Les Jeunes Européens France
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  • L’intégration de l’Albanie dans l’Union européenne : de la candidature contestée à une démarche conquérante

    30 octobre, par Robin Alves — Actualité, ,

    Le premier ministre albanais Edi Rama évoquait que « renoncer à l'engagement européen serait perçu comme un suicide politique » pour son pays. Le 24 juin dernier et après trois échecs consécutifs, l'Albanie a enfin obtenu le statut très prisé de candidat à l'adhésion à l'Union européenne. Pays clé des territoires balkaniques, l'Albanie peut tout autant devenir l'élément de stabilisation de la région qu'un élément de perturbation, notamment pour sa pauvreté et ses problèmes internes.

    La question de l'Albanie, une candidature contestée

    L'Albanie, pays de 3 millions d'habitants situé au nord-ouest de la Grèce et au sud du Monténégro, s'est vu reconnaître la position de candidat potentiel à l'entrée dans l'Union européenne dès le Conseil européen de Santa Maria de Feira le 19 et 20 juin 2000. Cependant, le chemin fut encore long.

    A la suite des admissions des pays de l'Europe de l'Est en 2004 dans l'Union européenne, l'Albanie s'est engagée sur cette voie en rejoignant l'OTAN comme membre à part entière en 2009. Puissant allié pour la stabilisation de la région balkanique, le pays a présenté sa candidature d'adhésion à l'Union européenne le 28 avril 2009. Le Conseil de l'Union a demandé à la Commission de débuter les négociations le 16 novembre 2009. La candidature fut d'abord refusée en octobre 2012 à cause d'un régime démocratique non stabilisé, puis acceptée par la Commission européenne le 4 juin 2014. Finalement, le 24 juin dernier, le Conseil “affaires générales” a apporté son accord, approuvé le 27 juin par le Conseil européen de Bruxelles. Depuis lors, l'Albanie est officiellement un pays candidat à l'entrée dans l'Union européenne.

    Si les négociations sont encore longues, il faut avouer que pendant plus de quarante ans, le pays a souffert de l'ère communiste. Se repliant fortement sur lui même sous la dictature d'Enver Hoxha, les séquelles sont nombreuses. Les 700 000 bunkers encore implantés et l'état dégradé des routes en sont un exemple. Avec 14,3% de la population vivant sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec moins de deux dollars par jour, avec un taux de chômage d'environ 15% et une dette publique atteignant plus de 60% du PIB, les attentes des Albanais sont considérables.

    De plus, de nombreux rapports comme celui d'Europol montrent que le pays est devenu le centre d'un trafic de drogue intense vers les pays européens, au point de défier la mafia italienne. D'autres trafics comme celui de la prostitution ou le trafic d'enfants semblent répandus.

    Face à cette situation, le pays se vide. La population a chuté en 10 ans de 7,7%. Pour tenter de remédier à ce fléau, l'Albanie a entrepris avec le soutien du FMI et de la Banque mondiale une politique de stabilisation. La monnaie et l'inflation sont sous contrôle et les privatisations ont été engagées. Le PIB par habitant a augmenté rapidement, passant de 2621 dollars par habitant en 2005 à 4000 dollars en 2012. Même si ce niveau de richesse est supérieur à un pays comme l'Ukraine, il reste cependant encore loin derrière celui de la Bulgarie, le pays le plus pauvre de l'Union européenne (6900 dollars par habitant).

    La volonté affichée par les gouvernements albanais est loin d'être suffisante. En décembre 2013, les Pays-Bas, la République tchèque, le Danemark, l'Allemagne et la France ont manifesté leur opposition à l'adhésion de l'Albanie au sein de l'Union européenne. François Hollande, président de la République française depuis 2012, estime, comme de nombreux dirigeants européens, que l'Union européenne n'a pas besoin d'un élargissement supplémentaire, et la République tchèque met sur la table un conflit entre la compagnie d'électricité publique tchèque et l'Etat albanais. Ainsi, seuls 16 Etats membres soutiennent le dossier de candidature albanais.

