Les Jeunes Européens France
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  • Brexit : Pourquoi il ne faut pas punir le Royaume-Uni

    22 juillet, par Marc Nikolov — Actualités, ,

    L'incertitude du Brexit s'estompe peu à peu avec l'arrivée de Theresa May à la tête du gouvernement britannique. Les alternatives à l'appartenance à l'Union européenne se clarifient, et chacune constitue – pour le Royaume-Uni mais surtout pour les eurosceptiques – une défaite certaine. Dans ce contexte, l'Union ne doit ni sur-réagir, ni accommoder Londres, car punir le pays pourrait se révéler contre-productif.

    Les électeurs britanniques ont donc voté, le 23 juin, en faveur du « Leave ». L'incertitude initiale, amplifiée par les démissions du Premier ministre David Cameron et du leader de UKIP Nigel Farage, en passant par la trahison politique de Boris Johnson pour Michael Gove et l'abandon d'Andrea Leadsom, semble s'estomper partiellement avec la nomination de l'ancienne ministre de l'Intérieur Theresa May à la tête du gouvernement. Le choix de ses ministres sonne le début d'une stratégie britannique de négociations de sortie de l'Union européenne : ainsi le nouveau ministre - europhobe - du Brexit David Davis a déclaré que « le résultat idéal (et, à mon avis, le plus probable, après quelque querelles) serait de garder [une relation de libre-échange]. Une fois que les nations européennes auront réalisé que nous ne reculerons pas sur le contrôle de nos frontières, ils viendront d'eux-mêmes à table des négociations. »

    Pourtant, certains au Royaume-Uni et ailleurs s'inquiètent d'une punition possible par les Etats membres de l'Union, qui chercheraient à en faire un exemple d'échec du populisme à agiter devant leurs électorats respectifs. Certains veulent déclencher l'article 50 le plus vite possible, tandis que d'autres préfèrent attendre, tout en prévenant qu'il n'y aurait ni « traitement spécial », ni « picorage » (« cherry-picking ») destiné à accommoder le Royaume-Uni. Comment à la fois conserver des liens économiques aussi étroits que possible avec Londres, et exposer au grand jour les illusions populistes de la campagne « Leave » ?

    Quatre scénarii et un choix impossible

    Quatre scénarii possibles de Brexit se dessinent : un scénario dit « norvégien », rejoindre la Norvège et d'autres dans l'Espace Economique Européen (EEE), une option « suisse » d'accords bilatéraux avec les Etats membres de l'UE, un retour à l'Association Européenne de Libre Echange (EFTA en anglais), et une sortie radicale de l'Union européenne qui signifierait que seules les règles de l'Organisation Mondiale du Commerce régiraient les relations commerciales euro-britanniques.

    Dans chacune de ces éventualités, la libre circulation des biens est conservée et les normes et régulations européennes tant décriées s'imposent sur les exportations britanniques vers l'Union. En revanche, la libre circulation des services et des capitaux, essentielle à la City de Londres, n'est assurée que dans le modèle norvégien qui nécessite la libre circulation des personnes, le principal motif du vote « Leave ». « Reprendre le contrôle » des frontières, mais aussi cesser de contribuer au budget de l'Union, n'est possible que dans le cas d'un retour à l'EFTA, qui n'assure pas la libre circulation des services et des capitaux. Pour couronner le tout, Londres perd tout pouvoir de décision au sein de l'UE, ses lois et normes, et son évolution future ; et l'accès de la City de Londres au marché unique – le passeport bancaire européen – pourrait lui être retiré dans chacun de ces scénarii.

    Finalement, chaque scénario est moins avantageux pour Londres que le statut d'Etat membre. Lequel choisira l'équipe de May dépendra d'un dilemme émanant d'un double objectif : limiter les dommages économiques liés à la disruption de liens commerciaux et financiers avec l'Union européenne, tout en offrant aux partisans du Brexit des gages d'une - illusoire - souveraineté : limiter la liberté de circulation des personnes, échapper aux régulations européennes, et cesser de contribuer au budget européen. Car contrairement aux promesses de « Leave », ces deux objectifs sont incompatibles. Quel que soit le résultat, le Brexit est donc condamné à décevoir, au Royaume-Uni comme à l'étranger, limitant ainsi les risques de contagion eurosceptique sur le continent.

