Les Jeunes Européens France
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  • Vingtième anniversaire du génocide de Srebrenica : les leçons ont-elles été retenues ?

    2 septembre, par Anna Wilson, traduit par Charles Nonne — Culture & Histoire, , ,

    L'été 2015 marque le vingtième anniversaire du génocide de Srebrenica, lors duquel quelque 8 000 musulmans bosniens ont été massacrés. Après deux décennies, la communauté internationale a-t-elle réellement tiré les leçons de ses erreurs ?

    Le massacre de Srebrenica, également connu sous le nom de génocide bosniaque, s'est tenu malgré une lourde force de l'OTAN et une campagne de bombardements aériens répétés, qui a engendré la mort et le déplacement de nombreux civils. Les dirigeants de l'époque ont non seulement échoué à prendre au sérieux les signes avant-coureurs et à prévenir le début des atrocités, mais également à agir de façon considérée lorsque les violences se sont poursuivies. Les dirigeants actuels ont-ils tiré les leçons des erreurs de leurs prédécesseurs ? La communauté internationale est-elle mieux préparée à faire face à des menaces du même type ?

    A en juger la pratique des vingt dernières années, cela semble peu vraisemblable

    Le premier échec de la communauté internationale durant le massacre de Srebrenica fut son incapacité à reconnaître les signes précurseurs de la préparation d'un génocide, et à agir en conséquence. Le concept de génocide n'est pourtant pas nouveau, puisqu'il existe depuis 1944, date à laquelle Raphael Lemkin a utilisé ce terme pour la première fois afin de qualifier l'Holocauste, auparavant décrit comme un « crime sans nom ». Le génocide a ensuite été proscrit par le droit international grâce à la résolution 96 adoptée en 1946 par l'Assemblée générale des Nations Unies et intitulée « Le crime de génocide ». Depuis, en vertu du droit international, la communauté internationale devrait réagir lorsqu'un crime répond à la définition de génocide – mais il vaut toujours mieux prévenir que guérir.

    Pourquoi aura-t-il été nécessaire que tant d'individus périssent avant que le massacre n'attire l'attention internationale ? Durant les développements qui menèrent au génocide, il était devenu clair que la société bosnienne se polarisait toujours davantage, notamment à la faveur de la propagande et d'une subordination systématique des groupes estampillés « ethniques ». Ce phénomène a été largement ignoré par les dirigeants mondiaux, dont la réaction tardive a représenté un échec majeur de la communauté internationale. Avons-nous pour autant tiré les leçons de cet échec ?

    En bref, non

    Les efforts accomplis depuis lors ont été insuffisants. La République démocratique du Congo, par exemple, est désormais empêtrée dans le conflit le plus sanglant qu'elle ait connu depuis la Seconde Guerre mondiale, en raison de l'échec international à identifier l'importance croissante des politiques ethniques qui ont proliféré dans le pays avant l'escalade de la violence. Les massacres récurrents au Darfour tirent leurs sources de conflits ethniques et religieux de basse intensité ayant ensuite dégénéré en un véritable génocide, et ce en raison du laissez-faire de puissances mondiales dans les premières phases du génocide. Aucune leçon incitant la communauté internationale à être plus réactive n'a donc été retenue.

    En dépit de la croissance significative du nombre de think tanks, de groupes de pression et d'institutions humanitaires depuis le massacre de Srebrenica, ces organisations demeurent trop faibles pour remplacer les interventions gouvernementales. Par conséquent, les gouvernements mondiaux demeurent, dans la pratique, réticents à reconnaître les signes précoces de génocides et de massacres.

    Le second échec de la communauté internationale à Srebrenica est le manque de considération accordée aux vies des civils – un phénomène qui, malheureusement, perdure encore aujourd'hui.