    Le doute émane également de plusieurs intellectuels. En effet pour Philippe Moreau Defarges, chercheur à l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI), cette candidature obligée n'est pas vue d'un bon œil : “l'Union européenne est obligée d'intégrer les Balkans en son sein et l'accès à l'adhésion de l'Albanie va évidemment dans ce sens. Toutefois, je ne suis pas certain que ce soit une bonne chose, c'est simplement dans la logique des choses.”

    Entre un désir de stabilisation politique et une crainte d'élargissement prématuré, l'Albanie divise. Après la guerre du Kosovo en 1999, l'adhésion de l'Albanie apparaît comme un enjeu politique pour la stabilisation de la région. Pays longtemps resté à la marge de l'Europe, il prend une place croissante dans la politique de voisinage de l'Union européenne. Et si de nombreux dirigeants européens émettent des réserves à son intégration, des signes positifs sont perceptibles tant au niveau de la Commission européenne qu'au niveau du pays en lui-même.

    L'Albanie dans une démarche conquérante

    En effet, la Commission européenne souligne les efforts réalisés par les dirigeants albanais. Stefan Füle, ancien commissaire européen pour la politique de voisinage, déclarait : “Sur la base de nos observations, et sans aucune réserve, nous recommandons aux Etats membre d'accorder à l'Albanie le statut de candidat à l'Union européenne. Cette recommandation s'appuie entre autres sur les efforts de l'Albanie pour combattre la criminalité organisée, et l'engagement du pays à réformer le système judiciaire.”

    Ces encouragements renforcent la position du premier ministre socialiste Edi Rama qui, après avoir battu son opposant conservateur Sali Berisha en 2013, cherche à redonner à l'Albanie, une ambition européenne. Ancien maire de Tirana, la capitale, et ancien ministre de la culture, il assume fièrement son engagement européen, même s'il mesure les difficultés techniques qui accompagneront l'intégration albanaise : “Pour nous, vivre hors de l'Europe serait aller contre le sens de l'histoire”.

    Porteur d'une ambition de paix et d'ouverture, il souhaite fermement que l'Albanie en termine avec sa période communiste et les régimes autoritaires. “Il s'agit pour l'Albanie de quitter les mauvaises habitudes héritées des temps anti-démocratiques”, expliquait-il. Pour atteindre son objectif, il souhaite mener son pays à la modernisation de l'Etat par le biais de la coopération régionale et de l'intégration au niveau de l'Union européenne. "Nous allons transformer la réalité pour que l'image du pays change. Je suis persuadé que mon pays a besoin de l'Union européenne comme l'Union a besoin de nous.”, assurait-il avec conviction. Critiquant une Europe tacticienne sans stratégie d'avenir, Edi Rama considère l'affaire ukrainienne comme l'incarnation de l'impuissance totale de l'Union. Souhaitant mettre les dirigeants européens face à leurs responsabilités, il estime que "la candidature de l'Albanie est l'un des révélateurs du choix devant lequel se trouve l'Union européenne : soit elle va vers un grand projet, soit elle se renferme sur elle-même.”

    Ainsi, intégrer les Balkans serait un signe de sécurité pour une Europe en quête de repères et de projets. Lors une rencontre organisée à Londres avec les premiers ministres des territoires balkaniques, les dirigeants européens évoquèrent qu'un échec européen serait porteur de nouveaux conflits. « Les Balkans forment une société multiculturelle qui est un grand trésor, mais qui représente un fort potentiel de conflits, si la situation dérape. Si une plateforme radicale s'y constitue, cela aura des effets dévastateurs au cœur même de l'Europe.” Si Edi Rama a salué l'initiative prise par Angela Merkel d'avoir organisé à la fin du mois d'août à Berlin une réunion entre les chefs de gouvernements des Etats des Balkans occidentaux, il reste néanmoins sceptique sur le futur des négociations : “J'ai du mal à garder mon calme quand à Bruxelles, Londres ou Paris, des gens se lamentent de l'Europe sans se rendre compte que le contraire les rapprocherait du précipice.”