    Le désistement d'Andrea Leadsom au profit de l'expérimentée et pragmatique Theresa May – et le manque cruel de négociateurs commerciaux britanniques – laisse espérer que le pays privilégiera ses intérêts économiques et financiers au détriment de la prétendue souveraineté retrouvée. Un Brexit de façade, donc. Certainement, Londres tentera de continuer à « picorer », comme le laissent entendre les propos de David Davis. Une option à la carte EFTA-plus, avec libre-échange de services ? Ou peut-être un EEE-minus, sans la liberté de circulation des personnes ? L'Europe ne devra pas céder, et répéter son refus d'un traitement spécial. Sans pour autant rendre les choses plus difficiles qu'elles ne devraient être. Car même hors de l'Union européenne, le Royaume-Uni reste un voisin, un partenaire politique et militaire irremplaçable, et notre bonne santé continue de dépendre en partie de la sienne. Surtout, la déception inévitable du Brexit devra être perçue comme résultant des promesses intenables du « Leave » plutôt que d'une intransigeance européenne punitive. En somme, harsh but fair.


  • Politique climatique et énergétique post-Brexit : le Royaume-Uni coupe ses liens avec l’Europe

    21 juillet, par Alexander Steinfeldt, traduit par Cyrille Amand — Environnement & Energie, , , , ,

    La sortie à venir du Royaume-Uni de l'Union européenne le met face à de nouveaux défis en matière de politique climatique et énergétique. Selon toute vraisemblance, ce sont les grands acteurs de l'industrie de l'énergie et les exploitants de centrales nucléaires qui en profiteront. Et, surtout, c'est le rapport de force au sein de l'Union qui s'en trouvera transformé.

    L'Union européenne a mis en œuvre une politique climatique commune depuis 2000. Depuis 1996, les enjeux énergétiques sont discutés ensemble par tous les États-membres.

    Comme les directives européennes ont déjà été appliquées et incorporées au droit britannique, il n'y aura pour le Royaume-Uni pas de bouleversement législatif nécessaire une fois sa sortie de l'Union européenne actée. L'ancienne secrétaire d'État à l'Énergie et au changement climatique, Amber Rudd, a été nommée ministre des Affaires intérieures dans le gouvernement May. Son successeur, Greg Clark, et la flopée de climato-sceptiques du camp Brexit, n'apporteront pas de changement substantiel aux objectifs de décarbonisation du pays (réduction de 80% des émissions de CO2 d'ici 2050).

    Les centrales nucléaires bénéficieront du Brexit

    Il n'en va pas de même pour le futur bouquet énergétique de l'île. L'ancienne ministre de l'Énergie, Andrea Leadsom, voit en l'expansion des énergies renouvelables un modèle à bout de souffle. Les énergies renouvelables sont devenues « victimes de leur propre succès ». Pour contrer la hausse des prix de l'énergie, le nouveau gouvernement va mettre sur la table un plan nucléaire ambitieux. Une demi-douzaine de centrales nucléaires pourrait voir le jour dans les années à venir.

    De surcroît, le Royaume-Uni devra augmenter ses importations de gaz naturel pour compenser les apports insuffisants et irréguliers des énergies renouvelables. Mais cela nécessitera une coopération accrue avec les autres États-membres de l'Union européenne. Aujourd'hui, 51% des importations de gaz naturel viennent des Pays-Bas, de la Belgique et de Norvège, auxquels s'ajoute une grande part produite via le Système Friggs en Ecosse - qui pourrait devenir indépendante et rejoindre l'UE par la suite.

    Un destin identique à la Norvège et à la Suisse

    Ainsi le Royaume-Uni, tout comme la Norvège, devra se conformer au droit communautaire pour pouvoir prétendre au marché du gaz naturel européen. Seulement, son emprise sur ce marché et sa capacité à l'orienter seront nulles.

    Bien évidemment, ce raisonnement est applicable à toutes les normes européennes en matière de climat et d'énergie qui affectent le Royaume-Uni, directement ou indirectement - et ce tout particulièrement en ce qui concerne le marché de l'électricité. L'Union européenne a, ces dernières années, approfondi le marché unique de l'énergie pour compenser la surproduction et une demande régionale qui a atteint des sommets dans toute l'Europe. L'objectif de ce plan ambitieux est de stimuler la concurrence d'une part, et de mieux intégrer les énergies renouvelables d'autre part.