    Comme pour tout type d'intervention - militaire, sociale, industrielle, etc. -, la réaction de l'OTAN aurait dû être conduite avec une extrême prudence. Bien que des efforts aient été consentis pour protéger les vies des citoyens bosniens, le principal objectif de l'OTAN - comme pour toute puissance menant une intervention - était de protéger ses propres intérêts et en particulier de réaffirmer sa domination après le récent effondrement du bloc soviétique.

    La campagne de bombardements aériens à haute altitude découlant de cet agenda a fait perdre à de nombreux non-combattants innocents leur logement ou la vie. Etant donné que l'OTAN (et tout particulièrement les Etats-Unis) souhaitait limiter le nombre de pertes en effectuant les bombardements à haute altitude, ceux-ci ont été moins précis et ont causé des dommages allant bien au-delà des cibles préalablement définies.

    Les enseignements ont-ils été réellement tirés ? En bref, pas vraiment.

    L'Irak en témoigne : les forces d'intervention internationales ont toujours aussi peu de respect pour les vies des civils. La diffusion par Wikileaks en 2010 de la vidéo d'un « meurtre collatéral », dans laquelle au moins dix-huit civils (dont deux journalistes), ont été tués, a amené le problème à l'attention des médias internationaux ; pourtant, le phénomène continue.

    Les bombardements étrangers, opérés dans des pays déchirés par la guerre, continuent à détruire les vies de non-combattants. C'est une preuve supplémentaire que peu de leçons ont été retenues, et que très peu de choses ont changé, depuis le massacre de Srebrenica.

    La réticence des puissances internationales à tirer les leçons des erreurs du passé n'est pas pour autant propre au génocide de Srebrenica. Cependant, une pression croissante des organisations non-gouvernementales et des médias au cours des vingt dernières années a amené la question de l'intervention au-devant de l'agenda international.

    En pratique, peu de choses ont changé, ce qui n'est pas surprenant compte tenu de la centralité des intérêts nationaux en relations internationales. Cependant, l'espoir demeure que des pressions extra-gouvernementales susciteront un jour le changement. Le comportement et la sensibilité de l'opinion publique face aux génocides ont indubitablement évolué au cours des vingt années ayant suivi les atrocités en Bosnie. Avec des efforts soutenus et continus, les gouvernements pourraient peut-être se décider à passer à l'action.


  • La menace du Brexit, symptôme anglais d’un mal européen

    31 août, par Alexandre Marin — Actualités

    Il devient assez commun de dénoncer le fantasme et les conséquences du désir de certains Britanniques de quitter l'Union européenne. Mais souhaiter, outre-manche, le départ du Royaume-Uni relève d'une tout autre illusion, ce pays n'étant pas le seul à vouloir clouer l'Europe au pilori des intérêts nationaux.

    Le Brexit, mirage d'une souveraineté fantasmée et illusoire

    La volonté de Brexit est en contradiction avec la frustration qui l'a engendrée : l'absence de la Grande-Bretagne au sein de la zone euro. Albion n'a guère pu faire entendre sa voix à propos de l'approfondissement de cette zone au cours de ces dernières années, alors que celle-ci a un impact important sur son économie et son commerce. Elle se sent donc de plus en plus soumise à une Union européenne au sein de laquelle elle a de moins en moins de poids. Pour autant, elle refuse d'aliéner sa monnaie, d'où la volonté de sortir de l'Union pour s'affranchir de ce qu'elle considère comme une tutelle devenue intenable. C'est ce que propose l'UKIP, premier supporter du Brexit, qui propose néanmoins un traité de libre-échange entre l'île et le continent, afin de bénéficier du grand marché que constitue l'Union, sans en subir les normes trop contraignantes.

    Comme si les politiques de l'Union européenne devaient cesser, dès le départ du Royaume-Uni, d'affecter l'économie et la prospérité internes de ce pays ! La conséquence principale du Brexit sera une frustration accrue de la part de l'élite britannique de ne pas pouvoir peser sur les décisions qui affectent la vie quotidienne de ses citoyens, sans même évoquer les autres risques comme l'indépendance de l'Ecosse, ou l'obligation de l'Angleterre de dégrader considérablement ses standards sanitaires, sociaux, et environnementaux, pour garder un semblant de compétitivité économique.