    De fait, le destin du pays dépend fortement de la volonté des chefs d'Etat européens. Après avoir rejoint la Macédoine, le Monténégro, la Serbie, l'Islande et la Turquie en tant que candidat à l'entrée à l'Union européenne, le chemin semble encore long. De nombreux efforts seront à consentir tant sur le plan législatif et politique que sur le plan économique. Pour l'intellectuel Philippe Defarges, l'élargissement sera inévitable pour cette zone meurtrie : “La voie européenne ouvre un horizon sans conflit pour la région.” Une analyse, qui place la région balkanique comme un élément clé de la réussite ou de l'échec européen.


  • La semaine pour une démocratie mondiale

    28 octobre, par Jean-Francis Billion — Fédéralisme mondial, , ,

    Du 17 au 26 octobre, les fédéralistes mondiaux ont participé la seconde semaine d'action internationale pour un Parlement mondial. De nombreux groupes d'activistes et des intellectuels appellent de leurs vœux à la création d'une assemblée parlementaire mondiale, participant à la démocratisation des institutions internationales, dont l'Organisation des Nations Unies. Retour sur une semaine d'actions et de réflexions autour d'un projet de démocratie mondiale.

    En 2013, la première semaine d'action mondiale pour un Parlement mondial s'est déroulée au mois d'octobre dans 55 villes de 5 continents. Pour les fédéralistes européens, elle a tout particulièrement été marquée par un Séminaire organisé à Bruxelles, au Parlement européen, par la Campagne pour une Assemblée parlementaire des Nations unies (United Nations Parliamentary Assemmbly, UNPA en anglais) auquel divers militants et responsables de l'UEF France notamment ont participé. A Paris, l'UEF France a organisée une conférence en présence d'Olivier Giscard d'Estaing, fondateur d'un Comité international pour un Parlement mondial. Dans d'autres villes la mobilisation a inclus des conférences, des actions de rue et des flash mob avec des banderoles et des distributions de tracts tout autour du monde. Parmi les pays concernés, on compte les pays suivants : Afrique du sud, Allemagne, Argentine, Australie, Belgique, Brésil, Canada, Dubaï, Etats-Unis, Espagne, France, Japon, Grande-Bretagne, Indes, Italie, Ouganda, Pologne, Suède et Uruguay.

    Du point de vue politique l'évènement le plus important, c'est bien celui qui s'est déroulé à Bruxelles au sein du Parlement européen, les 16 et 17 octobre, avec la participation de parlementaires européens : Jo Leinen, ancien président européen de l'UEF et président du Mouvement européen international, du groupe socialiste et démocratique, Graham Brooks, du groupe libéral, Elmar Brok, du groupe du Parti populaire européen, président actuel de l'UEF Europe, Isabelle Levin du groupe des Verts et de l'Alliance libre européenne, regroupant en Europe la grande majorité des mouvements régionalistes et autonomistes démocratiques. Réunion couronnée par une intervention du Président du Parlement européen, Martin Schulz qui a rappelé le soutien déjà ancien de cette assemblée à l'UNPA en déclarant : « Le Parlement européen peut servir de modèle pour un éventuel développement dans le temps d'une Assemblée parlementaire des Nations unies. Ce qui avait été une fois initié comme un organe consultatif composé de parlementaires nationaux est devenu, aujourd'hui, un organe législatif élu directement par les citoyens ».

    Sur leur page facebook, les organisateurs ont relayé des vidéos et des photos des actions s'étant déroulées tout autour du monde.