    Le Royaume-Uni serait exclu de ce marché également. C'est en ce sens que le think tank environnemental britannique E3G a appelé à un accord contraignant entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, qui garantirait l'accès du Royaume-Uni à l'Union de l'énergie. Néanmoins, l'exemple suisse témoigne de la difficulté de mettre en œuvre un tel accord. L'Union européenne a refusé d'ouvrir son marché intérieur de l'énergie à la Suisse tant que cette dernière ne signerait pas un accord beaucoup plus large portant sur des sujets divers et variés. Il ne serait pas étonnant que l'UE adresse une réponse identique au Royaume-Uni.

    Seules les grandes sociétés profiteraient d'une baisse de la sécurité des investissements

    L'absence d'une sécurité des investissements aurait un effet dévastateur sur la politique climatique et énergétique du Royaume-Uni. Les marchés sont déjà fébriles. Les négociations autour du Brexit prendront des années. Cela aura des conséquences néfastes sur le financement des infrastructures d'approvisionnement.

    Il est vrai que les grands groupes ont déclaré qu'ils continueraient à investir et respecteraient leurs engagements. Par exemple, EDF construira bien sa centrale nucléaire. De même, les grands fournisseurs d'énergie allemands E.ON et RWE ont réagi très calmement à l'annonce des résultats du référendum. En revanche, les entreprises innovantes, plus petites, les start-ups et les coopératives auront bien plus de mal à trouver des investisseurs et un soutien politique à leurs projets.

    C'est ainsi que la construction initialement prévue de gazoducs et de lignes électriques partant d'Europe continentale est remise en question, car financée par des subventions européennes - tout comme une pléthore de projets de recherche. En outre, les importations de gaz naturel pourraient voir leur prix augmenter rapidement du fait de la chute de la valeur de la livre sterling.

    Des effets sur la politique climatique et énergétique européenne

    Les effets du Brexit sur la politique climatique et énergétique européenne seront certains. L'Union européenne est sur le point de perdre un de ses membres les plus libéraux sur le plan économique, qui œuvrait constamment en faveur d'une ouverture du marché européen de l'énergie - et qui était un partisan d'objectifs climatiques ambitieux.

    Cela pourrait signifier que des objectifs moins élevés exprimés par les États-membres d'Europe centrale et orientale gagneront en importance. La Pologne, tout particulièrement, pourrait être appelée à jouer un rôle plus important au sein de l'UE, en raison de sa politique actuelle pro-charbon. En outre, le Royaume-Uni était opposé à l'encadrement de la réalisation des objectifs climatiques et énergétiques ; il prônait au contraire un système flexible en ce qui concernait le bouquet et l'efficacité énergétiques - à l'instar de la Pologne et des autres États d'Europe centrale et orientale. Par conséquent, des mécanismes de contrôle plus stricts pourraient être mis en œuvre sous l'impulsion de l'Allemagne, du Danemark ou de la Suède.

    Si le Royaume-Uni devait aussi quitter le système européen d'échange de quotas d'émissions, les compagnies britanniques vendraient leurs certificats très rapidement. Moins d'incitations aux investissements « verts » feraient baisser la valeur de ces certificats. Le système déjà à bout de souffle aujourd'hui s'effondrerait.

    La sortie effective du Royaume-Uni de l'Union européenne prendra au moins deux années. Des évolutions à court-terme seront des exceptions. Mais le Royaume-Uni devra se positionner intelligemment pour ne pas se retrouver isolé des politiques climatiques et énergétiques de l'Union européenne. Tout comme l'UE, elle, devra se préparer à affronter de nouveaux défis et devra décider une bonne fois pour toutes de l'accession ou non d'États non-membres à son Union de l'énergie.


  • Coup d’Etat en Turquie : et si Erdogan avait tout orchestré ?

    19 juillet, par Maxime Dupont — Actualités, , , ,

    Dans la nuit du 15 au 16 juillet dernier, la Turquie offrait un spectacle des plus tristes et surprenants avec une tentative de renversement du pouvoir aux mains de son président Recep Tayyip Erdogan. Une fois cette tentative avortée, des questions se posent au moment de la purge que réalise le président.

