L’Europe est l’ascenseur social de demain

Extrait du discours de Théo Verdier prononcé au rassemblement national de la JOC le 15 avril 2017

La JOC - Jeunesse Ouvrière Chrétienne - a fêté ses 90 ans d’engagement au Paris Event Center de la Villette. Bénévoles et intervenants ont mis en débat la société de demain autour de la notion d’un travail digne. Théo Verdier, vice-président des Jeunes Européens, est intervenu sur le thème "Comment penser le travail en Europe ?".

L’Europe est l’ascenseur social de demain, si nous lui donnons les moyens d’agir

Aujourd’hui, l’action de l’Union européenne pour la jeunesse et les conditions de travail est réelle, mais réduite. Mobilité des jeunes, minima des droits sociaux, normes environnementales, fédéralisation du syndicalisme, voici les dossiers sur lesquels l’Union impacte concrètement la vie des travailleurs. Pourquoi s’arrêter là ? Parce que l’UE n’est pas assez politique. Trop souvent, sa gouvernance se limite à des négociations entre Etats, plutôt que d’être le lieu où se conçoit - en toute transparence - la société de demain.

Notre génération a soif d’Europe. On peut rappeler un sondage du CREDOC paru en 2015 qui notait que 72% des moins de 30 ans sont favorables à la construction européenne. 19% d’entre eux se déclarent même prêts à aller vers la constitution “d’Etats-Unis d’Europe”.

Notre génération, c’est celle des enfants du continent. Notre génération, c’est celle qui a voté NON à la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Notre génération, c’est celle qui s’est mobilisée pour venir en aide aux réfugiés à Calais, en Italie ou encore en Grèce. Notre génération, c’est celle qui a conscience que l’Europe est l’avenir du vivre ensemble, que le repli sur soi ne profite qu’à ceux qui ont déjà, qui possèdent.

Ensemble, nous devons construire une Union du progrès. L’Europe est l’ascenseur social de demain, si nous lui donnons les moyens d’agir.

Ensemble, nous pouvons cibler deux priorités réalistes à moyen terme :

Rendre la mobilité internationale universelle

La possibilité pour tous les jeunes de partir découvrir le monde, d’apprendre une nouvelle langue, de s’ouvrir à une nouvelle culture. Cette mobilité, c’est un plus personnel et professionnel. Une mesure de bien commun et le coup de pouce à un début de carrière. Selon l’agence Erasmus, les jeunes ayant bénéficié du programme ont 30 % de chance en moins de tomber au chômage.

Sauf qu’aujourd’hui, 30 ans après la création d’Erasmus, le départ en mobilité reste partiel pour notre génération. Pourtant, l’Union a décidé dès 2013 que la mobilité devrait s’ouvrir à TOUS les jeunes.

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Théo verdier

L’Erasmus des étudiants fonctionne, vaille que vaille. Quoiqu’un testing mené sur plusieurs universités nous ferait - je pense - découvrir que tous les étudiants ne sont pas traités à la même enseigne en fonction des établissements et des parcours.

L’Erasmus des apprentis bat de l’aile. Les jeunes travailleurs n’ont accès qu’à des mobilités courtes et le parcours administratif est une épreuve. En CFA, les équipes pédagogiques nous le disent, ils manquent de formation et de moyens pour accompagner les jeunes dans leur projet. De même, la disparité des 28 systèmes d’apprentissage grippe la reconnaissance de l’expérience acquise. La solution, elle est double, créer un statut de l’apprenti au niveau continental - comme nous l’avons fait en 2010 pour les études supérieures. Et investir considérablement dans l’info jeunesse du secteur et la formation des éducateurs - ce qui dépend d’ailleurs des Etats et non de l’Union.

Dès 2013, François Hollande et Angela Merkel se mobilisent pour cet Erasmus universel. En 2015, le Ministère du travail se félicite publiquement d’envoyer 12 apprentis en mobilité longue. En 2016, l’eurodéputé Jean Arthuis porte une initiative en faveur de la mobilité des apprentis au Parlement européen et un dispositif expérimental de mobilité longue à plus grande échelle est lancé. Il concerne 200 jeunes…

Pour donner un véritable essor à l’Erasmus de l’apprentissage, le budget attendu est estimé - dans un premier temps - à 500 millions d’euros. Le budget du programme test est de 2,3 millions d’€. Compliqué.

Etudiants, apprentis, les parcours de jeunesse sont bien plus tortueux que l’entrée dans une de ces deux cases. Pour cela l’Union propose un Erasmus du volontariat, le Service Volontaire Européen. En 2014 en France, 1 000 jeunes en ont bénéficié. Depuis la création du programme, on parle de 100 000 jeunes. Dans l’Hexagone, une génération de bacheliers, c’est 650 000 personnes.

Pourtant, après le Brexit, les chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union ont mis l’accent sur la priorité jeunesse que devait adopter l’UE. En 2016, à Bratislava, ils définissent la politique jeunesse comme l’un des axes majeurs de la relance du projet européen. Problème ? Un manque cruel d’ambition et d’imagination pour trouver des solutions.