    Comme la semaine d'action 2013, celle organisée cette année du 17 au 26 octobre, a été promue par la campagne pour l'UNPA soutenue par les fédéralistes mondiaux et que doivent soutenir, comme le Parlement européen, les fédéralistes européens, dont l'UEF France. Ces événements doivent lancer des débats utiles sur la nécessaire démocratisation de l'Organisation des Nations Unies et de la gouvernance mondiale (Banque mondiale, Fonds monétaire international, Organisation mondiale du commerce, etc.) pour affronter les défis majeurs du XXIe siècle. Les fédéralistes européens ont avec le projet d'UNPA l'occasion unique, comme le rappelait Martin Schulz à Bruxelles l'an dernier, de valoriser et d'exporter le modèle d'évolution graduelle qui de l'Assemblée parlementaire consultative de la CECA a mené au Parlement européen actuel. La création d'assemblées parlementaires, tout d'abord consultatives, puis, comme le Parlement européen après son élection au suffrage universel direct dès 1979, progressivement dotées de pouvoirs législatifs au niveau des grandes régions de la planète et au niveau mondial, doit être au cœur de la stratégie fédéraliste pour la démocratie internationale. Ce sont justement les sujets retenus par les fédéralistes pour des débats importants au cours des prochaines semaines : à La Haye les 10 et 11 novembre à l'occasion du Conseil mondial du WFM (World Federalist Movement), et le 12 novembre au Parlement européen à Bruxelles lors d'un colloque sur « le rôle de l'Union européenne dans la promotion des intégrations régionales » (Asie, Afrique, Amérique latine, etc.), organisé conjointement par le WFM, la JEF et l'UEF et durant lequel s'exprimeront en particulier Elmar Brok et Jo Leinen.

    En France, notons que les Citoyens du monde avec qui l'UEF France a collaboré à plusieurs reprises en 2014, dont lors de la présentation du « Manifeste pour la Démocratie globale » à Science Po Paris, se sont associés à cette semaine d'action.

    D'autres informations concernant la semaine d'action à retrouver sur le site www.worlsparliamentnow.org et dans la liste d'événements ci-jointe.

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    Nous joignons également à cette tribune l'appel diffusé pour la semaine 2014 : « Laissons le peuple décider. Un parlement mondial tout de suite ! ».

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  • Elections législatives en Ukraine : Les pro-occidentaux raflent la mise

    27 octobre, par Hervé Moritz — Actualité,

    Aujourd'hui, l'Ukraine se réveille avec un nouveau Parlement. Hier, jour de vote en Tunisie, au Brésil et en Ukraine, les citoyens ukrainiens ont élu leurs représentants offrant ainsi au nouveau président en exercice, Petro Porochenko, une large majorité pro-occidentale. Retour sur un scrutin historique aux enjeux stratégiques.

    Un scrutin historique, une consécration pour les pro-occidentaux

    Alors que le 25 mai dernier, les électeurs ukrainiens avaient élu à 55% des voix le « roi du chocolat », Petro Porochenko, à la présidence, le Parlement demeuré celui de l'ère du président Viktor Ianoukovitch, élu en 2012. L'assemblée a donc été dissoute le 25 août pour donner lieu à élections législatives anticipées. L'objectif, renouveler la Rada, le Parlement ukrainien, et instituer les nouvelles figures de la politique ukrainienne, issues des contestations de l'hiver dernier et mis en lumière par les événements de la place Maïdan.

    Hier, le scrutin, à moitié proportionnel et à moitié majoritaire, a ainsi remis en jeu les 450 sièges de députés, élus pour cinq ans, faisant la part belle aux nouveaux héros de la Nation, les activistes de Maïdan et les combattants à l'est du pays.

    Ainsi, d'après un sondage à la sortie des urnes, la liste de l'actuel président, emmenée par l'ancien boxeur Vitali Klitschko, maire de Kiev, remporte la victoire et capitalise 23,1% des voix. Inattendue fut la percée du Front populaire, emmené par l'actuel premier ministre Arsenii Iatseniouk, qui a totalisé 21,2% des suffrages. La cohabitation entre les deux hommes se poursuivra donc. Troisième force du pays avec un score de 13,4%, Samopomitch, celle d'Hanna Hopko, militante chevronnée contre la corruption.