    Vendredi soir, une partie de l'armée turque prend d'assaut les villes d'Ankara et d'Istanbul, le pont du Bosphore, les chaînes de télévision et d'autres emplacements stratégiques. Ce contingent affirme avoir renversé le pouvoir et invite tous les Turcs à rentrer rapidement chez eux. Ils affirment détenir en otage le chef des armées, ils annoncent aussi qu'ils vont arrêter le président Erdogan à sa descente d'avion. Les aéroports sont bouclés. Facebook, Twitter, tous les réseaux sont saturés. Les Turcs communiquent entre eux via Whatsapp, essentiellement. Et ils sont prostrés devant leur télévision, attendant de savoir qui sont ces hommes et ce qu'il se passe vraiment dehors, entre coups de feu, bombes, avions de chasses, chars blindés. Ils écoutent le manifeste de ce groupe putschiste, qui leur explique assez clairement leurs motivations : leur ras-le-bol général de voir leur pays, si bien lancé il y a quelques années, laïc, démocratique, égalitaire, moderne, sombrer peu à peu dans un chaos qui ne trouve pas d'explications sinon une seule : Recep Tayyip Erdogan !

    Ils rappellent dans ce manifeste les fondements que leur leader Mustafa Kemal Atatürk avait portés il y a un siècle : la laïcité en première ligne, mais aussi le respect des femmes, la liberté d'expression, l'égalité devant la justice. Ils expliquent que depuis quelques temps, sous le régime Erdogan, les fondements de la République bâtie par leur leader Atatürk sont bafoués.

    Ils visent en fait, au-delà d'Erdogan seul, tout son parti au pouvoir, l'AKP, ainsi que toute la classe politique islamo-conservatrice. L'armée est par essence plutôt kémaliste, suivant les principes de Mustafa Kemal, avec une vision de la société de plus en plus éloignée de celle d'Erdogan, qui renonce lui à l'héritage d'Atatürk. Cela explique pourquoi une partie de l'armée s'est soulevée.

    En réponse à ces annonces et ce putsch, Erdogan, dans un entretien vidéo FaceTime diffusé via le smartphone d'une journaliste à l'antenne, scène assez surréaliste pour nous, dénonce cette tentative de coup d'Etat et appelle ses soutiens à descendre dans la rue pour avorter cette tentative : avec des civils dans chaque rue d'Ankara et d'Istanbul, difficile pour les militaires putschistes de tenter quelque manœuvre que ce soit.

    Clap de fin, quelques heures ont suffi à la police pour en terminer avec cet élan de liberté et de lutte contre le virage autoritaire et religieux que prend le pays.

    Et depuis vendredi ?

    Depuis vendredi, Erdogan mène une vaste opération de nettoyage pour rassoir son pouvoir et reprendre d'une main de fer les reines de son pays. Depuis dimanche, plus de 6 000 arrestations ont eu lieu dans l'armée, 104 putchistes tués, dont certains égorgés en pleine rue, plus de 2 700 juges démis de leurs fonctions, 103 généraux en garde à vue, plus de 9 000 fonctionnaires limogés. Et les chiffres n'en finissent pas. Comme si ça ne suffisait pas : le gouvernement annonce le rétablissement de la peine de mort, abolie il y a 12 ans !

    Erdogan continue sa chasse aux sorcières et en profite pour anéantir toute opposition. Sa liste des « putschistes » est sortie du chapeau, ou du fond d'un tiroir, au choix. Pour le site d'information Al-Minotor, pas de doute possible : « La rapidité et l'envergure de l'action de l'exécutif sont remarquables. Cela donne l'impression que le gouvernement et Erdogan s'étaient préparés à une tentative de coup d'Etat. »

    Outre le fait de s'y être préparé, on entend dans la bouche de plusieurs spécialistes et plusieurs médias qu'Erdogan a tout orchestré. Et en s'arrêtant sur le nom des personnes arrêtées le doute s'installe encore un peu plus, des figures emblématiques de l'armée : Erdal Ozturk, Adem Huduti, Ozhan Ozbakir. Et surtout, c'est la parfaite occasion pour lui de mettre la main sur son ancien allié, devenu opposant de premier rang, Fethullah Gülen, réfugié aux Etats-Unis depuis 1999. Il a demandé son extradition dès samedi soir au président Obama.