    Un traité de commerce n'arrangerait rien. Certes, dans la théorie du droit international, les Etats négocient d'égal à égal avec les autres Etats ou organisations internationales (comme l'Union européenne). Toutefois la réalité pratique est quelque peu différente : une puissance économique moyenne comme le Royaume-Uni ne sera évidemment pas en mesure de négocier d'égal à égal face au géant économique qu'est l'Union européenne, surtout lorsque la bonne santé économique de l'île dépend de l'Union. Pour exporter en Europe, la Grande-Bretagne devra respecter les normes communautaires. En effet, il est peu probable que l'Union accepte de les abdiquer au profit d'un Etat ayant quitté ses rangs et qui a plus besoin d'elle que l'inverse. Le Brexit n'est donc qu'un mirage, la promesse d'une souveraineté illusoire.

    Le vrai dilemme britannique se pose en ces termes : soit le Royaume-Uni rejoint l'union monétaire avec toutes ses contraintes, et il pourra prendre part aux décisions qui sont prises au sein de la zone euro, soit il reste en retrait et accepte toutes les conséquences, sur son économie, de décisions auxquelles il ne pourra pas participer. Après tout, il accepte bien les conséquences de décisions prises ailleurs dans le monde, et à propos desquelles il n'a pas son mot à dire. Mais il est hors de question d'accepter qu'il prenne l'Europe en otage en essayant d'imposer aux autres sa propre vision sur l'avenir du continent, et en ne prenant que ce qui l'arrange dans l'intégration européenne. C'est pourquoi, aucune concession ne doit être accordée au profit des Britanniques, pas même sous le chantage du Brexit.

    L'Angleterre et l'Europe : la poutre et la paille !

    Cependant, il est tout aussi illusoire de penser que le départ des Britanniques permettra aux autres Etats d'œuvrer à une Europe politique et plus démocratique. Tout d'abord, il ne faut pas oublier que le Royaume-Uni est l'un des meilleurs élèves dans l'application du droit communautaire, contrairement à l'Allemagne, dont les instances juridictionnelles peinent toujours à reconnaître sa primauté sur son ordre juridique national, la Hongrie, qui bafoue ouvertement tous les droits fondamentaux reconnus au niveau européen, ou l'Italie, qui, bien que toujours à l'avant-garde de la construction européenne, applique souvent mal, ou trop en retard les dispositions adoptées par l'Union. Les eurodéputés britanniques sont, en moyenne, beaucoup plus assidus que leurs collègues français, et, mis à part les conservateurs et les eurosceptiques, participent pleinement à la construction du vieux continent, à l'instar du député ALDE Andrew Duff, à qui les récentes avancées de l'Union des vingt-huit doivent beaucoup. Celui-ci a d'ailleurs tenté, hélas sans succès, de créer des listes transnationales, projet qui a échoué à cause des Etats membres et du manque de soutien du PPE.

    C'est pourquoi, il ne faut pas regarder la poussière anglaise en oubliant les poutres des autres pays européens. Vouloir une Europe qui ne soit, au mieux que l'extension de son modèle national, et au pire qu'un marchepied pour ses ambitions internes, est malheureusement typique de presque tous les Etats membres. On pourrait prendre l'exemple de la France, qui voudrait faire avancer l'Europe de la défense, mais refuse de céder son siège au Conseil de sécurité des Nations Unies à l'Union européenne, ou de le partager avec un autre pays comme l'Allemagne. Les ambitions françaises en termes de défense européenne semblent n'être qu'une volonté d'occuper au sein de l'Union le rôle que tiennent les Etats-Unis, au sein de l'OTAN, c'est-à-dire, celui d'hégémon militaire protégeant les autres pays de l'organisation. D'où la réticence des pays d'Europe orientale, qui préfèrent une protection américaine, plus sûre que celle assurée par l'hexagone, et ce, alors que l'Amérique affiche un désintérêt stratégique croissant pour le continent européen, au profit de l'Extrême Orient.

