Parlement européen et du Conseil. Quels sont les points de consensus qui semblent se dessiner ? Quelle issue possible pour mettre fin à ce bras de fer budgétaire ?

    Eulalia Rubio : Maintenant il faut trouver un nouvel accord. Il faut espérer qu'ils vont y arriver. Depuis l'existence du cadre financier pluriannuel en 1988, il n'y a jamais eu besoin de prolonger le budget de l'année dernière pour non-approbation du budget annuel avant janvier. Comme les années précédentes, le résultat sera un compromis entre les deux factions, le Parlement sera forcé de baisser ses demandes et le Conseil devra faire un effort de son côté.

    Le Taurillon : Est-ce que cette solution sera durable ? Faut-il s'attendre à des crises institutionnelles chroniques à propos du budget européen dans les années à venir ?

    Eulalia Rubio : Non, la solution ne sera pas durable et, compte tenu de la situation des finances publiques nationales dans l'Union européenne, tout porte à croire qu'une nouvelle crise des factures impayées se reproduira à l'automne prochain. Le Parlement demande depuis longtemps une réflexion pour trouver une solution plus durable à ce dysfonctionnement structurel, et la nouvelle commissaire au budget, Kristalina Georgieva, a annoncé son intention de s'y atteler. La révision à mi-parcours du cadre financier pluriannuel 2014-2020, prévu en 2016, offrira une opportunité au Parlement européen et la Commission de mettre cette question sur la table des négociations.


  • Elections présidentielles en Roumanie : le peuple plus fort que les manœuvres antidémocratiques

    21 novembre, par Alexandra Thomé — Actualité, ,

    L'élection surprise de Klaus Iohannis, président du Parti national libéral (centre-droit), à la présidence de la République roumaine, dimanche 16 novembre, a été marquée par de troublants dysfonctionnements, privant une partie de la diaspora roumaine de son droit de vote.

    Issu de la minorité allemande en Roumanie et maire de la ville de Sibiu, Klaus Iohannis, le candidat de centre-droit a remporté l'élection présidentielle à une large majorité de 54,5% malgré un premier tour gagné par son adversaire, le candidat de gauche et actuel Premier ministre, Victor Ponta. Les sondages annonçaient un résultat serré, la campagne fut rude.

    On ne peut que se réjouir du taux de participation record : 64,1%, et de la mobilisation des jeunes dans un pays où règne une défiance tenace à l'encontre des politiciens. Cependant cette élection laisse un goût amer en raison des problèmes rencontrés par les électeurs de la diaspora pour exercer leur droit de vote, et ce aux deux tours de l'élection.

    La diaspora est l'une des principales clés de cette élection. Composée de 3 millions de Roumains, elle est une part non négligeable de l'électorat (15%). Les voix des Roumains de l'étranger avaient déjà fait pencher la balance lors de la dernière élection présidentielle en faveur du président sortant Traian Basescu, de tendance chrétienne-démocrate (centre-droit). Pourtant, lors du premier tour de l'élection le 2 novembre dernier, seuls 160 000 bulletins de vote avaient été envoyés de l'étranger. Un tel écart qui s'explique, non pas par l'abstention, mais par le nombre insuffisant de bureaux de vote ouverts en Europe, où réside l'essentiel de la diaspora roumaine. Les 294 bureaux mis à disposition ont été assaillis par des milliers de personnes [1]. Des files d'attente de plusieurs heures telles qu'à Paris, Bruxelles ou Londres, se sont soldées, pour un grand nombre, par une impossibilité de voter avant la clôture des bureaux de vote. Une organisation calamiteuse dénoncée par les électeurs comme une manœuvre visant à empêcher un vote massif de la diaspora en grande partie opposée à Victor Ponta, le candidat social-démocrate. La diaspora vote traditionnellement plus à droite que le reste du pays, or c'est le gouvernement de Victor Ponta, qui organisait les élections. Les tensions était très forte dès le premier tour, le dimanche 2 novembre, notamment à Paris, où les forces de l'ordre ont du contenir la foule quand l'ambassade de Roumanie a décidé de suspendre le vote à 21h alors même que de nombreux électeurs se trouvaient encore dans l'enceinte du bureau de vote.

    Les incidents privant les expatriés de leur droit de vote ont été largement relayés sur les réseaux sociaux et ont provoqué une vague de solidarité et de protestation en Roumanie. Ces manifestations ont poussé le ministre des Affaires étrangères à la démission à la suite de ce premier tour.