    Sur le banc de la défaite, les partis pro-russes subissent un revers important avec en tête de ces mouvements le bloc d'opposition (7,6%). Quant au parti communiste (autour des 3%), il ne sera pas représenté dans la nouvelle assemblée. Plébiscité par les sondages, le Parti radical emmené par le populiste Oleg Liachko n'a mobilisé que 6,4% des électeurs. De même, le mouvement nationaliste Svoboda en recul comptabilise 6,3% des suffrages.

    Les trois forces victorieuses devraient constituer dans les jours à venir une large coalition autour de Petro Porochenko, qui avait déjà annoncé sa volonté de ratisser large et rassembler les forces de Maïdan. Le parti de Ioulia Timochenko, qui demeure en retrait (5,6%) par rapport à ces concurrents, pourrait faire également partie de la coalition gouvernementale.

    Une rupture toujours plus marquée

    Ce vote a pourtant conduit à accentuer la rupture entre les pro-occidentaux de l'ouest au pouvoir et les pro-russes à l'est qui combattent aux côtés des séparatistes. Malgré les négociations avec le Kremlin et le cessez-le-feu signé en septembre lors des accords de Minsk, le conflit se poursuit dans l'est du pays. De ce fait, le vote n'a pas eu lieu dans les environs de Donetsk et de Lougansk aux mains des séparatistes, qui ne reconnaissent pas ce scrutin. L'annexion de la Crimée par la Russie, entérinée par un référendum contesté en mars 2014, a également amputé l'Ukraine d'une partie de son électorat. Les 12 circonscriptions de la péninsule de Crimée et 15 circonscriptions instables de l'est du pays n'ont pas pris part au vote, ce qui représente environ 5 millions d'électeurs sur les 36 millions que compte l'Ukraine. Ainsi, 27 sièges demeurent vacants au Parlement ukrainien, composé de 450 sièges.

    De plus, la corruption électorale, la manipulation médiatique ou le clientélisme continuent de miner certaines provinces. Des contestations et des réclamations risquent de poindre dans les jours à venir. L'OSCE* devrait rendre son rapport d'observation dans l'après-midi, ce qui nous renseignera sur la teneur de ce scrutin.

    Un horizon encore sombre

    Bien que les Ukrainiens aient fait le choix de la stabilité et de l'unité en accordant à Par ces élections, Petro Porochenko une majorité confortable, la guerre se poursuit dans une partie du pays et la situation demeure critique. Mettant un point d'orgue à la révolution Maïdan et consacrant le camp pro-occidental, ces élections s'accompagnent de leur lot de promesses et d'espérances. Selon le journal Le Monde, les défis qui attendent à présent la nouvelle majorité sont multiples.

    Tout d'abord, la guerre dans le Donbass, bassin houiller de l'est du pays n'a pas pris fin lors de la signature du cessez-le-feu du 5 septembre. Les tentatives de paix entamées par Petro Porochenko seront renouvelées, malgré l'obstination des séparatistes, qui ont bien l'intention d'organiser des élections « présidentielles et législatives » le 2 novembre prochain. La nouvelle coalition devrait pourtant adopter la stratégie du compromis, notamment en proposant une fédéralisation du pays pour offrir quelques gages aux séparatistes. De même, les négociations avec le Kremlin devraient se poursuivre pour faire cesser les tentatives de déstabilisation du nouveau régime ukrainien, orchestrées par Vladimir Poutine.

    Or, la Russie possède une arme redoutable : l'hiver. Alors que celui-ci arrive à grands pas, les inquiétudes autour de la question du gaz s'intensifient. Le bras de fer avec Moscou a déjà commencé. En juin, le Kremlin avait déjà coupé le robinet, prétextant des impayés et en profitant pour augmenter les prix de ses livraisons. Malgré la médiation de la Commission européenne, aucun accord n'a vu le jour. La signature simultanée d'un accord d'association historique entre l'Ukraine et l'Union européenne, le 16 septembre, apportant également une aide financière et énergétique à l'Ukraine, ne suffira sans doute pas à préserver l'Ukraine de la guerre énergétique, engagée avec son voisin russe.