    Les résultats de coup d'Etat avorté

    Au final, ce coup d'Etat aura fait plus de 200 morts, civils comme putschistes. Et il aura surtout permis à Erdogan de réaffirmer son pouvoir, de casser l'Etat dans l'Etat que représente l'armée en la mettant à mal, et en nommant un nouveau chef d'Etat-major, et de faire arrêter toute son opposition. Cette « victoire » lui permet encore un peu plus de réduire l'héritage kémaliste qui tente tant bien que mal de résister à l'emprise islamique et ottomaniste de sa politique. En rétablissant la peine de mort, il va même pouvoir exécuter ses opposants. Il va pouvoir resserrer la vis sur tous les niveaux de société.

    Il va aussi – et c'est peut-être même là le pire – envoyer un message très fort à toute cette jeunesse turque qui le déteste déjà au plus haut point. Tous ces jeunes turcs, avec cet esprit ouvert sur l'Occident, profondément laïcs, n'auront plus le choix que de partir, loin, ou de se battre au risque de finir en prison à vie, voire pire. Le parti islamo-conservateur qui a gagné les dernières législatives n'en ressort que renforcé, les Turcs ne veulent plus de coup d'Etat, plus de cette façon-là.

    La position délicate de l'Europe

    L'Europe marche sur des œufs dans tout ça. La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont mis en garde lundi la Turquie contre la tentation d'une répression généralisée. Jean-Marc Ayrault, a également prévenu : « Nous devons être vigilants pour que les autorités turques ne mettent pas en place un système politique qui se détourne de la démocratie », rapporte L'Express.

    Parce que d'un côté, la Turquie avait demandé une accélération de son processus d'adhésion, elle avait obtenu beaucoup dans les négociations pour la gestion des réfugiés de la guerre en Syrie. C'est un élément essentiel du Proche-Orient, un pays stratégique dans nos relations avec l'Orient et dans notre lutte contre Daesh. Et d'un autre côté, la Turquie est un ami qui se froisse facilement. Ce fut le cas avec l'Allemagne lors du vote parlementaire de la reconnaissance du génocide arménien, ou même, à cause d'une chanson satirique moquant le président Erdogan, qui l'avait mise en colère au point de convoquer l'ambassadeur allemand à Ankara.

    L'Europe ne peut cependant pas laisser faire ce qui se passe actuellement. La position doit être ferme. La question de la peine de mort est inacceptable. Il n'est, pour l'heure actuelle, pas question qu'un processus d'adhésion soit poursuivi avec un pays au régime autoritaire, une justice asphyxiée, des droits de l'Homme bafoués, une gestion douteuse des réfugiés et un virage dangereux pris vers l'instauration d'un Etat islamique. Ce n'est pas possible, pauvre Turquie.


  • Massacre de Nice : La fuite du monde d’hier

    15 juillet, par Hervé Moritz — Opinions

    La fête nationale a été ensanglantée. En ce 14 juillet, un attentat à Nice a fait 84 morts, de nombreux blessés, provoqués par un camion bélier qui a foncé sur la foule à la suite du feu d'artifice clôturant les festivités. L'effroi et la tristesse regagnent le cœur des Français, la fatigue et la colère s'y mêlent.

    Hier, vers 23h, sur la Promenade des Anglais à Nice, célèbre dans le monde entier, un camion blanc a déboulé à toute vitesse. Les passants rentrent chez eux après le feu d'artifice qui clôture les festivités du 14 juillet. Sur deux kilomètres, le véhicule balaie les corps sur son passage. Hommes, femmes, enfants. Autant de victimes au hasard, de cadavres anonymes, de toute origine, de toute génération. Les coups de feu des forces de sécurité finissent par abattre le chauffard terroriste. Après l'effroi, la panique gagne la foule, on vient aider les blessés, couvrir les victimes, on s'enferme chez soi pour se mettre à l'abri.

    Le symbole est fort, il est clair, limpide. Le terrorisme fanatique a choisi le jour qui symbolise l'unité des Français, le jour où l'on célèbre nos valeurs, notre histoire commune, ce qui fait de nous, d'un nous collectif, ce que nous sommes ensemble.

    Après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher, nous savions déjà que le monde d'hier était derrière nous. Le 13 novembre a brisé tout espoir de revenir en arrière, de revenir au temps de l'insouciance qui caractérise tant les Français qui aiment fêter, célébrer, rencontrer, aimer. Nous avons écrit, dessiné, gribouillé des messages, des portraits, des poèmes, des satires pour réaffirmer ce qui fait notre identité, pour faire triompher nos valeurs : la liberté, l'égalité, et la fraternité, bonne dernière souvent oubliée, qui a repris tout son sens dans la solidarité que l'on exprime après chaque attaque.