    La mobilisation contre Victor Ponta était très forte chez les expatriés pour le second tour, ce dimanche. Le nombre d'électeurs a doublé dans certaines villes sans qu'aucun bureau de vote supplémentaire ne soit ouvert, ce qui n'a fait que confirmer les suspicions sur l'organisation douteuse de l'élection à l'étranger. En Belgique, c'est le bourgmestre de Uccle (commune de Bruxelles), Armand De Decker, qui est intervenu auprès de l'ambassadeur de Roumanie pour que le processus soit accéléré et pour s'assurer que tous les électeurs présents puissent voter [2].

    Ces manœuvres anti-démocratiques auront sans doute été le dérapage de trop d'un gouvernement souvent impliqué dans des affaires de corruption. La stratégie s'est en tout cas révélée perdante et le scandale a permis à Klaus Iohannis de combler son retard et de remporter l'élection haut la main. Plus de 350 000 Roumains de l'étranger ont finalement voté et à près de 90% pour le candidat de centre-droit. On ignore le nombre d'expatriés qui ont été dans l'impossibilité de voter. Quelque soit le résultat de l'élection, il n'est pas acceptable de voir des citoyens roumains privés de leur droit de vote en Europe, sous prétexte que ceux-ci résident dans un autre pays.

    Le 22 décembre prochain, la Roumanie fêtera les 25 ans de sa révolution et de la chute du régime de Ceauşescu. Le nouveau président, qui a promis de combattre la corruption et de renforcer l'indépendance de la justice, aura fort à faire même si le pays a fait d'énormes progrès depuis le début des années 2000 [3]. Si le taux de participation démontre l'envie du peuple roumain de marcher vers une démocratie plus efficace, les incidents survenus rappellent que la démocratie ne doit pas être considérée comme acquise et qu'elle mérite une attention et une mobilisation sans faille.


    [1] En France on ouvre généralement un bureau de vote pour 800 à 1000 électeurs afin d'assurer le bon déroulement d'une élection. Dans le cas des élections roumaines si l'on divise 3 millions d'électeurs potentiels par 294 bureaux de vote on obtient une moyenne de 10 200 électeurs par bureau de vote !

    [3] La Direction Nationale Anti-corruption (DNA) a entrepris depuis le milieu des années 2000 une vaste opération visant à combattre la corruption tentaculaire qui mine le pays. Son travail a été régulièrement critiqué par Victor Ponta alors que des membres de son parti ont été la cible d'enquêtes, voire ont été condamnés par le DNA (notamment Adrian Nastase, Premier ministre socialiste de 2000 à 2004, condamné à 2 ans de prison pour corruption).


  • Réforme Delrio : L’Italie parvient à une réorganisation de son territoire

    20 novembre, par Sergio Camachetty — Actualité,

    La réforme Delrio, réforme territoriale d'envergure, entamée par le gouvernement de Matteo Renzi en Italie, s'est finalement imposée dans une situation économique italienne délicate, qui exigeait une refonte de l'administration territoriale. Ainsi les provinces italiennes, entités locales intermédiaires entre la région et les communes, sont dans le collimateur du gouvernement. Adoptée en avril dernier, cette réforme abolira les 110 provinces dès le 1er janvier 2015.

    Une architecture territoriale complexe

    A l'instar du modèle français, l'administration territoriale italienne n'est pas limpide. En effet, cette organisation tient d'abord de l'architecture même de l'administration nationale. Composé de 20 régions, le territoire italien n'a pas un statut uniforme : la constitution ne s'applique pas de la même manière sur l'ensemble du territoire italien. Fait de l'histoire et de l'évolution du régime politique italien, cinq d'entre elles ont en effet des statuts particuliers [1], ce qui a des conséquences sur l'organisation territoriale du pays.

    L'organisation du territoire italien est comparable à celle de la France, dans la mesure où nous avons des régions, des provinces (qui correspondraient à nos départements) et des communes. Ce sont cependant les compétences allouées à chacune de ces entités qui diffèrent entre les deux pays. La particularité de ce système réside dans le fait que la province n'est pas une entité stable. Il n'est donc pas rare de voir des provinces se créer, fusionner ou disparaître, la dernière en date ayant été créée en 2004, « la provincia di Monza e della Brianza ».

    L'Italie se présente ainsi comme un territoire à géométrie variable avec des régions à statut général, des régions à statut particulier et des provinces possédant des compétences variables selon les régions.

    Une administration plus efficace et plus pertinente

    En supprimant la province, le gouvernement choisit délibérément de supprimer un échelon politique et administratif. Outre la volonté de faire des économies, le gouvernement a opté pour la suppression de la province à des fins d'efficacité des services publics et de simplification pour les usagers de services publics (familles, entreprises, étudiants, etc.).