    De plus, les finances du pays minées par le coût de la guerre et l'économie au plus bas font de l'Ukraine, un Etat malade. Les perspectives économiques sont mauvaises, et ce malgré les coups de pousse de l'Union européenne. La perte probable d'une partie du Donbass, région industrielle particulièrement riche en ressources minières et énergétiques, risque d'accroître encore la situation de crise et de pénurie du pays.

    Enfin, un dernier point occupera la nouvelle équipe gouvernementale. Les mouvements de Maïdan ont fait remonter de nombreuses revendications, appelant à un changement profond de la société ukrainienne. Les citoyens, et certains députés entrants, seront particulièrement vigilants à l'action de la nouvelle majorité en matière de lutte contre la corruption, de réforme de l'Etat et de la justice, de renouvellement de la classe politique et des élites. Les mesures seront longues à adopter et les effets ne s'en feront ressentir que plus tardivement.

    Une partition difficile à jouer pour cette nouvelle coalition, qui aura à batailler sur tous les fronts pour redresser le pays et répondre aux espoirs des citoyens ukrainiens.


  • Forza signora Mogherini !

    26 octobre, par Dominique Thaury — Actualité,

    Federica Mogherini est désormais la Haute Représentante à la politique extérieure et à la sécurité de l'Union européenne. Après des auditions au Parlement européen, qui ont pour la plupart su convaincre les eurodéputés, l'ensemble de la Commission Juncker, dont elle est l'une des vice-présidentes, sera opérationnelle dès début novembre.

    Bien sûr, une telle nomination ne va pas sans son cortège de remarques plus ou moins acerbes. Le Parti Démocrate italien, en raison de sa présence massive au PSE (Parti Socialiste Européen), devait avoir un poste clé à la Commission, juste derrière le leader européen de centre-droit Jean-Claude Juncker. Matteo Renzi, poussant Federica Mogherini, sans doute pour des raisons de politique intérieure, le Conseil n'a pas hésité à suivre le choix du président en exercice. On a aussi glosé sur sa supposée inexpérience qui laisserait aux ministres des Affaires Etrangères nationaux une large marge de manœuvre, ces « messieurs blancs », pour paraphraser Sylvie Goulard, qui s'agitent mais qui ne parviennent pas à peser sur la scène internationale du fait de leur désunion.

    Souhaitons que le volontarisme, dont elle a fait preuve lors son audition, soit confirmé dans les actes. Sa volonté de dialogue avec les divers ministres arrivera, espérons-le, à donner une ligne directrice aux interventions des uns et des autres donc, à cadrer une véritable politique extérieure européenne. Une soi-disant « inexpérience » et le dynamisme qui l'anime peuvent être des atouts dans cette partition qu'elle aura à jouer dans la prochaine mandature. Elle pourra sans doute bousculer quelques lignes et amener les responsables nationaux à être moins tournés vers leurs propres intérêts et plus ouverts aux problématiques de l'Union européenne.

    Cependant, il est un point sur lequel Federica Mogherini a été très nette : l'Agence Européenne de Défense (AED). Elle a bien souligné qu'elle comptait exercer pleinement son rôle de présidente de cet organisme créé en 2004 et dont les objectifs sont les suivants, tels que définis dans le texte de présentation de l'AED :

    1. Améliorer les capacités de défense de l'Union européenne, notamment dans le domaine de la gestion des crises ; 2. Promouvoir la coopération européenne dans le domaine de l'armement ; 3. Renforcer la base industrielle et technologique de défense de l'Union européenne et créer un marché européen des équipements de défense qui soit concurrentiel ; 4. Favoriser la recherche, en vue de renforcer le potentiel industriel et technologique européen dans le domaine de la défense.