    Déjà l'enquête commence, déjà les réactions politiques se font entendre. Les condoléances auxquelles tous s'associent laissent place à l'incompréhension et à la colère.

    Aujourd'hui, lendemain de cette attaque, je ne sais pas ce dont j'ai le plus peur. De ces cadavres qui jonchent le sol de la Promenade des Anglais à Nice, des terroristes qui préparent sans doute déjà de nouvelles attaques, toujours plus sanglantes et injustes, de tous les « si » qui vont nous empêcher de vivre, imaginant toujours le pire à chaque moment de notre quotidien, ou la peur de la réaction.

    François Hollande a annoncé le maintien du dispositif de sécurité initial, dispositif qui devait décroître dans les jours à venir. L'état d'urgence sera prolongé de trois mois. Cette dernière mesure est forte et inquiétante. L'état d'urgence, qui permet sans doute aux forces de l'ordre de déjouer des attaques, n'a pas empêché celle-ci. C'est avouer que l'Etat de droit est impuissant, c'est le révoquer durablement, c'est condamner la République et les droits dont elle est la garante. On ne peut pas souhaiter cet avenir.

    Demain, nous débattrons des mesures à prendre, de ce qui n'a pas été fait pour empêcher cette attaque, nous défendrons nos droits et nos valeurs, nous nous lèverons contre les discours haineux, les propositions indignes et les actes barbares.

    Ce que je sais déjà, c'est que je ne laisserai pas mourir le monde d'hier.

    Pour plus d'informations sur les événements et pour suivre le déroulement de l'enquête, rendez-vous ici.


  • Theresa May, humour anglais et nouveaux nommés

    15 juillet, par Robin Alves — Actualités, , ,

    Du côté du 10 Downing street, Theresa May succède à David Cameron. Avec un nouveau cabinet, elle devra négocier la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Partisane à demi-mot du « Remain », Theresa May a convaincu les conservateurs les plus eurosceptiques par sa fermeté sur le thème de l'immigration. Elle a ainsi réussi à faire consensus.

    L'ascension de Theresa May

    Fille d'un pasteur anglican, née en 1956 à Eastbourne au sud-est de l'Angleterre, Theresa May est souvent comparée à la chancelière Angela Merkel. Conservatrice, pragmatique, ouverte aux compromis, elle débute sa carrière politique en 1986 et est élue en 1997 député conservatrice dans le Berkshire. Première femme secrétaire générale du parti conservateur de 2002 à 2003, elle a contribué à la victoire de David Cameron en 2010. Récompensée par le portefeuille du ministre de l'Intérieur, elle le conservera jusqu'à sa prise de fonction de Première ministre, cette semaine. Un exploit politique pour un poste ministériel souvent propice au va-et-vient.

    Imposant une politique ferme envers les immigrés, elle clamait en 2015 aux délégués de son parti que « quand l'immigration est trop élevée, quand le rythme du changement est trop rapide, il est impossible de construire une société cohérente ». Si l'ensemble de la classe politique lui reconnaît une autorité méritée, Theresa May devra cependant faire face à un contexte délicat après le vote des Britanniques en faveur du Brexit.

    Theresa May, une partisane du « Remain » négociant le « Brexit »

    Les règles de l'Union européenne exigeant que le Royaume-Uni acceptent les migrants de l'ensemble des pays de l'Union étaient impopulaires pour de nombreux Britanniques. De fait, les rhétoriques « anti-immigration » ont dominé la campagne pour le « Leave ». Et les sondages le montraient bien comme facteur le plus décisif pour ce vote. En ce sens, Theresa May semble être la bonne personne pour diriger un Royaume-Uni post-Brexit, où les arguments populistes ont triomphé lors du référendum.

    Mais durant la campagne, elle a préféré soutenir David Cameron en faveur du « Remain ». Elle n'a par contre pas été particulièrement investie dans la campagne et n'a effectué qu'un faible nombre d'interventions publiques. De fait, par sa discrétion, elle a réussi à remporter l'adhésion des supporters du « Remain » sans s'exposer aux critiques des tenants du « Leave ». Après la résignation de Boris Johnson et la démission de Nigel Farage du parti eurosceptique UKIP, seules Andrea Leadsom, ministre de l'Energie du gouvernement Cameron, pro-Brexit, et Theresa May étaient dans la course pour le poste. Andrea Leadsom baissant les bras, Theresa May s'est finalement imposée sans conflit, sans campagne, sans vote. C'est de facto qu'elle a remporté les clés du 10 Downing street, raillé par une partie de la classe politique britannique et européenne, qui moque la manière peu démocratique qui l'a menée à ce poste.