    Le gouvernement Renzi souhaite en effet donner un nouveau souffle à son pays, un nouveau souffle qui passe par la modernisation de son administration territoriale. Il faut que l'administration soit claire, transparente et avant tout efficace en évitant, autant que faire se peut, les chevauchements et les doublons entre les administrations. La suppression de la province aura enfin pour effet de replacer les communes et les villes métropolitaines au cœur des fonctions politiques et administratives territoriales et renforcer par la même leur autonomie locale, héritant de certaines compétences et budgets.

    Des réformes jusqu'ici inabouties

    Loin de passer inaperçue, cette réforme ne fait pourtant pas débat comme en France. A en croire M. Modugno, les Italiens sont plus attachés à leur ville qu'à leur province, ce qui explique sûrement pourquoi la légitimité de leur existence a souvent été remise en cause.

    Cette réforme n'est donc pas le fait seul du gouvernement Renzi puisqu'elle s'inscrit dans la continuité des politiques de ses prédécesseurs. Les régions ayant été pourvues de plus en plus de compétences au fil des années, les provinces ont été peu à peu dépossédées de leur poids politique et budgétaire perdant ainsi leur capacité opérationnelle. Déjà envisagée par le gouvernement de Silvio Berlusconi en 2008, la nécessité de supprimer la province était d'autant plus importante que le président de la Banque Centrale Européenne de l'époque recommandait l'intervention de l'Etat en ce sens.

    Mario Monti, ayant récupéré le dossier à la suite de la démission de Silvio Berlusconi, poursuivit la réforme et présenta ainsi le décret « Salvia Italia » en 2011. Réduite à des fonctions de coordinations d'activités communales, il semblait clair que la province était vouée à disparaître. Il n'en fut pourtant rien et bien au contraire, un second décret proposait non plus la suppression, mais la fusion des provinces ou leur transformation en villes métropolitaines : loin de régler la question de la province, cette réponse est insatisfaisante et n'est qu'un échec supplémentaire à la volonté de simplification de la carte territoriale.

    Il faut attendre le gouvernement de Matteo Renzi pour enterrer définitivement la province. Depuis sa nomination à la tête du gouvernement italien en février dernier, Matteo Renzi a su imposer ses idées et concrétiser une réforme territoriale engagée depuis de nombreuses années. Certains s'accorderont à dire que sa réforme fut plus facile à mener grâce au soutien populaire exprimé lors des dernières élections législatives européennes du 25 mai dernier, largement remportées par les sociaux-démocrates. Il n'en reste pas moins que Matteo Renzi est bien déterminé à changer les choses et bien que la réforme ne soit pas encore complètement achevée, elle devrait profondément transformer la carte territoriale italienne.

    Des conséquences politiques et structurelles

    Envisager une réforme des collectivités locales implique par voie de conséquence de réaffecter des compétences. Pour l'heure, tant que les provinces ne sont pas supprimées, elles gardent certaines compétences provisoires, mais il faudra à terme penser au transfert de celles-ci ainsi que du personnel et des infrastructures. La tâche est d'autant plus complexe que les régions et l'Etat partagent des compétences et il n'est pas chose aisée de définir des limites strictes entre ces dernières. Conséquence directe de la réforme, il devrait y avoir une diminution du nombre de préfectures (de 110 à une quarantaine) accompagnée d'une fusion des agences territoriales.

    Autre avancée majeure dans l'organisation administrative italienne, la suppression du Sénat dans sa forme actuelle et la fin du bicamérisme. Concernant le Sénat, élu au suffrage universel direct des plus de 25 ans et selon une certaine logique territoriale, nous devrions prochainement voir une réduction substantielle du nombre de sénateur passant ainsi de 321 membres à 100. Autre fait important, les sénateurs ne seront plus rémunérés, ce qui permettra à l'Etat de faire des économies. Le Sénat était jusqu'ici doté d'un pouvoir législatif au même titre que le gouvernement ou les députés. Dès lors, avec cette réforme, le Sénat ne sera plus doté que d'une fonction consultative.

    L'audace dont fait preuve le gouvernement Matteo Renzi est particulièrement appréciée en Italie alors que le pays doit faire face à une dette et à un chômage élevés. Symbole d'une gauche réformatrice, il montre, par sa ténacité, la nécessité de mener des réformes d'envergure. Une volonté réformatrice qui lui a permis d'aboutir à une réforme territoriale de grande ampleur. Une inspiration pour d'autres gouvernements européens désireux de mener à bien de pareilles réformes ?


    [1] La Sicile, la Sardaigne, le Trentin-Haut-Adige, le Frioul-Vénétie julienne, la Vallée d'Aoste



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