    Cet exemple montre qu'un Brexit, loin de résoudre les égoïsmes nationaux au sein de l'Union européenne, ne traiterait qu'un symptôme, sans même toucher à la maladie. Cette maladie, c'est le déséquilibre alarmant entre la représentation des intérêts nationaux et celle de l'intérêt général européen. Il ne s'agit pas de dire que les Etats ne doivent pas défendre leurs intérêts nationaux, ce qui reviendrait à les empêcher de jouer leur rôle. L'ennui, c'est que la place accordée à la représentation de ces intérêts est démesurée. L'enjeu est donc de rééquilibrer la défense des intérêts nationaux par rapport à celle de l'intérêt commun. Pour cela, il faut tout d'abord supprimer le Conseil européen, et faire du conseil des ministres, soit un « Bundersrat » à l'allemande, soit un « Sénat » à l'américaine.


  • Les festivals interceltiques et la perpétuation d’une culture traditionnelle européenne

    30 août, par Robin Alves — Culture & Histoire, ,

    Les Celtes ? Les gentils barbares qui ont conquis le nord de l'Europe il y a plus d'un millénaire ? Loin de là, ils ont laissé une trace historique sur le continent. Peuple le plus puissant d'Europe, leurs traditions se perdurèrent à travers la culture et notamment, la musique.

    Si le Festival Interceltique de Lorient est le plus connu, il est intéressant de souligner la présence de nombreux autres. La diversité des expressions artistiques contribue à la richesse du continent et invite au voyage.

    Les festivals interceltiques, une tradition rénovée

    Les festivals celtiques partagent des traits anciens et spécifiques. En Irlande, les communautés anciennes accordaient une grande importance aux festivals locaux. Les Gaëls se réunissaient autour de la chanson, de la danse, du théâtre et du sport. On dénomme, le « feis », un art traditionnel gaélique. Aujourd'hui, il fait référence à une danse irlandaise. L' « Eisteddfod », un festival gallois de littérature et de musique, dont la tradition remonte au XIIe siècle et le « Mod », un festival de musique gaélique écossais. Il existe le mod local et le mod national nommé le « Royal National Mod », prenant la forme de compétitions officiels avec des concerts de chorales, de la musique traditionnelle comprenant violons et cornemuses.

    Mais, l'identité celtique a évolué au fils du temps, couplé à la croissance des nations celtiques. Un facteur décisif : la Seconde Guerre mondiale. Le mouvement s'est davantage porté sur la protection de leur culture, notamment des langues celtiques. Formant une branche de la famille des langues indo-européennes, elles comprennent les langues gaéliques, dont le gaélique irlandais, le gaélique écossais et le mannois ainsi que les langues brittoniques composées du gallois, du cornique et du breton.

    De nouveaux styles musicaux ont ainsi émergé au fil du temps, s'inspirant des traditions folkloriques des nations celtes et utilisant de nouveaux instruments tels que la harpe. Mais ce sont surtout l'émergence d'évènements culturels promouvant les échanges qui constituent un facteur clé de notre temps. Appelés « festival interceltique », ils permettent perpétuation de la tradition, revitalisation d'un folklore et contribue à la richesse du continent européen.

    Le festival interceltique de Lorient, un festival labellisé par la Commission européenne

    La Bretagne est fière de son patrimoine celtique et a lancé il y a quelques années un festival pour célébrer son folklore. Modeste au début, l'évènement annuel se tenant à Lorient est devenu internationalement connu. Appelé Festival Interceltique de Lorient (FIL), c'est le plus grand festival de France réunissant l'ensemble des pays celtiques. De la Bretagne à la Galice, de Cornouailles au Pays de Galles, des Asturies à l'Acadie, de l'Ecosse à l'Ile de Man. Créé en 1971 lors d'une compétition de bagadou, le festival s'est tourné vers l‘interceltisme pour se démarquer et concevoir sa propre identité. Il agit comme un acteur culturel et permet la diffusion des cultures bretonne et celtique.

