L’Europe dans la presse, c’est pas gagné

Du 17 au 23 octobre, les bénévoles de l’association ont scruté la place de l’actualité européenne dans 5 grands quotidiens nationaux.

Quelques centimètres d’Europe par jour

Aujourd’hui en France, Le Monde, Libération, Le Figaro, Les Echos publient chaque semaine 102 m² de papier, l’équivalent d’un demi terrain de tennis. Seul 3% de cette surface est dédiée à l’Europe. Un espace restreint pour décrypter une actualité européenne pourtant très dense.

Cette proportion est comparable aux résultats de notre veille sur France Info TV, qui diffuse 80 secondes d’Europe par jour.

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En image : les quotidiens nationaux consacrent 3% de leur contenu à l’actualité européenne.

Parmi les sujets les plus traités, on a relevé les prises de position des parlements régionaux belges sur le traité de libre-échange CETA et le demi-échec de la mission spatiale européenne ExoMars. On note également la place importante accordée au Conseil européen de jeudi dernier, avec la présence de Theresa May et la mise en débat de la position diplomatique de l’Union face à la Russie.

En parallèle, de nombreux événements ont agité l’Europe cette semaine. Des tractations sont en cours entre l’Union et l’Egypte pour la négociation d’un accord sur la relocation des réfugiés, similaire à l’accord UE-Turquie. Le Parlement européen a démarré un bras de fer pour l’augmentation du budget 2017 - 2019 de l’Union. Les parlementaires en question luttent également pour la succession de Martin Schultz à la présidence de l’hémicycle.

On pourrait dérouler plus encore la liste des événements d’actus continentaux de la semaine. Pourtant, difficile de les trouver dans les colonnes dans notre presse papier.

Sur le même sujet  : Retrouvez la tribune de Jérôme Quéré, Président des Jeunes Européens - France, dans le Huffington Post.

Une actualité européenne laissée pour compte

Tous ces éléments participent à construire la vie de la Cité à l’échelle continentale. Mais l’espace restreint accordé à l’Europe pousse les journalistes à en laisser la majeure partie de côté. Ou pire, à traiter les sujets partiellement. Ceci, pour des médias diffusées à plus de 900 000 exemplaires chaque jour.

Si les millions de français qui ouvrent ces journaux ne peuvent y découvrir une image représentative de la vie publique de l’Union, comment peut-on imaginer qu’ils y prennent part ?

Sur les 92 articles référencés lors de notre veille, plus de la moitié étaient des papiers relativement succincts (15 brèves, 36 articles courts. cf. infographie). Amenés sans rappels de l’actualité passée ou du contexte, ils provoquent une image faussée de la réalité, souvent négative.

Notre article préféré, paru le 19 octobre en page 6 d’Aujourd’hui en France : "La Commission européenne a lancé hier un ultimatum à la Belgique pour qu’elle donne vendredi son feu vert au CETA, traité de libre-échange, avec le Canada, lors d’un somme européen à Bruxelles."

Ce type de contenu nous étonne. Aucune mise en contexte (ni sur la page, ni ailleurs), aucune identification des acteurs du dossier. Ne participe-t-on pas ainsi à construire l’image d’une Europe sans visage et technocratique ? Précisons que ce sont les instances régionales qui se prononcent sur le dossier, non pas la Belgique comme un tout uni.

Un service public de l’information en Europe

Suite à notre étude sur France Info TV, le projet de création d’un service public européen de l’information est remonté parmi nos lecteurs. Pour mémoire, cette idée s’est concrétisée à échelle réduite avec l’ouverture de la chaîne Arte en 1992. Peut-être est-il temps de lui redonner une ampleur continentale, avec une information à 360°, adaptée à notre temps.

Je me fiche qu’on parle de l’Europe en bien ou en mal, tant que vous en parlez” clamait récemment André Gattollin au Sénat. Les millions de Français qui ouvrent ces journaux aperçoivent l’Europe par l’embrasure de la porte. L’idée d’un service d’information d’envergure n’est pas parfaite mais aurait au moins le bénéfice d’ouvrir l’espace public européen.

Détails et méthodes

Le Monde, Le Figaro et Les Echos traitent les sujets phares de l’actualité de l’Union (Brexit, CETA, ExoMars) en profondeur. Les plumes mobilisées connaissent leurs sujets. Néanmoins, la majorité des autres sujets européens sont cantonnés aux suppléments Entreprises et Finances. Et la place manque pour traiter la vie politique de l’Europe dans sa globalité.

Du côté de Libération et d’Aujourd’hui en France, nous sommes déçus de voir l’Europe aux abonnés absents. Le premier a produit seulement 11 articles sur le sujet. Le second stagne à 4, dont 2 brèves.

Nous ne souhaitons pas pointer du doigt les journalistes. Nous connaissons bien la valeur des spécialistes du sujet. C’est la place accordée à leurs articles qui nous laissent pantois.

Infographie  : découvrez le décompte effectué dans chaque quotidien.

Point de méthode : Les bénévoles ont sorti leurs règles et leurs crayons pour mesurer la place accordée aux sujets européens dans la presse du 17 au 23 octobre. Les quotidiens choisis : Le Monde, Le Figaro, Les Echos, Libération, Aujourd’hui en France. C’est-à-dire 5 des 6 quotidiens nationaux les plus vendus en France, diffusés en moyenne à 900 000 exemplaires chaque jour.

Les sujets : les bénévoles ont mesuré l’aire des textes dédiés à l’analyse de l’actualité européenne et l’ont rapporté à la surface globale des journaux concernés. Ils ont sélectionnés les articles concernant l’actualité politique, sociale, économique, environnementale, ... bref, tout ce qui touche à l’espace public à l’échelle européenne.