Au milieu du marasme, la Commission européenne a eu une grande idée : créer un corps européen de volontaires. La possibilité pour les jeunes de se mobiliser sur les théâtres humanitaires du continent, de s’investir dans l’action sociale, de coupler mobilité et action civique. Annoncé lors du discours sur l’état de l’Union en septembre par Jean Claude Juncker, ce dispositif a ouvert l’espoir d’une génération de bénévoles. Face aux tentations autoritaires de retour au service militaire, l’Union avait le courage de proposer à notre génération une expérience d’engagement positif, au service de l’autre.

Là encore, ne jamais espérer trop vite avec la politique européenne. La proposition est bien accueillie par le Conseil, mais le budget Erasmus + est consolidé jusqu’en 2020. Personne n’a envie d’ouvrir cette bataille, qui nous avait déjà bien mobilisés en 2014. Résultat : le programme bénéficie de reliquats budgétaires, et 100 000 volontaires devraient en bénéficier d’ici à 2020.

Résultat des courses : la mobilité universelle est bien une ambition de l’Union. Mais la gouvernance actuelle de l’Europe n’est aucunement prête à investir pour le réaliser. Alors aujourd’hui si vous vous mobilisez pour faire avancer notre génération, n’oubliez jamais d’inscrire ce combat à votre action : avant ses 25 ans, chaque jeune doit se voir proposer une expérience de mobilité internationale dans son parcours.

C’est la première étape pour faire émerger une génération Europe. Celle qui partage plus qu’un espace politique sur le continent. Qui considère qu’il n’y a aucune différence entre un jeune français, un jeune bulgare et un jeune suédois. Cette génération doit partager une dimension culturelle, linguistique, médiatique pour émerger. Et ce, à l’appui de son attrait sur le marché de l’emploi. C’est donc une mesure civique en même temps qu’un soutien pour les travailleurs.

Que l’Europe dessine les modèles économiques de demain

Le 2e enjeu, c’est de faire de notre continent une terre d’innovation. Les industriels du secteur vous raconteront volontiers que l’économie européenne a perdu la bataille du logiciel face aux entreprises américaines. En cause, un investissement volontariste des pouvoirs publics pour booster l’innovation dans le numérique aux Etats-Unis. Les technologies numériques massivement répandues aujourd’hui sont nées dans les cartons de l’armée américaine.

En 2010, émergence du Big Data. Là encore, les Etats-Unis sont les premiers sur la brèche. Exemple : l’entreprise américaine Cisco voit 80 % des données mondiales transiter à un moment ou à un autre par l’un de ses capteurs.

En 2016, Barack Obama ouvre un agenda pour le développement des technologies d’intelligence artificielle.

En Europe, la Commission Juncker a mis le numérique au compte de ses 10 priorités. Avec de vraies avancées : En juin, vous arrêterez de payer des frais d’itinérance lorsque vous téléphonerez d’un autre pays de l’Union. En 2018, le règlement général sur la protection des données entrera en vigueur. Il uniformise la cybersécurité sur le continent et oblige les entreprises à se protéger. Il les oblige également à déclarer toute fuite de données dans les heures qui suivent la découverte de la brèche. Ces mesures sont positives pour les consommateurs. Mais aucune ne participe à faire émerger une économie continentale du numérique. Une économie capable de dessiner les technologies ET donc le travail de demain.

Car si l’Europe peut inventer de nouveaux modèles économiques, elle sera capable de le faire avec ses valeurs humaines et sociales. La donnée est devenue un bien de consommation parce que les leaders du secteur ont construit leur rentabilité sur son commerce. Qu’aurait-il pu se passer si l’Europe avait mené la danse ? Nous ne le saurons pas aujourd’hui.

Notre génération doit se donner les moyens d’inventer l’économie de demain. Et ce pouvoir, il est européen. Il réside dans la mise en commun de nos atouts et le courage politique de faire avancer l’Union.

Ces propositions visant à faire émerger des leaders européens du numérique, elles existent sur la scène politique de l’Union. Mais le débat national en est très éloigné. J’imagine que la prochaine échéance qui comparera les projets d’avenir pour l’UE, c’est la campagne des élections européennes en 2019. Et là, vous pourrez choisir votre ambition pour le continent.

En réalité, dès la semaine prochaine, vous votez pour la France, mais vous décidez aussi d’une vision pour le projet européen. L’Europe est le schisme politique de cette campagne. Et le président que élirez portera - en toute légitimité - la voix de la France au Conseil européen. Ce Conseil, il reste leader dans la conduite de la politique européenne - à mon grand regret.

Donc : votre vote ne me regarde pas, mais si vous avez une ambition pour l’Europe, ne l’oubliez pas en glissant un bulletin dans l’urne.

Quand certains vous proposent le repli sur soi, rappelez vous toujours trois choses :

  • L’Europe n’est pas parfaite, je suis le premier à le dire
  • L’Europe est un processus en construction et nous avons l’opportunité incroyable d’en façonner les contours
  • L’Europe est l’avenir des travailleurs du continent. L’ascenseur social de demain.
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Rassemblement national de la JOC
« Notre génération, c’est celle qui a conscience que l’Europe est l’avenir du vivre ensemble, que le repli sur soi ne profite qu’à ceux qui ont déjà, qui possèdent. »

Théo Verdier. Vice-président des Jeunes Européens - France. 2016 - 2017.