    La Commission européenne a bien saisi l'enjeu et a classé le FIL parmi les treize plus importants festivals européens en 1996. Le festival s'est vu attribué le label européen Europe For Festival (EFFE) pour 2015 et 2016, mis en place par la Commission et l'Association Européenne des Festivals (EFA). Ce label a pour objectif de valoriser les festivals innovants. Aujourd'hui, ce sont près de 731 évènements répartis sur 31 pays différents qui ont obtenu cette certification. L'EFFE met ainsi en réseau les festivals engagés inscrivant leur action au niveau territorial, national et européen dans une démarche d'excellence artistique. Cette année, le Festival Interceltique de Lorient a mis en valeur deux terres celtiques, dont l'Ile de Man.

    L'Ile de Man, portée par le Festival Interceltique

    Terre inconnue, l'Ile de Man est une terre celte s'organisant autour du Tynwald, le plus ancien parlement du monde. L'île s'intègre aujourd'hui dans les six nations celtiques avec l'Irlande, les Cornouailles, la Bretagne, l'Ecosse et le Pays de Galles. Comptant près de 60 000 habitants, l'île est davantage connue pour son paradis fiscal ou ses courses de moto que pour la musique mannoise. Selon son ministre local, Phil Gawne, la culture celtique est un moyen de « promouvoir notre petite nation insulaire aux centaines de milliers de visiteurs ». En effet, l'Ile de Man a beaucoup reçu de ses pays voisins. Le ministre évoquant que « l'Ecosse et l'Irlande nous ont beaucoup aidés pour maintenir et développer notre langue mannoise d'origine gaélique ainsi que notre musique traditionnelle. » L'île participe au British Irish Council, conseil ayant une compétence spécifique consacrée aux langues traditionnelles. Si la langue mannoise est parlée par une minorité, l'enthousiasme des jeunes est réel. Aujourd'hui, on estime qu'un peu plus de 2% de la population de l'île peut s'exprimer en mannois. Cette situation fait du mannois une langue en péril. Le festival interceltique a beaucoup apporté en notoriété à l'île.

    Les festivals interceltiques dans une dimension européenne

    Le Festival Interceltique de Lorient ne règne pas en maître sur l'Europe. Les fêtes folkloriques connaissent un succès grandissant depuis 50 ans et ce, partout en Europe. En Alsace, de nombreux « pipe bands » sont venus du 5 au 8 mai 2015 animer les rues de Strasbourg au rythme de la musique celtique dans le cadre du festival Euroceltes. En Italie, le Montelago Celtic Festival a connu une croissance rapide et se tient en début août. Proche d'Ancône, le festival attire annuellement près de 20 000 personnes à travers l'Italie et l'Europe dans une ambiance conviviale et joyeuse, promouvant les rencontres et l'identité celtique commune.

    De fait, l'Union européenne se saisit de plus en plus de l'enjeu. La ministre irlandaise des arts et du patrimoine Heather Humphreys évoque concernant le nouveau label européen, « le nouveau label du Festival EFFE est un label de qualité offrant une reconnaissance pour le travail des festivals et fournir un meilleur renseignement auprès du public. La labellisation du festival encourage plus de gens à connaître et participer au festival. »

    L'Union européenne a également adopté fin 2013 le programme Europe Créative, visant à renforcer les secteurs européens de la culture et de la création pour la période 2014-2020. Doté d'un budget de 1,46 milliards d'euros, les arts du spectacle bénéficieront d'un soutien important de la part des institutions européennes. Si les festivals celtiques s'exportent et attirent de plus en plus, l'Union européenne n'a pas tardé à en mesurer les enjeux. Elle devient acteur et accompagne la diffusion d'une culture particulière et spécifique sur notre continent : la culture celte.