    On peut penser que, dans l'esprit de Federica Mogherini, patronne du Service Européen d'Action Extérieure, cet organisme soit son fer de lance pour arriver à montrer aux ministres des Affaires Etrangères qu'elle compte bien faire entendre sa voix. Bien que la France appelle depuis plusieurs années à l'élaboration d'une politique de défense commune, il se pourrait bien que ce soit la commissaire italienne, qui l'initie et la réalise.

    Durant le mois de septembre, d'ailleurs, trois événements ont démontré aux membres du Conseil européen que la diplomatie ne pouvait plus se faire uniquement dans les salons feutrés de leurs ministères respectifs.

    Les 4 et 5 septembre, au sommet de l'OTAN à Newport (Pays de Galles), Barack Obama a signalé aux Européens et en particulier à l'Union européenne, qu'il était temps qu'ils prennent leur défense en mains et que les Etats-Unis ne pourraient pas éternellement servir de parapluie à l'Europe. Le message était fort clair, mais n'a que peu remué nos dirigeants.

    Fin septembre, la Cour des Comptes française déclare dans un rapport public que l'état du matériel de nos armées est déplorable, qu'il n'est que très partiellement utilisable (ce qui avait d'ailleurs été déjà indiqué en mai dernier dans le rapport sur le budget 2013).

    Dans le même temps, pendant que la coalition internationale contre Daesh se met en route, l'inspecteur général des armées allemandes a déclaré à la presse, que l'état de la Bundeswehr était dans une situation pitoyable avec moins de 50% du matériel utilisable.

    On sait que le budget militaire total des 28 pays de l'Union européenne représente environ 45% de celui des Etats-Unis (683 Mds $ soit 545 Mds €) et que le potentiel réel de ces armées ne représente, selon les experts, qu'environ 10% de la puissance militaire des Etats-Unis. Cherchez l'erreur...

    Vous avez raison Frederica Mogherini ! Employez-vous à coordonner les forces armées, à mutualiser les matériels, à rétablir une véritable industrie de défense avec des programmes de production européens. Favorisez la recherche européenne dans ce domaine, elle débouchera également sur des applications civiles.

    En reprenant la main sur ce secteur, les Etats européens réaliseront des économies grandissimes et surtout, par le biais d'une armée européenne mutualisée, Frederica Mogherini, vous arriverez à sensibiliser les citoyens, à défaut de nos dirigeants, à l'Europe fédérale car, il ne peut y avoir de force militaire intégrée sans un cadre politique cohérent, donc une Europe intégrée.

    Forza e coraggio signora Mogherini !


  • Michel Barnier pour une « Union unie et non uniforme »

    25 octobre, par Diane Bolet pour les Jeunes-Européens Sciences Po Paris — Actualité

    Michel Barnier, ancien vice-président de la Commission européenne au Marché Intérieur et aux Services, a dressé un bilan des élections européennes de mai 2014 et est revenu sur les défis à relever pour l'Union européenne lors d'une conférence à Sciences Po - Paris, le lundi 6 octobre dernier. Retour sur l'exposé de ses idées.

    Lors de cette conférence à Science Po - Paris, le discours de l'ancien commissaire français fut un cri d'alarme sur la situation européenne après les élections de mai 2014, mais aussi un manifeste plein d'espoir. Face à un contexte budgétaire et géopolitique complexe, aux nouvelles menaces terroristes et aux défis du changement climatique, l'ancien vice-président de la Commission européenne pose un ultimatum : « se reposer ou être libre ».

    Cette citation de Thucydide, qui est aussi le titre de son dernier livre, paru en avril, est une façon de dire aux citoyens européens qu'ils ont le choix entre se replier sur eux-mêmes ou être libre d'œuvrer pour la construction européenne. Pour lui, considérer les principes de démocratie et de paix comme acquis ne peut que précipiter le futur déclin de l'Union européenne. A la place, il insiste sur le devoir de préserver les valeurs, qui ont forgé notre civilisation, sur des bases solides.