    Surprise, BoJo dans le cabinet May

    Nommée dans la soirée du 13 juillet, Theresa May a constitué un cabinet à la demande de la reine Elisabeth. Ce cabinet se compose en grande majorité de conservateurs eurosceptiques et de partisans du « Brexit » à l'instar de David Davis, ancien secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, nommé ministre en charge du Brexit, qui sera aux manettes pour négocier la sortie de l'Union européenne. Cela tombe bien, pour May, « out is out », pas de sortie à moitié ou de nouveau référendum à espérer.

    Mais la personnalité la plus controversée du jeune gouvernement reste Boris Johnson, désigné ministre des Affaires étrangères après son refus de réclamer le poste de leader du parti conservateur et le siège de premier ministre. Sa nomination est accueillie avec perplexité ou éclats de rire dans la sphère politique européenne. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier qualifie d'ailleurs Boris Johnson d'irresponsable.

    En effet, peu diplomate, l'ancien maire de Londres est adepte de la provocation et de la rhétorique populiste, largement usitée pendant la campagne référendaire. Il n'avait pas hésité à donner un avis bien à lui des buts de l'Union européenne : « Napoléon, Hitler, plusieurs personnes ont essayé de le faire, et cela s'est terminé de manière tragique. L'Union européenne est une autre tentative avec des méthodes différentes. », avait-il confié aux journalistes du Sunday Telegraph dans une interview publiée le 15 mai dernier.

    De plus, ce drôle de personnage fait figure de novice. Il n'a jamais occupé un poste ministériel. Il sera bien entouré d'autres eurosceptiques, siégeant aux côtés de David Davis et de Liam Fox, chargé du commerce international.

    Martin Schulz, le président du Parlement européen a déclaré que le nouveau cabinet de Theresa May surfe sur les divisions internes du parti conservateur plutôt que de promouvoir l'intérêt national, poursuivant un « cycle dangereusement vicieux » qui nuira à la Grande-Bretagne et à l'Europe. La stratégie de Theresa May est claire. Faire respecter la voix du citoyen britannique, mais il lui manque toujours un plan d'action défini.

    Theresa May déjà dans l'impasse ?

    Au lendemain du référendum, David Cameron a déclaré fermement que le processus de sortie de l'Union européenne appartiendrait à son successeur. Si Theresa May a toujours proclamé son désir de respecter le vote des Britanniques, elle souhaite s'octroyer du temps pour imaginer sa stratégie de négociation. Cependant, elle peut difficilement faire la sourde oreille aux appels pressants des leaders européens, qui lui demandent d'enclencher au plus vite l'article 50 des traités pour ouvrir les rounds de négociations. Angela Merkel attend du nouveau premier ministre de la clarté sur la question du type de relations que le Royaume-Uni veut construire avec l'Union européenne. Même Nigel Farage a même récemment rappelé qu'il faudra être juste envers les 17 millions de votants qui ont opté pour le « Leave » et donc activer à la première occasion l'article 50.

    Ainsi, le défi de Theresa May sera de trouver la bonne posture pour le Royaume-Uni dans ces négociations. Les dirigeants européens se méfient d'un accord à sens unique. Par peur que d'autres pays ne suivent l'exemple du Royaume-Uni, ils refusent d'ores et déjà aux Britanniques un accès favorable au marché intérieur.

    Si Theresa May n'arrive pas à convaincre ses homologues européens, deux choix semblent se dessiner. Soit elle décide que le Royaume-Uni quitte l'Union européenne avec des miettes, risquant de mettre en péril l'économie britannique qui a besoin du continent, soit elle renonce au « Brexit » menant à un suicide politique certain. Le quotidien The Guardian l'a bien compris en relatant l'ensemble des défis qui attendent Theresa May, « pas d'argent, pas de franche majorité et une grosse migraine : l'Europe ». Et le quotidien The Independant s'excusant du « désordre » laissé à la suite du Brexit. Un feuilleton qui ne fait que commencer.



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