  • L’Europe du bilatéralisme, est-ce vraiment l’Europe ?

    28 août, par Fabien Cazenave — Actualités, , ,

    Dans un échange un peu tendu entre le journaliste de l'AFP et les porte-paroles de la Commission européenne, il est apparu que la Commission était contente des échanges bilatéraux entre France et Allemagne avant les grandes décisions européennes. Une erreur d'analyse conduisant l'Europe dans l'impasse.

    Depuis des années, l'Europe se construit sous l'impulsion des sommets des chefs d'Etats et de gouvernements. L'institutionnalisation du Conseil européen dans le traité de Lisbonne a été la consécration de cette réalité. L'Europe des diplomates a ainsi encore plus pris le pas sur la Commission et le Parlement.

    C'est encore le cas sur la question de la réaction à la tentative d'attentat ayant eu lieu dans le Thalys. Le porte-parole de la Commission explique au journaliste Christian Spillmann qu'il ne « voit pas de conflit entre ces rencontres [bilatérales] et les processus communautaires » (vers 8'05). C'est une réponse pragmatique... du fait de la faiblesse de la Commission sur cette question face aux Etats membres.

    En effet, dans une Europe à 28, le processus décisionnel est considérablement alourdi par le consensus à obtenir. C'est difficile de se mettre d'accord à deux, à vingt-huit, cela l'est encore plus. Par conséquent, il y a une tendance forte à ce que les réunions bilatérales aient lieu avant pour maximiser les chances de consensus avant la réunion officielle.

    Sur le papier, pourquoi pas. Seulement, en réalité, il s'agit d'un encouragement au morcellement de l'Europe. Par exemple, l'ancien ambassadeur de Suède a développé une théorie selon laquelle les « PME » (les « petits et moyens pays » européens) devaient se méfier du couple franco-allemand. A raison, le poids économique de Berlin et Paris est tel qu'une fois qu'ils ont pris une décision, difficile pour les autres de contre-carrer leur position.

    Or, ceci n'est pas une démocratie. Certes, cela respecte les lois de la démocratie internationale dans cette Europe-ONU que devient jour après jour l'Union européenne. Mais ceci ne permet pas de trouver de réelles solutions politiques. Surtout en cas d'urgence. Par exemple sur les migrants, malgré les 3000 personnes mortes en Méditerranée en 2014, il n'y a toujours pas de décisions prises. Ceci est logique dans le cadre de discussions entre diplomates ou techniciens. La Commission a beau avoir mis des propositions sur la table, il n'y a toujours pas de solution européenne. Pire, on s'écharpe sur 40 000 réfugiés alors que nous sommes 500 millions d'Européens. La Hongrie dresse un mur avec un potentiel futur Etat membre, la Serbie. En Allemagne, des centres d'accueil pour les réfugiés sont régulièrement brûlés.

    L'Europe du bilatéralisme n'est donc ni juste vis-à-vis des pays plus petits que la France et l'Allemagne, ni utile pour aboutir rapidement à des solutions. Ce qui nous amène aussi à constater qu'il n'y a pas réellement de stratégie européenne sur les migrants. Ni Europe forteresse, ni Europe accueillante, chaque pays décide comment il gère cette question. Cette absence d'Europe est catastrophique et est en train de casser toute solidarité européenne.

    Ce qui manque aujourd'hui à l'Union européenne, c'est une visibilité politique. Pour les citoyens, rien n'est clair et ils ont en plus le sentiment qu'ils n'ont pas de prise sur ce sujet. On voudrait faire le terreau du nationalisme, on ne s'y prendrait pas autrement.


  • Quelle union civile pour les homosexuels en Europe ?

    26 août, par Sergio Camachetty — Économie & Société, , ,

    Aujourd'hui, 14 pays d'Europe reconnaissent le mariage homosexuel. Outre le mariage, d'autres formes d'union civile existent afin de garantir des droits aux couples homosexuels. Du référendum sur le mariage homosexuel en Irlande à l'arrêt rendu par la CEDH sur la création d'une forme d'union civile dans tous les pays d'Europe, cette année 2015 a été marquée par des changements d'envergure pour le statut des homosexuels.