    Une vision pragmatique de l'Europe

    Après le choc des élections européennes, Michel Barnier s'interroge sur les moyens de reconnecter le citoyen avec le projet européen. Sa vision de l'Europe est celle d'une « Union unie et non uniforme », où la préservation des identités nationales prévaut. Contrairement à l'idée originelle des Pères fondateurs, il ne souhaite visiblement pas d'un Etat fédéral, qui se substituerait en partie aux Etats-nations. Il incarne ce profil atypique d'Européen gaulliste profondément patriote et résolument européen qui veut dépasser les clivages politiques et les rivalités partisanes. Son message se veut simple : « Si on ne s'unit pas face à la concurrence internationale, on est foutu », déclara-t-il ce soir-là. S'il est question de peser à l'échelle mondiale, alors l'unité européenne est impérative.

    Créer ce demos européen passe par un engagement direct avec les citoyens au niveau local, national et européen. Selon lui, il faut rétablir l'envie de croire en l'Europe en nourrissant le débat public transeuropéen pour créer l'écosystème le plus favorable. Il s'agit bien de créer une société civile européenne. L'ancien commissaire porte ainsi un message rempli de sagesse, mais qui de ce fait manque de mesures concrètes face à cette désaffection européenne généralisée.

    Des défis à relever

    Michel Barnier a procédé à un rapide examen des acquis européens. Parmi eux, figure la création d'entreprise à caractère sociale, qui représente maintenant un quart des nouvelles entreprises. Le commissaire sortant dessine aussi les potentialités européennes face à un monde « instable, fragile et injuste ». Selon lui, il manque à l'Europe une « culture commune » pour agir de manière unilatérale en matière de politique étrangère. Elle doit se doter d'outils de politique extérieure efficaces, d'une véritable diplomatie commune et d'une force d'intervention armée. Cependant, vouloir une politique étrangère commune n'entrerait-elle pas en désaccord avec sa vision de gaulliste ?

    Une réhabilitation du travail de la Commission

    Fervent défenseur de la Commission Barroso, Michel Barnier préfère taire les nombreuses critiques portées à l'égard de la Commission sortante. Jugée trop technocratique et pas assez politique, il n'y ait pourtant revenu que brièvement, lorsqu'il a mentionné qu'il serait nécessaire de revenir « à la politique et faire moins de réglementations ». Celui-ci souligne le souci de transparence de l'institution. Il rappelle la structure collégiale qui contribue à cet « esprit de corps » et de consensus parmi les commissaires. Il défend une Commission, qui n'a pas toujours été organisée en « silo », mais qui fut plutôt organisée en direction générale, notamment lors du passage du Marché unique II et la relance du marché intérieur.

    Or, la Commission Barroso a été principalement critiquée pour cette méthode de travail en « silo », c'est-à-dire une Commission où aucune décision n'est transversale, ni prise en commun. Provoquant des luttes internes et des contradictions politiques, elle a surtout cassé la collégialité, qui doit prévaloir au travail de cette institution. Au vu de la nouvelle organisation de la Commission Juncker, qui place les 28 commissaires sous dépendance mutuelle pour s'affranchir du travail en « silo », on ne peut que rester sceptique face à ce choix. Michel Barnier n'a fait aucun commentaire sur la nouvelle Commission, si ce n'est d'espérer voir son idée d' « examen européen de la valeur ajoutée » (« European added value review ») prendre forme pour accentuer encore un peu plus la transparence.

    Même si plusieurs points de fond sont contestables, notamment sur le fonctionnement de la Commission, Michel Barnier a au moins le mérite de tenter de reconnecter le citoyen avec l'Union européenne. Sa solution est toute simple : l'Europe doit être unie plus que jamais et l'on ne doit pas considérer ses principes comme acquis. L'ancien commissaire donne une image non optimiste d'une Europe qui se replie sur elle et d'un besoin de rétablir des fondements solides sans lesquels ce « beau projet européen » ne pourrait perdurer. Les citoyens doivent comprendre les enjeux qui se posent à eux aujourd'hui, car le projet européen, plus que jamais actuel, n'est pas chose acquise.



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