    Mariage et union civile, quel constat dans l'Union européenne ?

    Depuis la légalisation du mariage homosexuel par les Pays-Bas en 2001, 14 pays d'Europe ont franchi le pas et autorisent aujourd'hui le mariage homosexuel. Parmi ces 14 pays, 12 sont membres de l'Union européenne. Les pays légalisant le mariage sont donc : les Pays-Bas (depuis 2001), la Belgique (2003), l'Espagne (2005), la Suède (2009, avec une disposition obligeant l'Eglise à trouver un pasteur pour célébrer les mariages religieux), la Norvège (2009), le Portugal (2010), l'Islande (2010), le Danemark (2012), la France (2013), la Grande-Bretagne (Angleterre et Pays de Galles en 2013, Ecosse en 2014), le Luxembourg, la Slovénie, la Finlande et enfin l'Irlande (2015).

    Rappelons que dans l'Union européenne, aucune législation n'oblige les pays à reconnaître le mariage homosexuel. Toutefois la question de la reconnaissance de l'union civile des homosexuels dans l'Union européenne reste une question d'actualité puisque la non reconnaissance des droits accordés aux homosexuels peut constituer une discrimination et donc entraver la liberté de circulation de ces derniers.

    Et en Europe qu'en est-il ?

    La CEDH s'est jusqu'à l'heure montrée très prudente sur la question du mariage homosexuel. Si elle n'est pas en capacité d'obliger un Etat à reconnaître le mariage gay, elle s'applique toutefois à assurer une égalité de traitement aux couples. Ainsi la Grèce, pour exemple, avait été condamnée pour avoir créer une forme d'union civile réservée uniquement aux couples de sexes opposés.

    Depuis l'heure la CEDH a fait évolué sa jurisprudence et dans son arrêt du 21 juillet dernier elle a conclu que les pays d'Europe devaient prévoir une forme d'union civile pour les couples homosexuels. Cet arrêt est fondamental pour le droit des homosexuels. C'est en condamnant l'Italie que la CEDH a permis d'offrir un cadre légal pour une union civile aux couples de même sexe tout en réaffirmant sa jurisprudence selon laquelle la Convention européenne des droits de l'Homme ne consacre pas le droit au mariage homosexuel.

    L'union civile a le vent en poupe

    Contrairement au mariage homosexuel, l'union civile est beaucoup plus répandue en Europe. Ainsi 23 pays européens, dont 19 de l'Union européenne, offrent actuellement un cadre légal à l'union civile pour les personnes de même sexe.

    Dans l'Union européenne, seuls 9 pays n'offrent toujours aucune possibilité aux couples homosexuels de faire reconnaître leurs droits : Italie, Grèce, Chypre, Slovaquie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Bulgarie, Pologne.

    Avec le récent arrêt rendu par la CEDH, nous devrions rapidement constater un changement de législation à l'encontre des droits des homosexuels.

    Une réception inégale dans les pays

    Outre la question du droit, le mariage ou l'union civile pour les personnes de même sexe est avant tout une question sociétale. Il apparaît ainsi que ce changement n'a pas connu la même acceptation dans les pays qui ont choisi de franchir le pas.

    Il semblerait d'ailleurs que cette acceptation pourrait être conditionnée au mode d'adoption du mariage. Si le débat en Irlande s'est apparenté à une véritable campagne politique avec des groupements présentant leur arguments pour ou contre avant l'organisation d'un référendum, la question du mariage en France a été plus difficilement reçue. Le défaut de consultation de la population laisse un sentiment amer aux citoyens qui se sont sentis lésés, ce qui peut expliquer les mouvements de contestations et les manifestations organisées, parfois violentes et aux propos virulents. Peut-être l'adoption aurait-elle était facilitée en impliquant les citoyens dans le débat politique.



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